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Le compte Twitter d'AP piraté avec un faux message d'attentat, la Bourse américaine plonge

Capture d'écran du message pirate publié sur le compte Twitter de l'agence Associated Press, @AP.
Capture d'écran du message pirate publié sur le compte Twitter de l'agence Associated Press, @AP.

"Deux explosions à la Maison Blanche, Obama blessé": un vent de panique a soufflé quelques minutes lorsque ce tweet a été publié mardi 23 avril 2013 sur le compte officiel d'Associated Press avant que l'agence américaine ne confirme avoir été victime de hackers. Le message, "retweeté" des centaines de fois en l'espace de quelques secondes, a fait brutalement plonger le Dow Jones de près d'1 %.

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Mardi peu après 17h GMT, les 1,9 millions d'abonnés au compte Twitter de la célèbre agence de presse américaine AP ont pu lire ce message : "Urgent : Deux explosions à la Maison Blanche, Barack Obama blessé". 

Le message a aussitôt été "retweeté" - le fait de faire suivre un tweet à ses propres abonnés - des centaines de fois en l'espace de quelques secondes.

Dépisté par les journalistes

Ceci alors qu'il provoquait l'incrédulité dans les quartiers de la presse au sein de la Maison Blanche, situés à quelques dizaines de mètres du Bureau ovale où travaille le président Barack Obama. Aucune explosion n'avait en effet été entendue depuis l'intérieur de la résidence exécutive, et le caractère fictif de ce tweet paraissait évident.

Ce "fake" - un faux sur Internet - a d'ailleurs été très vite repéré aussi par les journalistes sur Twitter.

D'après Lissted (une agence de relations publiques tenant une liste de journalistes et blogueurs sur Twitter), qui a compilé des exemples de tweets de journalistes ici, 85% de la centaine de journalistes sur Lissted ayant retweeté le message du compte d'AP ont dans le même temps mis en doute sa véracité.


Capture d'écran de quelques tweets de journalistes américains suite au tweet d'AP. Via Lissted
Capture d'écran de quelques tweets de journalistes américains suite au tweet d'AP. Via Lissted

La Une de USA Today ce matin : “Le tweet sur un faux attentat ébranle Wall Street“
La Une de USA Today ce matin : “Le tweet sur un faux attentat ébranle Wall Street“
Comment Wall Street a plongé

Cependant à Wall Street, la réaction des marchés ne s'est pas fait attendre. Le message a brutalement fait plonger le Dow Jones. 

En 3 minutes - entre 17h08 et 17h10 GMT - le principal indice de Wall Street perdait 145 points – l'équivalent de 150 milliards de dollars (près de 115 milliards d'euros) de capitalisation. Les indices "Standardt & Poors 500" et Nasdaq ont aussi brutalement décroché. Des entreprises comme Microsoft, Apple, Mobil, perdaient plus de 1%. 

Comment la Bourse américaine a-t-elle pu réagir si vite à ce tweet ? La faute serait attribuée au trading algorithmique ainsi que l'explique cet article du Monde. En d'autres termes, les transactions informatisées. Parmi d'autres indicateurs - mais c'est dire l'importance accordée aux réseaux sociaux aujourd'hui-, les tweets sont surveillés par des outils informatiques de trading à haute fréquence qui réagissent à des mots clefs comme on peut le lire dans cet article des Echos. Les traders "humains" seraient quant à eux restés circonspects et prudents face à ce qui n'était autre qu'une rumeur.

A 17H10 GMT, AP publiait un tweet indiquant que le précédent était un faux. Et tout rentrait dans l'ordre à Wall Street. Le Dow Jones clôturait même à la hausse. Mais la mise en lumière de la fragilité du système pose question. Dans ces conditions, une cyberguerre semble facile a déclencher...

Revendication par l'Armée Electronique Syrienne

AP a ensuite indiqué que cette attaque avait eu lieu après des tentatives de "phishing" sur son réseau informatique - des mails imitant une enseigne réputée ou une administration officielle permettent aux pirates de récupérer facilement et sans intrusion informatique des données bancaires et personnelles. 

L'agence a précisé par la voix de son porte-parole Paul Colford qu'elle "travaill(ait) avec Twitter pour enquêter sur cette affaire". Le FBI a de son côté déclaré à l'AFP enquêter également sur ce piratage.

De même source, @AP et les autres comptes de l'agence sur le populaire site internet ont été suspendus, mais le fil de l'agence tel que le reçoivent ses clients n'a pas été affecté.

Le piratage a été revendiqué sur Twitter par la Syrian Electronic Army ("Armée électronique syrienne", SEA), qui a déjà piraté plusieurs comptes de médias internationaux, dont un de l'Agence France-Presse (AFP) en février dernier.

Des précédents

En février, le compte Twitter de photos de l'Agence France-Presse (AFP), @AFPphoto, avait été lui aussi piraté. La SEA, qui affirme soutenir le régime syrien de Bachar al-Assad, avait publié plusieurs photos et documents sur le compte, avant que ce dernier ne soit suspendu.

Ces militants avaient également revendiqué le piratage des comptes de Sky News Arabia and Al-Jazeera Mobile. Samedi dernier, les comptes Twitter de deux programmes phares de la chaîne de télévision américaine CBS avaient également été la proie de ces pirates.