Le Forum social mondial à Montréal, au-delà de l'opposition Nord-Sud ?

vidéo FSM 2016
Le FSM se déroule pour la première fois à Montréal au Canada, dans un pays du Nord.
©Radio canada

Le 12e Forum social mondial s'ouvre ce mardi 9 août 2016 à Montréal, au Canada. Une première dans un pays du Nord. Mais ce choix ne fait pas l'unanimité. 

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cPendant six jours, 50 000 personnes et environ 5000 organisations de la société civile se retrouvent à Montréal, deuxième ville du Canada, pour participer au douzième Forum social mondial (FSM), qui a ouvert ses portes ce mardi 9 août 2016.

Né en 2001 à Porto Alegre (Brésil), ce sommet altermondialiste était initialement organisé pour dénoncer la mondialisation et s'opposer au Forum économique mondial de Davos. Il réunit chaque année en Suisse, chefs d'États et de gouvernements, dirigeants de multinationales et autres grosses fortunes mondiales.

Le FSM a par ailleurs toujours eu lieu dans un pays du Sud, comme à Mumbai (Inde) en 2004, à Bamako (Mali) en 2006, ou encore à Tunis (Tunisie) en 2013 et 2015.

Dépasser les frontières Nord-Sud


Depuis plusieurs années, les lignes ont quelque peu bougé. Désormais "désynchronisé" de Davos qui a lieu au mois de janvier, le Forum se déroule pour la première fois dans un pays du "Nord" : "c’est une originalité sur laquelle on mise", a justifié sur RFI Raphaël Canet, coordonnateur de l'édition 2016.

Mais pas seulement. Ce serait aussi un moyen de dépasser la "fracture entre le Nord et le Sud" car "les inégalités sociales s'accroissent partout", a-t-il indiqué à l'AFP. "Les problèmes que nous vivons dans le tiers-monde sont vécus de la même manière dans les pays industrialisés", a quant à lui expliqué le co-fondateur du FSM, Chico Whitaker, prenant l'exemple du changement climatique par lequel "le monde entier est en danger".

L'environnement est d'ailleurs l'une des grandes thématiques au programme, chargé, de cette année. Comme bien d'autres renvoyant aux problèmes mondiaux et aux luttes planétaires actuels tels que l'éducation, les migrations, les droits humains ou encore l'évasion fiscale.  ​ 

Montréal, pas l'idéal


Le problème ? Montréal est loin d'être une ville accessible à tous, et encore moins aux pays du Sud. "Dès le départ, la candidature de Montréal a suscité beaucoup de critiques, surtout de la part de groupes africains", raconte Safa Chebbi, chargée des services aux participants, sur le site d’information québécois Le Devoir. "L’hébergement coûte cher, surtout en août pendant la haute saison. La nourriture, le billet d’avion, le visa… tout ça coûte très cher." 

Autre scandale qui a secoué l'organisation du Forum 2016, près de 230 conférenciers et invités étrangers n'ont pas eu accès au territoire canadien. Les refus de visa ont en majorité touché les pays d'Afrique et du Moyen-Orient, mais aussi des Népalais, des Haïtiens et des Brésiliens. Parmi eux, on trouve la militante altermondialiste malienne Aminata Traoré et le sénégalais Ababacar Mbaye Gaye, militant pour les droits des enfants en Afrique de l’Ouest. Il raconte à nos confrères du Devoir avoir pourtant récolté la somme de 1450 dollars pour participer à l’événement et présenté les preuves de ses moyens financiers suffisants pour la durée du séjour. « C’est mieux de le faire [le Forum] dans un pays où tout le monde peut accéder sans problème. Sans la participation des Africains, on ne peut pas prétendre que le Forum est mondial ! », a-t-il déploré.

De quoi peut-être modérer la politique d'accueil du gouvernement de Justin Trudeau jusqu'à présent plutôt encensée : "Si on a moins de personnes, c'est probablement, malheureusement, le gouvernement du Canada qui va [...] en subir un petit coup, parce que ça entache un petit peu la réputation canadienne d'ouverture et d'accueil qu'on met toujours de l'avant", a regretté Carminda Mac Laurin, co-coordonnatrice du FSM, interrogée par Radio Canada.

Besoin de se renouveler


Les années 2000 ont été pour le Forum synonymes de grandes mobilisations, attirant jusqu'à 155 000 personnes à Porto Alegre en 2005. Depuis, le FSM peine à rassembler. L'édition montréalaise ne devrait d'ailleurs pas dépasser les 50 000 personnes. 

Avec la crise mondiale, des mouvements sociaux alternatifs et peut-être plus créatifs, ont largement émergé : du Printemps arabe aux Indignés espagnols, en passant par "Occupy Wall Street" ou encore Nuit debout à Paris cette année. Le Forum serait-il à bout de souffle ?

Pas pour Raphaël Canet, coordonnateur du FSM2016 : "je ne dirais pas qu’il s’est essoufflé, a-t-il contesté sur RFI. Ici à Montréal, la plupart des gens qui organisent le Forum ont pris part aux divers mouvements de protestations comme le printemps érable. Mais ensuite, ils sont allés plus loin et se sont posés la question : comment ces protestations peuvent-elles aller vers la construction et générer des propositions ? Ils se sont alors impliqués dans l’organisation de ce Forum. Une synergie s’opère donc aujourd’hui entre une nouvelle génération d’acteurs et les organisations plus traditionnelles de la société civile. Le Forum se renouvelle. Il ne faut pas juger seulement au quantitatif."

L'édition 2016 du Forum social mondial tiendra-t-il ses promesses ?