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Le cinéma japonais vu par le réalisateur Shinji Aoyama

Le cinéma japonais jouit d’une grande reconnaissance à l’extérieur. Pourtant seuls quelques uns des centaines de films produits chaque année dans l’archipel parviennent à franchir les frontières. Comment expliquer ce phénomène ? Le réalisateur Shinji Aoyama, de passage à Paris pour le festival Paris Cinéma 2010, nous répond.

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Quels sont les thèmes développés dans le cinéma japonais aujourd’hui ?

Je dirais très brièvement que la tendance générale dans le cinéma japonais est à l’apaisement. C'est-à-dire qu’il y a dix ans encore, les films japonais étaient très violents et très bruts, mais aujourd’hui, les réalisateurs essaient d’insérer plus de scènes calmes dans leurs productions. Mais je vous avoue en toute franchise que je ne regarde pas beaucoup ce qui se passe dans le cinéma japonais aujourd’hui, au risque d’être influencé par le travail de mes pairs. J’évite absolument de regarder ce qui se fait autour de moi, parce que je souhaite filmer et tourner mes propres films en toute indépendance.

Quels sont les sujets qui ont inspiré les réalisateurs ou les cinéastes japonais par le passé ?

Quatre thèmes ont prédominé dans le cinéma japonais ancien de manière générale : la destruction, la brutalité, les bagarres et les meurtres, bref la violence acharnée, avec une présence excessive des armes. Mais les réalisateurs ont dû se rendre à l’évidence que la société japonaise était en train de changer. Elle devenait très violente à son tour et le gouvernement n’arrivait pas toujours à enrayer le climat de peur et de morosité qui régnait et qui se ressent encore aujourd’hui au sein de la population. Je vous rappelle quand même qu’au Japon, on recense trente milles cas de suicides chaque année. Autant vous dire que les cinéastes ont pris conscience de cette ambiance défaitiste. Et depuis les années 2000, les films tendent à intégrer plus de douceur et de sécurité. Et à y voir de près, même si des scènes violentes persistent dans certaines productions, c’est pour au final tirer une leçon de ses actes. L’éthique, la morale et les scènes sentimentales ont progressivement fait leur apparition dans les salles.

Desert Moon, l'affiche du film de Shinji Aoyama, en compétition au festival de Cannes 2001
Desert Moon, l'affiche du film de Shinji Aoyama, en compétition au festival de Cannes 2001
Les traditions japonaises sont-elles toujours très présentes sur le grand écran ?

Je crois qu’au Japon le grand écran ne fait plus trop allusion aux traditions, c'est-à-dire en mentionnant des personnages historiques tels que les Geisha, les samouraïs et même la tradition du thé, si c’est ce que vous voulez dire. Mais la chaîne publique de télévision NHK tient encore à conserver cet héritage de la société japonaise. Elle diffuse fréquemment ces dernières années des téléfilms inspirés du Japon féodal, l’époque glorieuse des samouraïs. Ces productions ont d’ailleurs un incroyable succès au sein de la population.

Vos films sont en partie inspirés des polars (A forest with no name), de l’espionnage et des comédies dramatiques (Desert moon)…Comment vous décririez le style Aoyama ?

À vrai dire, je crois qu’au début de ma carrière, je n’avais pas de style propre en tant que cinéaste. Mais depuis que j’ai conscience d’être un cinéaste professionnel, j’ai appris à me définir à travers mes films. Je crois que j’ai une tendance à accorder une place primordiale aux femmes dans mes longs métrages. Je dirais que de tous mes protagonistes, les femmes ont toujours un rôle de premier plan. Et c’est cela qui fait mon style. J’ai toujours voulu mieux connaître et comprendre la gente féminine, c’est pourquoi je leur donne des rôles clés.

La forêt sans nom de Shinji Aoyama, sorti en 2003
La forêt sans nom de Shinji Aoyama, sorti en 2003
Le cinéma japonais jouirait d’une grande reconnaissance, mais aurait du mal à se vendre hors des frontières du Japon. Pour quelles raisons à votre avis ? Comment remédier à cette situation ?

Au Japon, on compare toujours le monde du septième art aux îles Galapagos. Pour les Japonais, les îles Galapagos découvertes par l’Anglais Darwin ressemblent à un paradis où les animaux vivent heureux et isolés du monde. Le "phénomène Galapagos" pour nous, traduit donc une "autosuffisance culturelle" japonaise. Les cinéastes et réalisateurs japonais créent eux-mêmes leurs films, ils ont les moyens techniques et matériels de les produire, et ces productions sont en majorité consommées sur le territoire national. C’est donc un marché qui vit en autarcie, qui est très indépendant et qui s’en sort très bien sans apports extérieurs. Même les cinéastes présents ici à Paris pour le Festival Paris Cinéma sont tous très indépendants. Nous sommes autosuffisants, mais nous devons briser les barrières et sortir de notre archipel "Galapagos" situé à l’extrême est du monde.

Propos recueillis par Christelle Magnout
8 juillet 2010

La biographie de Shinji Aoyama

À 46 ans, Shinji Aoyama est considéré comme l'un des réalisateurs les plus importants de la nouvelle vague du cinéma japonais. Il commence sa carrière en tant qu'assistant du réalisateur Kiyoshi Kurosawa (connu comme l'un des artistes marquants du renouveau du cinéma japonais). Aoyama passe à la réalisation dès 1995, d'abord avec des films destinés au marché de la vidéo. Il réalise sa première oeuvrepour le cinéma Helpless en 1996. En 2000, son film Eureka produit par Takenori Sento est présenté en compétition au Festival de Cannes. Il obtient le Prix de la Critique internationale et du Jury œcuménique.

Films et documentaires de Shinji Aoyama


- Helpless (film, 1996)

- Wild Life (film, 1997)

- An Obsession (1997)

- Shady Grove (film, 1998)

- Eureka (film, 2000)

- Desert Moon (film, 2001

- La Forêt sans nom (film, 2002)

- Song of Ajima (2002

- Jésus dans les décombres (2002)

- Days in the Shade (2003)

- Like A Desperado Under The Eaves (2003)

- Lakeside Murder Case (2004)

- Eli, Eli, Lema Sabachthani ? (film, 2005)

- Wish You Were Here (2005)

- Crickets (2006)

- AA/Signature: Aquirax (2006)

- Sad Vacation (film, 2007)

- Le Petit Chaperon rouge (2008)

Rinko Kikuchi et Shinobu Terajima

Les plus belles stars du cinéma japonais à la conquête de Paris, Rinko KIKUCHI et Shinobu TERAJIMA sont les invitées d'honneur du Festival Paris-Cinéma avec TV5MONDE.

    Le festival Paris Cinéma

    La 10ème édition du festival Paris Cinéma se déroulait dans la capitale française du 3 au 13 juillet 2010. Le Japon était l'invité d'honneur de l'édition 2010.