Le Canada en campagne électorale : les enjeux de l'élection

©AP Photo/Alden Pellett

Il n’y aura pas de vacances pour les politiciens canadiens : le chef conservateur Stephen Harper a décidé d’entrer en campagne électorale le 2 août 2015, une campagne qui va durer 11 semaines, la plus longue jamais vécue au Canada depuis 1872, jusqu’au scrutin du 19 octobre prochain.  En moyenne, les campagnes électorales durent 4, 5 semaines au Canada. C’est donc un pari risqué que vient de prendre l’ex-Premier ministre canadien, qui tente de se faire réélire pour la quatrième fois.

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C’est le principal enjeu de cette élection. Les Conservateurs  sont au pouvoir au Canada depuis 2006 et ils ont conduit un gouvernement majoritaire au cours des quatre dernières années. Dix ans de pouvoir, cela peut-être un sérieux handicap pour se faire réélire. Surtout que le principal argument avancé par les troupes conservatrices pour inciter les électeurs canadiens à les réélire vient de tomber en panne : l’économie…

Statistiquement, le Canada est quasiment en récession, la banque du Canada vient même de baisser pour la deuxième fois en quelques mois son taux directeur afin de tenter de renverser la tendance. C’est la chute des prix du pétrole qui est à l’origine de ces mauvais résultats de l’économie canadienne et comme le gouvernement conservateur a axé le développement économique du pays sur l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta eh bien… cela a eu un impact sur le reste de l’économie. Comme quoi en matière économique comme ailleurs il vaut mieux éviter de mettre tous ses œufs dans le même panier. Les Conservateurs comptaient sur de bons résultats économiques pour se faire réélire. Ils ne peuvent plus sortir ce lapin de leur chapeau maintenant, tandis que leurs adversaires, les Libéraux et les Néo-démocrates, l’ont récupéré en disant aux électeurs : « voyez comme ce gouvernement a plongé le pays dans une récession »… Une arme à double tranchant donc.  

L’argument de la sécurité

Les Conservateurs ont donc dû revoir fissa leur stratégie électorale et ils se replient désormais sur la sécurité. Les attentats de l’automne dernier au Parlement à Ottawa et dans la région montréalaise ont profondément choqué les Canadiens. Les attaques de ces deux jeunes hommes au nom du groupe armé État islamique ont été meurtrières. Le gouvernement de Stephen Harper a rapidement réagi en faisant adopter au cours de l’hiver un projet de loi afin de doter les forces policières de pouvoirs accrus pour lutter contre la radicalisation de ces jeunes. Et les Conservateurs promettent que s’ils sont réélus, ils vont criminaliser les voyages dans des pays où il y a des foyers d’activités terroristes. Le mot « sécurité » est dans la bouche de Stephen Harper quasiment tous les jours depuis le début de cette campagne électorale. Un thème qui embarrasse ses adversaires : comment ne pas appuyer ce discours qui résonne si fort aux oreilles des Canadiens ?

Les forces en présence

Les adversaires de Stephen Harper sont au nombre de deux : le chef libéral Justin Trudeau et le chef néo-démocrate Thomas Mulcair. Justin Trudeau, qui vient d’être élu chef du Parti libéral du Canada, a la tête d’un jeune premier de cinéma mais il peine à capitaliser sur l’usure du pouvoir des Conservateurs.  En tête dans les sondages il y a un an, les Libéraux ont progressivement perdu du terrain dans les intentions de vote pour être maintenant en troisième position. C’est le parti Néo-Démocrate, le NPD, qui est en tête, juste devant le parti Conservateur. Le chef du NPD, Thomas Mulcair, est un politicien aguerri redouté par ses adversaires. Beaucoup estiment qu’il a la carrure d’un premier ministre et que son parti a des chances de remporter ces élections. Mais il ne faut pas oublier l’animal politique qu’est Stephen Harper. L’homme sous ses airs impassibles est un combattant redoutable lui aussi. La lutte se fera donc à trois et elle promet d’être serrée…