“Le cinéma est désormais fait pour des enfants“, selon le cinéaste Andreï Konchalovsky

Le cinéaste russe Andreï Konchalovsky a été élevé au rang de chevalier de la légion d'honneur en France. La distinction lui a été remise par son ami, "son sauveur" qui lui évita la proscription en Urss, Gilles Jacob, le maître du Festival de Cannes. Konchalovsky a souvent été récompensé dans les plus grands festivals internationaux comme à Cannes en 1979 pour Sibériade, magnifique épopée sylvestre et d'une certaine façon écologique, ou encore à Venise en 2002 pour La Maison des fous, charge humaniste et pessimiste contre la "sale" guerre russe en Tchétchénie.

Rencontre à Paris, à la veille de sa décoration

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Recevoir une décoration pour l'ensemble de sa carrière cinématographique, alors que désormais on se consacre au théâtre, le paradoxe ne doit pas trop déplaire à Andreï Konchalovsky. Le cinéaste, désormais essentiellement metteur en scène d'opéras (Boris Godounov en ce moment) et de grands classiques (Tchekhov ou Shakespeare) affiche toujours un mélange de pessimisme actif et d'humanisme irréductible, à l'image des ses films. Frère de Nikita Mikhalkov, il est aussi réservé que le maître du cinéma russe est flamboyant. Il se demande comment continuer à créer, à penser, ou tout simplement à être dans un monde passé à l'état "liquide", si loin de la stabilité d'autrefois, il n'y a pas si longtemps, au XXème siècle.

TOUJOURS DONNER À RÉFLÉCHIR

Aujourd'hui en Russie, comme hier en Union soviétique (ou en France, pays qui l'a accueilli dans des temps difficiles), les meilleurs films russes restent ceux qui donnent d'abord à réfléchir sur la Russie contemporaine. Mais cela devient très difficile, tant l'audience de ces films là a disparu. "Aujourd'hui, ceux qui vont au cinéma sont des gamins et des gamines, pas en raison de leur âge, mais de leur mentalité, qui ne veulent pas spécialement penser, juste être stimulés. Alors nous en sommes réduits à fabriquer du cinéma pour des enfants."

Un art pour les enfants, selon le cinéaste...

Un art pour les enfants, selon le cinéaste...

Andreï Konchalovsky est né dans une famille de la nomenklatura artistique soviétique, qui a toujours réussi à rester en cour tout en frôlant la frontière de la dissidence. Malgré les différentes formes de censure dont il a été victime, idéologique du temps de l'Urss, ou celle de la distribution aujourd'hui, il a réussi à mener à terme ses projets cinématographiques, ambitieux et parfois onéreux. Mais contrairement à son frère, Nikita Mikhalkov loyaliste à tous les pouvoirs, l'intégrité d'Andreï Konchalovsky lui a parfois coûté cher, et ses films n'ont pas été, ou mal, vus dans son pays. "À quoi sert de faire des films qui ne sont pas distribués, donc pas vus."

L'UN DES PLUS BEAUX FILMS SUR LA GUERRE DE TCHÉTCHÉNIE

La Maison de fous, ??? ???????, réalisé en 2001, reçut ainsi les plus grandes récompenses internationales, dont le Lion d'Or à Venise en 2002, sans être vu en Russie. Le film retrace la vie dans une clinique psychiatrique prise entre les feux russes et tchétchènes, tandis que tout n'est plus que champs de ruines autour des malades mentaux, derniers tendres représentants d'une humanité réelle. La folie n'est plus dans l'asile, mais bien en dehors. Le film, charge forte contre la guerre en Tchétchénie et contre l'absurdité de l'armée russe, ne fut pas censuré directement. (Et on pense à la guerre d'Algérie durant laquelle, et pendant des années après, aucun film français ne fut possible ou diffusé...). Mais personne ne le distribua en Russie, sans vraiment qu'un ordre d'interdiction ne fut donné. Beaucoup le virent quand même, par des voies détournées, enregistrements sauvages par exemple. 

Alors, il n'est pas très étonnant que l'homme au regard triste qu'est devenu Andreï Konchalovsky choisisse aujourd'hui le théâtre, "recherche de la vérité", plutôt que le cinéma, "simple produit issu d'un montage financier", comme tout bien de la société de consommation.

Andreï Konchalovsky décoré par Gilles Jacob le 22 septembre 2011 à Paris

23.09.2011Images NTV
Andreï Konchalovsky décoré par Gilles Jacob le 22 septembre 2011 à Paris

Extrait (en russe) de la Maison de fous (2001), Lion d'Or au Festival de venise 2002


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