Culture

Le cinéaste Alain Resnais n'est plus

Le cinéaste Alain Resnais est décédé hier soir, 1er mars. Retour sur la vie d'un auteur attaché à l'Histoire, et à l'imaginaire.

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Pierre Arditi : “Tout est lié : le metteur en scène, l'ami, l'humain“

“Grand angle“ du 64' de TV5MONDE, en hommage à Alain Resnais

Avec en plateau Jean-Basptiste Urbain, journaliste à TV5MONDE, Sylvette Baudrot, scripte d'Alain Resnais depuis Hiroshima mon amour, Alain Riou, journaliste et critique de cinéma, et au téléphone l'acteur Pierre Arditi et la réalisatrice Agnès Varda.
Pierre Arditi : “Tout est lié : le metteur en scène, l'ami, l'humain“

02.03.2014
Il est mort "entouré de sa famille". A 91 ans, le cinéaste de la mémoire et de l'imaginaire Alain Resnais s'est éteint le samedi 1er mars au soir, selon le producteur de ses derniers films, Jean-Louis Livi.

Alain Resnais était fils unique, né à Vannes (Morbihan, Bretagne) d'un père pharmacien le 3 juin 1922. Il avait une vingtaine de longs métrages à son actif, souvent écrits par des écrivains réputés come Marguerite Duras, Alain Robbe-Grillet ou Jorge Semprun. Il n'a cessé d'explorer les liens entre l'image et l'écriture, renouvelant constamment son champ d'inspiration.

La Seconde Guerre mondiale commence quand il a 18 ans. Alors qu'il voulait initialement être comédien, il s'inscrit dans une école de cinéma créée par le régime de Vichy, en section montage. Sa carrière cinématographique, elle, commence par des courts métrages documentaires. Avec Van Gogh, en 1948. Suivent Guernica en 1950, référence à l’œuvre homonyme de Pablo Picasso, et Les Statues meurent aussi, en 1953.

Trois ans plus tard, il s’attelle à Nuit et brouillard, un montage d'archives sur les camps de concentration nazis. Une demi-heure rude, en noir et blanc. En 1959 lui succède Hiroshima mon amour, l'histoire d'une passion entre une actrice française et un architecte japonais, toujours sur fond de Seconde Guerre mondiale.

La bande annonce de son dernier film, “Aimer, boire et chanter“ (2014)

Cinéma et théâtre

De guerre en guerre, vient ensuite l'Algérie, puis le Vietnam. Il signe le manifeste des 121 en 1960, évoque en 1963 la torture dans Muriel et le temps d'un retour. En 1966, il traite de la guerre d'Espagne avec La guerre est finie. Après Stavisky (1973), Mon oncle d'Amérique (1980) ou le très salué Providence (1976), il passe au théâtre, travaille avec Pierre Arditi, Fanny Ardent, ou encore Lambert Wilson. Mais n'abandonne pas le cinéma pour autant, avec Smoking/No Smoking (1993, cinq César et le prix Louis-Delluc) et On connaît la chanson (1997), tranche de vie sentimentale et dépressive jouée par Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui.

Jusqu'à cette année, avec la sortie prochaine du long métrage Aimer, boire et chanter. Cette fantaisie entre théâtre, cinéma et bande dessinée avait été mise à l'honneur lors de la 64e édition du Festival du film de Berlin. Lors de ce festival, il avait reçu pour ce film le prix Alfred Bauer, attribué en mémoire du fondateur du festival "pour un film qui ouvre de nouvelles perspectives". "Il était en train de préparer, avec moi, un autre film dont il avait écrit le premier scénario", a indiqué Jean-Louis Livi, le producteur de ses trois derniers films : Les Herbes folles (2009), Vous n'avez encore rien vu (2012) et Aimer, boire et chanter.

“Un artiste modeste et modèle“

Alain Resnais lors de son prix à Cannes, en 2009 (photo AFP)
Alain Resnais lors de son prix à Cannes, en 2009 (photo AFP)
Parmi les premières réactions, le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a salué un "grand talent, grand grand talent, universellement connu". Gilles Jacob, le président du Festival de Cannes, a pour sa part tweeté : "Si l'Etat ne fait pas à cet artiste modeste et modèle des funérailles nationales, comme l'Italie à Fellini, ce serait un abandon de gloire".


Le délégué général du festival, Thierry Frémeaux, a fait part de sa "tristesse de voir un géant du cinéma" s'en aller. "Ce n'est pas tant qu'Alain Resnais est mort, c'est qu'il n'y aura plus de films d'Alain Resnais". Avant d'ajouter à propos du cinéaste : "Il aimait beaucoup travailler selon des méthodes très amicales, très habituelles, il aimait s'entourer d'une troupe", faisant référence aux acteurs André Dussolier, Pierre Arditi et Sabine Azéma, sa muse, qu'il a épousée en 1998.

Un talent qui, tout au long de sa vie et de sa carrière, n'aura pas hésité à frotter son art au théâtre, la musique, la littérature, ou la peinture. En 2009, l'ensemble de son œuvre avait été récompensé par le Prix exceptionnel du 62e Festival de Cannes, seize ans après un Lion d'or à Venise, également décerné à son œuvre complet. C'était "un homme qui était à la fois enfant, capable de s'émerveiller, quelqu'un d'une extraordinaire maturité et d'une très grande culture" , conclut Pierre Arditi.