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Le référendum sur l'indépendance du Kurdistan irakien inquiète

Kurdistan
Commentaire Stéphane Leroyer

Les députés kurdes d'Irak l'ont approuvé à la quasi unanimité ce 15 septembre : un référendum sur l'indépendance de la région autonome du Kurdistan aura lieu ce 25 septembre. Le projet inquiète les pays voisins, mais aussi la communauté internationale.

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Erbil, ce vendredi 15 septembre : le Parlement kurde irakien approuve d'un vote à main levée le rendez-vous électoral annoncé par le président Massoud Barzani en juin. ​ 

Dissenssions internes

Voici des jours que la campagne pour le référendum sur l'indépendance du Kurdistan bat son plein. Et pourtant, le vote s'est tenu en l'absence de l'opposition. Car depuis deux ans, le Parlement kurde ne siège plus en raison de différends entre partis politiques. Sur 68 députés présents, 65 ont voté en faveur du référendum dans une assemblée clairsemée. A l'issue du vote, au milieu de sièges vides, ils se sont levés et ont brandi des drapeaux kurdes et entonné l'hymne du Kurdistan irakien.

La veille, quelque 10 000 Kurdes se réunissaient dans le stade de Zakho pour manifester leur soutien au projet d'indépendance :

Une entrave à la lutte contre l'EI

Le référendum, qui concerne quelque 5,5 millions de Kurdes irakiens, inquiète les pays voisins, comme la Turquie ou l'Iran, qui redoutent les velléités séparatistes de leurs minorités kurdes.  Ainsi le président turc Recep Tayyip Erdogan a-t-il jugé que ce serait une "très mauvaise chose", soulignant que le Conseil de sécurité turc se réunira le 22 septembre pour adopter une position officielle.

Quant aux Etats-Unis et à leurs alliés, ils réclament l'abandon du référendum et ont présenté au président Barzani un "projet" proposant des "alternatives", selon l'émissaire américain auprès de la coalition anti-jihadiste en Irak, Brett McGurk. 

Jugeant cette consultation "provocatrice" et "déstabilisatrice", Washington réaffirme sa conviction qu'elle serait une entrave à la lutte contre le groupe Etat islamique (EI) et à la stabilisation des zones libérées : "Nous appelons le gouvernement régional kurde à abandonner le référendum et à entamer un dialogue sérieux avec Bagdad dans lequel les Etats-Unis ont toujours été prêts à jouer un rôle de facilitateur", déclare fermement un communiqué de l'exécutif américain.

Les Kurdes très déterminés

Le président kurde s'est engagé à répondre "rapidement", mais selon Michael Knights, du Washington Institute for Near East Policy, les kurdes irakiens sont "depuis le départ extrêmement déterminés" sur la tenue de cette consultation. Ils seront peu enclins à accepter un accord "à moins qu'il ne contienne des garanties internationales très claires", avec en particulier un calendrier vers l'indépendance si les discussions avec Bagdad échouent.

"Protéger l'unité de l'Irak"

Cette semaine, le Parlement fédéral a voté à deux reprises cette semaine des mesures contre le référendum d'indépendance. A chaque fois, les députés kurdes ont quitté la salle en signe de protestation. Le 12 septembre, le Parlement fédéral votait contre la tenue de cette consultation pour "protéger l'unité de l'Irak", et deux jours plus tard, il limogeait le gouverneur de la province disputée de Kirkouk - il avait décidé, contre l'avis de Bagdad dont il dépend, d'organiser le référendum dans sa région.

Retour à "l'avant EI"

Depuis 1991, le Kurdistan bénéficie d'une autonomie qui est allée croissant au fil des ans. En annonçant, en juin, avoir fixé la date du référendum, Massoud Barzani a envoyé le signal clair que l'Irak entrait dans une nouvelle phase. Après plus de trois années de combat pour chasser les jihadistes, qui ont un temps tenu près d'un tiers de l'Irak, le pays revient aux problématiques confessionnelles et ethniques d'avant l'EI.

Les craintes s'accroissent sur de possibles violences impliquant notamment les peshmergas (combattants kurdes) et la myriade d'unités paramilitaires disséminées à travers le pays qui pourraient se disputer les zones reprises aux jihadistes.
L'influent commandant chiite Hadi al-Ameri, chef de l'organisation Badr, puissant groupe paramilitaire irakien soutenu par Téhéran, a multiplié ces derniers temps les mises en garde contre "la guerre civile".