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Le monde, sa santé, sa réalité... et ses idées reçues

(Thinkstock)

Et si on faisait voler en éclats nos idées reçues sur l'état du monde ? Si on pulvérisait les clichés qui encombrent nos certitudes  ?  Pascal Boniface s'est employé à la tâche. Le directeur de L'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) "javellise" les clichés qui brouillent notre compréhension.  Un ouvrage salutaire.

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Outre le football et  l'oeuvre de Léo Ferré, Pascal Boniface a deux grandes passions : comprendre et transmettre. Le Directeur de l'Institut de relations internationales stratégiques (IRIS) et créateur des Géopolitique de Nantes publie un ouvrage étonnant  : 50 idées reçues sur l'état du monde (Editions Armand Colin).

Le géopolitologue, dont la clarté d'analyse est très prisée sur les plateaux TV ou lors d'émissions-radio, a bâti un ouvrage qui est aussi une aimable déconstruction : dynamiter les clichés pour mieux voir ce qui est.

Le prêt-à-penser est partout. Cette paresse de l'esprit pollue tous les tissus intellectuels de notre société. Si le web lui offre une fameuse caisse de résonance, difficile de ne pas sourire.

Ces phrases qui vont suivre, nous les avons entendues en famille, au café,  mais aussi  dans les salles de rédaction : "La Chine va dominer le monde", "L'ONU ne sert à rien", "L'Islam  est incompatible avec la démocratie" "L'Europe est un nain politique",  "Comprendre le terrorisme, c'est le légitimer"... etc. 

Un court paragraphe nous explique d'où émanent ces stéréotypes et l'auteur, souvent, dévoile leur origine historique. Quelques clés de compréhension plus tard, nous savons le mal-fondé de cette idée reçue. Concis et efficace.

"<em>parler simplement des affaires mondiales ne signifie pas nécessairement simplification excessive, pas plus que le jargon des spécialistes n'est gage d'intelligence des situation</em>" écrit Pascal Boniface dans sa préface.
"parler simplement des affaires mondiales ne signifie pas nécessairement simplification excessive, pas plus que le jargon des spécialistes n'est gage d'intelligence des situation" écrit Pascal Boniface dans sa préface.
(Thinkstock photo)

Ainsi, dans le cliché numéro 19 "La France ne compte plus à l'échelle internationale", Pascal Boniface explique : "L'erreur porte sur la notion de puissance. Celle ci ne peut plus se résumer au pouvoir de contraindre l'autre à agir ou au pouvoir qu'un pays aurait d'imposer des décisions à l'autre. (...)

Il rappelle que " La France est membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, membre fondateur de l'Union Européenne, fait partie du G8, du G20", elle "possède l'arme nucléaire et son territoire s'étend de l'Europe aux Caraïbes, en passant par l'Océanie. (..) La France est encore créditée à l'extérieur d'une capacité à penser de façon globale (..) Elle diffusera d'autant mieux son message spécifique qu'elle agira de façon multilatérale et qu'elle se débarrassera de certaines attitudes arrogantes qu lui ont joué des tours par le passé..."

"<em>Qu'il s'agisse de vieilles nations ou de jeunes Etats indépendants, la représentation nationale par l'exercice de la compétition sportive est beaucoup plus visible et fédératrice qu'une ambassade à l'ONU</em>"
"Qu'il s'agisse de vieilles nations ou de jeunes Etats indépendants, la représentation nationale par l'exercice de la compétition sportive est beaucoup plus visible et fédératrice qu'une ambassade à l'ONU"
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Le cliché 50 touche une planète que l'auteur prise particulièrement : la planète-football. Il la  défend passionnément malgré les quolibets ou le regard navré de quelques intellectuels en mal de respectabilité. 

On lit : "La coupe du monde de football et les jeux olympiques sont des événements sportifs". Bon. Mais, n'est-ce pas une évidence ? Que nenni ! Pascal Boniface  avance : "Ces événements ne sont pas uniquement des compétitions sportives. Leur impact stratégique ou géopolitique est de plus en plus net. au moment où la mondialisation vient effacer les identités nationales, les compétitions sportives les redéfinissent. Le soutien à l'équipe nationale de football transcende les clivages sociaux, ethniques, religieux et culturels, et l'équipe devient un vecteur de l'identité nationale".

Ce multi-passionné, à l'agenda de ministre et dont les réseaux font pâlir n'importe quel journaliste,  trouve toujours une éclaircie dans son emploi du temps pour vous rencontrer, "le coeur battant jusqu'à la dernière battue" (Léo Ferré)
 

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Pascal Boniface, fondateur et directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques
(DR)

- Pourquoi un livre sur les idées reçues ?

J'en avais un peu assez d'entendre des choses qui circulaient, qui me paraissaient inexactes mais qui avaient un certain corps et qui étaient reçues par une certaine partie du public. Dans les conversations avec des étudiants, dans ce que je pouvais entendre à la radio ou à la télé, et où véhiculait ce qui me paraissait être des idées reçues,  facile à démontrer... Donc, c'était à la fois un souci pédagogique  et un souci de remettre un peu "le cadre à l'endroit"  par apport à des choses qui me paraissaient fausses.

- On dit que les français ont très peu d'appétence pour l'actualité internationale ?

Non, c'est même le contraire.  Je peux voir des exemples tout à fait différents. Les étudiants sont extrêmement intéressés par ces questions-là. et le grand public aussi. Cela me parait être une vision parisienne des choses, avec une sorte de mépris pour les gens. Je fais beaucoup de conférences en région et il y a du monde. A partir du moment où l'on parle simplement des choses et où on ne jargonne pas, les gens s'intéressent aux questions internationales. Le public à  d'abord un petit peu d'appréhension. Mais on peut parler des choses de façon simple sans les simplifier et sans faire de simplification. C'est le grand défi. Par exemple, dans le cadre des Géopolitiques de Nantes, cet événement que nous organisons chaque année, eh bien l'année dernière  5 000 personnes sont venues pour écouter des débats sur des sujets d'actualité. Donc, au contraire, il y a un réel goût du grand public concernant les questions internationales. Il suffit de sortir des frontières du 7ème arrondissement (quartier chic et de réputation snob de Paris, ndlr) pour s'en rendre compte.

- Au chapitre "Islam et démocratie" on retient que seule la Tunisie aujourd'hui pourrait servir de "pays modèle".

Pour les pays arabes. Sinon l'Indonésie et la Turquie dans les difficultés. En fait, c'est une question d'étape historique. Il y a quelques années, on disait que l'Afrique était "impropre à la démocratie".  Il y a quelques années également, on disait que l'Asie, de part le confucianisme, ne pouvait pas avoir de régime démocratique. Or, depuis, des régimes parfaitement autoritaires et répressifs comme la Corée du Sud et Taïwan sont devenus totalement démocratiques avec des contres-pouvoir importants et une société civile vibrionnaire. Donc, un peu partout dans le monde, les peuples et les sociétés civiles se réveillent  mais il y a un temps historique et l'évolution n'est pas la même, à la fois en fonction du PIB, du taux d'alphabétisation et en fonction de l'ADN propre à chaque pays.

C'est ce que vous rappelez assez régulièrement dans votre livre. En France, la liberté n'est pas venue après la révolution en 1789, elle s'est construite après, notamment, des épisodes de terreur. Et aujourd'hui, nous serions presque dans une impatience pour les autres Etats, quand ce n'est pas un désenchantement..

C'est aussi le temps médiatique qui veut cela.Nous sommes toujours dans l'urgence, dans l'immédiateté, la réactivité absolue. On a demandé aux pays arabes de faire en quelques mois, voire quelques semaines, ce que nous même avions fait en plusieurs décennies, si ce n'est plusieurs siècles. C'est donc à la fois par manque de recul historique mais aussi du fait que l'actualité est de plus en plus rapide et que cette réactivité,  qui peut avoir des bonnes ondes, qui peut être positive a pour inconvénient, peut-être, de manquer de recul, de remettre en perspective des choses. C'est ce que j'essaye de faire dans ce livre.

Le plus grand vecteur de clichés aujourd'hui, c'est quoi ? La télévision ?

Pas plus que les conversations entre les personnes parce qu'en fait, il y a une circulation de l'information qui est faite et internet véhicule autant de clichés qu'il n'en détruit. Et les conversations entre voisins également. Non, ce qui est certainement le plus grand propagateur de clichés, c'est l'absence de recul et le fait de répondre rapidement sans essayer de comparer et de restituer  dans un contexte plus global et un peu plus profond chaque événement.
 



50 idées reçues sur l’état du monde édition 2015 (Pascal BONIFACE; Editions Armand Colin; avril 2015)