Le gouvernement birman multiplie les rencontres avec l'opposante Aung San Suu Kyi

Icône de la démocratie, puissant symbole de résistance face à l'oppression, l'opposante Aung San Suu Kyi a rencontré à trois reprises ces dernières semaines des membres du régime birman, dont le président lui-même Thien Sein le 19 août 2011. Faut-il y voir une amorce de dialogue dans l'Union de Myanmar ? En exil, les dissidents restent dubitatifs. 

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L'opposante Aung San Suu Kyi  et le président Thein Sein tiennent la pose juste avant leur entretien, vendredi 19 août 2011, dans le bureau présidentiel à Naypyidaw. Photo AP.
L'opposante Aung San Suu Kyi et le président Thein Sein tiennent la pose juste avant leur entretien, vendredi 19 août 2011, dans le bureau présidentiel à Naypyidaw. Photo AP.
La rencontre était inédite. Pour la première fois depuis sa libération en novembre 2010, après avoir été assignée à résidence pendant sept ans, l'opposante birmane Aung San Suu Kyi a été reçue pendant une heure, vendredi 19 août, par le président birman et ancien général Thein Sein, à l'occasion d'un forum économique à Naypyidaw, capitale administrative du pays. Le lendemain, celle qui n'a jamais été autorisée à exercer le pouvoir malgré sa victoire aux élections législatives de 1990 s'est dite « contente » et « encouragée ».

De son côté, la presse oficielle a indiqué que le président et l'opposante avaient « fait le voeu de coopérer pour l'intérêt national.» Dans ses colonnes, le quotidien anglophone tenu par le régime New Light of Myanmar a précisé « qu'ils ont essayé de trouver des points communs potentiels pour coopérer dans l'intérêt de la nation et du peuple en mettant de côté les différences.»

A croire que le contexte politique est sur le point de se détendre en Birmanie... Quelques semaines auparavant, la prix Nobel de la paix s’était entretenue, à deux reprises, avec le ministre du Travail. Elle a aussi pu mener, le 14 août dernier, un déplacement à l'extérieur de Rangoun qui a été un succès populaire : des milliers de Birmans se sont amassés le long de la route pour la saluer à son passage.

Et d’ici quelques jours, elle est censée rencontrer le rapporteur spécial de l'ONU pour les droits de l'homme en Birmanie, Tomas Ojea Quintana, en visite dans le pays. Faut-il donc y voir un signe d'assouplissement du régime ou du moins un début d'ouverture ?

Twitt du journaliste birman, Myat Thura, le 20 août 2011/capture d'écran.
Twitt du journaliste birman, Myat Thura, le 20 août 2011/capture d'écran.
« EST-CE UN REVE ? »

Sur Twitter, profitant de la marge de liberté qu'offre ce réseau social et répondant à une consoeur australienne, Myat Thura, journaliste birman qui était au forum économique de Naypyidaw, a fait part de son trouble : « Nous nous demandons tous : est-ce un rêve ? Est-ce pour de vrai ? » Mais, dans le même message, il s'empresse d'ajouter :  « On se souvient qu'elle avait été également traitée comme une VIP après sa libération en 2002 » [pour être de nouveau privée de liberté l'année suivante en 2003, ndlr]. Face à un régime qui a toujours refusé la transparence et excelle dans la manipulation, la prudence reste de mise.

« RIEN DE CONCRET »

En France, la porte-parole de la communauté birmane, Zin Khin Minn, reconnaît que « c'est une porte d'entrée qui est en train de s'ouvrir pour Aung San Suu Kyi qui a toujours été prête à négocier sous certaines conditions » mais reste sur le fond dubitative. « En quelque sorte, on en est aux politesses mais on ne sait pas vers où cela va aller. Rien de concret n'a été décidé. La LND [ligue nationale pour la démocratie fondée par Aung San Suu Kyi en 1988, ndlr] reste un parti rejeté. D'ailleurs Aung San Suu Kyi a été invitée au forum économique non pas en tant que leader de l'opposition mais en tant que personnalité du pays.»

Pour cette réfugiée en banlieue parisienne comme pour de nombreux dissidents exilés en Thaïlande, il s'agit avant tout d'une opération de communication menée par un régime soucieux de son image en recherche d'appuis diplomatiques et économiques.  Depuis un an, comme le précise sur le site du quotidien francais Le Monde Lex Riefel, chercheur américain spécialiste de la Birmanie, « le gouvernement birman entretient un dialogue beaucoup plus sérieux avec ses homologues étrangers ».

DES ECHEANCES STRATEGIQUES

Avec une économie moribonde, le régime ne peut plus rester à l'écart du jeu international et vise même, après avoir organisé des élections législatives en novembre dernier, la présidence tournante de l'Association des Nations d'Asie du Sud-Est pour 2014.  

A plus court terme, les dirigeants birmans doivent aussi ménager les Nations Unies. Il se pourrait qu'à la prochaine assemblée générale, qui doit se tenir en septembre, il soit de nouveau question de lancer une enquête pour crime contre l'humanité dans la République de l'Union du Myanmar. C'est donc l'heure des concessions du côté du régime mais aussi peut-etre du côté de la prix Nobel de la paix.


Dates clé d'Aung San Suu Kyi

19 juin 1945 –  Naissance
19 juillet 1947 - Mort de son père
1972 - Mariage

1988 - Retour en Birmanie
6 août 1988 - Premier discours
27 septembre 1988 - Création de la Ligue nationale démocratique, parti d'opposition
20 juillet 1989 - Première assignation à résidence.

27 mai 1990 - Victoire électorale de la LND.
Juillet 1995 - Libération mais refuse de quitter la Birmanie
1999 - Décès de son mari.

Septembre 2000 - En maison d'arrêt pendant 2 ans
Juin 2003 - En prison puis assignée à résidence
22 septembre 2007 - Révolte safran

Aout 2009 - Assignation à résidence prolongée de 18 mois après la visite imprévue d'un américain parvenue à la nage jusqu'à chez elle.