Le patron de Volkswagen Martin Winterkorn devrait être démis de ses fonctions vendredi

<span>Martin Winterkorn lors du salon de l'automobile de Francfort (Allemagne) lundi 14 septembre 2015.  </span>
Martin Winterkorn lors du salon de l'automobile de Francfort (Allemagne) lundi 14 septembre 2015.  
(AP Photo/Jens Meyer)

Berlin a ordonné des «tests approfondis» sur tous les modèles diesel de Volkswagen, la France demande une enquête européenne, la Corée du Sud a convoqué des représentants de Volkswagen mercredi après-midi et veut elle aussi «conduire des tests». Une réunion au sommet de Volkswagen est agendée mercredi. Avec nos confrères de la rédaction du journal Le Temps.

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Le patron de Volkswagen Martin Winterkorn va être démis de ses fonctions vendredi par le conseil de surveillance suite au scandale sur les moteurs diesel, rapportait mardi le journal allemand Tagesspiegel sur la foi de sources proches de l’organe de contrôle.
M. Winterkorn n’a plus la confiance du conseil de surveillance, explique le quotidien berlinois sur la foi de ses sources, non identifiées. C’est Matthias Müller, le patron de Porsche, filiale de Volkswagen, qui doit lui succéder, selon le journal.

Volkswagen n’était pas joignable pour commenter cette information.
Martin Winterkorn, 68 ans, aux manettes depuis 2007, était sorti victorieux au printemps dernier d’un duel avec le patriarche du groupe Ferdinand Piëch, et avait assis sa main mise sur le groupe. Il devait théoriquement être prolongé de deux ans à son poste vendredi, jusqu’à fin 2018.
Selon la presse allemande, les membres les plus influents du conseil de surveillance, réunis en un sous-comité appelé présidium, doivent se réunir déjà mercredi au siège du groupe à Wolfsburg (nord) et entendre Martin Winterkorn. Volkswagen n’a pas confirmé.

Aveux aux Etats-Unis


Le PDG de Volkswagen America, Michael Horn, ne s’est pas embarrassé de périphrases en s’excusant pour le scandale des contrôles antipollution falsifiés, admettant que le géant allemand de l’automobile avait «complètement merdé».
«Notre entreprise a été malhonnête, avec l’EPA (Agence américaine de protection de l’environnement, ndlr) et avec le CARB (son homologue californienne, ndlr), ainsi qu’avec vous tous, et avec mes mots en allemand on dirait qu’on a «totalement merdé», a admis M. Horn lors d’un événement promotionnel à New York tard lundi soir, selon une vidéo de la chaîne CNBC.
M. Horn a promis de coopérer et de «faire ce qu’il faut avec le gouvernement, le public, nos clients, nos employés, et aussi très important, avec nos concessionnaires».

11 millions de véhicules

Le constructeur allemand Volkswagen a indiqué mardi que 11 millions de ses voitures dans le monde étaient équipées du logiciel de trucage découvert aux Etats-Unis il y a quelques jours, et ce concernant plusieurs marques du groupe.
«Des enquêtes internes ont montré que le logiciel en question était aussi présent dans d’autres véhicules diesel du groupe», selon un communiqué de Volkswagen, maison mère des marques VW mais aussi Audi, Skoda, Seat ou encore Porsche. Le trucage, qui visait à contourner les tests antipollution, concerne tous les moteurs diesel de type EA189, soit «un volume total d’environ 11 millions de véhicules dans le monde», selon ce communiqué.

Une plongée boursière de 20%

A midi, l’action Volkswagen s’enfonçait de plus de 20%.
Le géant allemand de l’automobile va passer une provision d’environ 6,5 milliards d’euros dans ses comptes du troisième trimestre pour faire face au scandale provoqué par sa tricherie sur les véhicules diesel, selon un communiqué publié mardi.
«Les objectifs de résultats du groupe pour l’année 2015 vont être ajustés en conséquence», a ajouté l’entreprise, numéro un mondial des ventes. Jusqu’ici, le groupe Volkswagen prévoyait pour l’exercice en cours une hausse jusqu’à 4% de son chiffre d’affaires et une marge d’exploitation, mesure de sa rentabilité, comprise entre 5,5% et 6,5%.

Un scandale qui se mondialise
 

Le scandale des moteurs diesel de Volkswagen prenait une dimension mondiale mardi, plusieurs pays voulant se pencher de plus près sur les voitures du constructeur allemand, sous intense pression pour s’expliquer.

Possible ouverture d’une enquête pénale aux Etats-Unis, convocation des dirigeants en Corée du Sud, demande en provenance de Paris d’une investigation paneuropéenne: les choses se précipitaient quatre jours après les révélations des autorités américaines sur une manipulation de grande envergure orchestrée par Volkswagen pendant des années pour frauder les tests aux émissions outre-Atlantique.
Selon le journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung, Volkswagen avait été alerté dès mai 2014 des griefs qui lui étaient adressés, et avait même rappelé en décembre dernier de son plein gré un certain nombre de véhicules.

Souci des Etats

Des gouvernements aux actionnaires en passant par les associations de protection des consommateurs, les questions se font pressantes dans un nombre croissant de pays. Berlin a ordonné des «tests approfondis» sur tous les modèles diesel de Volkswagen, la Corée du Sud a convoqué des représentants de Volkswagen mercredi après-midi et veut elle aussi «conduire des tests». Le ministre français des Finances Michel Sapin a réclamé une enquête «au niveau européen» pour «rassurer» les citoyens.
Volkswagen, fleuron de l’industrie allemande aux liens étroits avec la politique – un Etat régional allemand est actionnaire à son capital – a vendu 5 millions de voitures dans le monde au premier semestre, supplantant Toyota comme numéro un mondial.

«Pas exclu» que l’Europe soit concernée

Selon l’ONG qui a contribué à révéler le scandale, l’International Council on Clean Transportation, il n’est «pas exclu» que Volkswagen ait eu recours aux mêmes techniques de dissimulation en Europe, a déclaré son directeur exécutif Drew Kodjak dans un entretien à l’AFP: «Il appartient aux régulateurs du continent de déterminer s’ils sont oui ou non en présence d’un «logiciel trompeur» comme aux Etats-Unis

Les modèles diesel de Volkswagen et Audi aux Etats-Unis étaient équipés d’un logiciel qui détectait le moment où étaient conduits les tests aux émissions polluantes, et en faussaient le résultat.
Les associations de protection de l’environnement, en Allemagne notamment, soupçonnent le cas de n’être que la pointe de l’iceberg et les autres constructeurs d’avoir recours à des techniques similaires. Tout le secteur automobile était d’ailleurs malmené en bourse encore mardi, BMW perdant 4,31% à 80,76 euros et Daimler 4,03% à 68,38 euros à Francfort.

Démission de Martin Winterkorn?

Selon la presse allemande, les membres les plus influents du conseil de surveillance se réunissent mercredi à Wolfsburg, siège de la société, et Martin Winterkorn, président du directoire, doit venir s’expliquer. Son avenir paraît de plus en plus incertain. Sollicité par l’AFP, le groupe n’était pas joignable dans l’immédiat pour commenter.

Théoriquement, l’organe de contrôle devait prolonger jusqu’à fin 2018 son mandat lors d’une réunion vendredi. Volkswagen est muet sur la tenue de celle-ci comme sur tout le reste.
Olaf Lies, ministre de l’Economie du Land actionnaire de Basse-Saxe et membre du conseil de surveillance, a prévenu mardi que «bien sûr», des têtes allaient tomber dans cette affaire. «Il va s’agir d’établir qui savait quoi, qui a pris les décisions», a-t-il dit.
Olaf Lies a aussi appelé à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain, rappelant que Volkswagen, maison mère de marques aussi diverses qu’Audi, Skoda, Porsche et Lamborghini, fabriquait «d’excellents produits».
D’aucuns s’inquiétaient déjà en Allemagne du préjudice causé à la réputation des produits industriels allemands dans leur ensemble. «C’est un énorme coup porté à l’industrie allemande», déplorait ainsi le député bavarois conservateur Max Straubinger. La première économie européenne est très fière de son industrie, pilier de son économie.