Ferguson : le défi du nouveau chef de la police

Delrish Moss, le nouveau chef de la police de Ferguson pose pour un portrait le 9 mai 2016 
Delrish Moss, le nouveau chef de la police de Ferguson pose pour un portrait le 9 mai 2016 
© AP

Delrish Moss, un Afro-américain de 51 ans, vient de prendre la tête de la police de Ferguson (Missouri, Etats-Unis) moins de deux ans après la mort de Michael Brown, un jeune noir de 18 ans, abattu par un policier blanc. Le défi est de taille dans cette ville meurtrie par les violences raciales. 

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Un symbole fort. Depuis lundi 9 mai 2016, la police de Ferguson est désormais dirigée par un Afro-américain. Cette nomination est une première pour cette ville du Missouri. Elle intervient quelques mois après l’accord passé entre le ministère de la Justice américain et la municipalité de Ferguson pour réformer sa police et ses tribunaux.
 
Delrish Moss, 51 ans, est l’ancien porte-parole de la police de Miami. C’est d’ailleurs là-bas qu’il a bâti sa réputation durant ses 32 ans de service. « Il a de l’expérience », assure Nicole Bacharan, politologue et spécialiste des Etats-Unis. « Miami n’est pas une ville facile : la criminalité est élevée, les minorités sont majoritaires et il y a beaucoup de violences ».

La politique de diversification date des années 1970 donc Ferguson était très en retard

Nicole Bacharan, politologue et spécialiste des Etats-Unis

Le nouveau chef de la police est expérimenté mais également très déterminé. Dans son premier discours, il n’a pas hésité a lancé un avertissement aux forces de l’ordre de la ville : « Si vous travaillez dur, restez honnête et préservez le respect envers la communauté, tout se passera bien entre nous. Si vous commettez une erreur, non volontaire, nous allons la réparer. Mais si vous agissez avec préméditation, si vous faites un boulot en manquant de respect pour l’insigne que vous portez, je ferai en sorte que vous soyez écartés de la police ou poursuivis ».
 
Delrish Moss a promis d’apporter davantage de diversité et de femmes au sein des forces de l’ordre à Ferguson. Aujourd’hui, sur 54 officiers de police, seulement trois ou quatre sont Afro-américains alors que la population de la ville est à 70 % noire. « C’est très rare qu’on en soit à ce point là dans une ville américaine, affirme Nicole Bacharan. J’ai été très surprise d’apprendre cela. La politique de diversification date des années 1970 donc Ferguson était très en retard ».
 

Un défi de taille

Depuis plusieurs années, Ferguson est le théâtre de pratiques racistes et anticonstitutionnelles de la police envers la population noire. En août 2014, le jeune Michael Brown tué par un policier blanc alors qu’il n’était pas armé en devient d’ailleurs le symbole. Des manifestations de grande ampleur accompagnées de violences s’en suivent durant plusieurs semaines. Le chef de la police décide alors de démissionner. 
 
C’est dans ce contexte qu'en mars 2015, une enquête fédérale révèle et met en évidence le harcèlement des Afro-américains à Ferguson. De 2012 à 2014, alors que la population afro-américaine représente 67 % de la population locale, 85% des voitures arrêtées par la police étaient conduites par des Noirs. De même, 90% des personnes recevant des amendes, 95% des accusés pour infractions piétonnières…étaient Afro-américains. Le rapport met également en lumière un système mis en place entre la police et la municipalité pour faire rentrer de l’argent dans les caisses en accablant les gens, et particulièrement les Noirs, d’amendes pour des infractions mineures.

La police anti-émeute avance en direction d'un Afro-américain qui a les bras levés, le 11 août 2014, deux jours après la mort du jeune Michael Brown. 
La police anti-émeute avance en direction d'un Afro-américain qui a les bras levés, le 11 août 2014, deux jours après la mort du jeune Michael Brown. 
© AP

Comment restaurer la confiance ? 

Delrish Moss doit donc essayer de restaurer la confiance entre les habitants de Ferguson et la police de la ville.  Pour cela, il compte instaurer des mesures pour redorer l’image des forces de l’ordre. « Il va mettre en place des programmes qui ont fonctionné à Miami, notamment l’ilotage (technique de police préventive qui consiste à faire assurer, par une même équipe, la surveillance continue d'un quartier appelé îlot, ndlr)», explique Sophie Body-Gendrot, politologue et américaniste. « Les policiers vont marcher dans la rue, parler aux commerçants, aux habitants », souligne-t-elle. Delrish Moss vise également les jeunes. « Il parle de développer les relations en créant des clubs de sport ou en organisant des rencontres sportives, des parrainages entre un officier de police et un jeune pour suivre son évolution à l’école », souligne Nicole Bacharan. 
 
Mais les défis sont de taille et le nouveau chef de la police sera sûrement confronté aux « coupes budgétaires » et à « des agents allergiques au changement » comme le souligne le journal St. Louis Post-Dispatch. Delrish Moss a d'ailleurs bien précisé qu’il ne possédait pas de « pilule magique pour résoudre les problèmes de Ferguson ».