Le sortant : Jose Luis Rodriguez Zapatero

Zapatero en 2004, le soir de sa victoire (AFP)
Zapatero en 2004, le soir de sa victoire (AFP)
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“Les années Zapatero n'ont pas été une parenthèse“

Inconnu à l'étranger lorsqu'il est élu en 2004, promoteur de lois audacieuses sur l'avortement et le mariage gay, José Luis Rodriguez Zapatero quitte le pouvoir après sept années d'un parcours atypique, écourté par les retombées désastreuses de la crise économique. Zapatero "aurait été un excellent chef de gouvernement s'il ne s'était pas heurté à la crise", dit de lui Conrado Alonso, son ancien bras droit quand il dirigeait, à ses débuts, le Parti socialiste de Leon, dans le nord de l'Espagne.

Zapatero avait annoncé en avril sa décision de ne pas se présenter pour un troisième mandat, laissant la place à son ministre de l'Intérieur Alfredo Perez Rubalcaba pour mener le pays jusqu'aux élections.
Alors décidé à achever sa seconde législature, il a dû se résigner, en juillet, à avancer au 20 novembre les élections prévues en mars 2012, "au moment où sa popularité était en chute précisément à cause de la voracité de la crise", remarque Luis Aizpeolea, journaliste à El Pais.

Arrivé au pouvoir par surprise en mars 2004, dans la foulée des attentats islamistes de Madrid (191 morts), il quitte le gouvernement sept ans plus tard, poussé dehors par une crise qui laisse dans son sillage cinq millions de chômeurs.
"Je crois qu'il a commis une erreur en niant autant la crise", estime Conrado Alonso.
Car Zapatero, ancien professeur de droit né à Valladolid le 4 août 1960, optimiste à toute épreuve derrière ses yeux bleus pétillants et son sourire, a mis du temps à oser prononcer le mot "crise", préférant celui de "ralentissement" économique. Une erreur que le pays ne lui a jamais pardonnée.

Il avait adhéré au Parti socialiste à 18 ans, peu après le retour de la démocratie, avant de devenir, en 1986, député de Leon et longtemps le plus jeune parlementaire espagnol.
Il sera élu à la tête de son parti en 2000. Quatre ans plus tard, il devient chef du gouvernement après avoir remporté les élections face au conservateur Mariano Rajoy, qu'il battra une nouvelle fois en 2008.
A peine entré en fonction, ce fervent supporteur du FC Barcelone se rend célèbre aux yeux du monde en retirant les troupes espagnoles envoyées en Irak par son prédécesseur de droite, José Maria Aznar.

Il marquera ensuite les esprits en faisant de l'Espagne catholique le troisième pays au monde à légaliser le mariage homosexuel, la première d'une série de réformes qui ont profondément modernisé la société espagnole.

En 2010, il fera voter une loi légalisant l'avortement, décriée par le Vatican.
Il instaure des aides à la natalité, avec le célèbre "chèque-bébé", des subventions pour les chômeurs de longue durée et des baisses d'impôts, des mesures qui se retourneront contre lui lorsqu'éclatera la crise en 2008, l'obligeant à revenir sur une partie de ce dispositif.

Petit-fils d'un républicain fusillé par les franquistes en 1936, il osera aborder le thème de la Guerre civile, un thème jusqu'alors tabou, avec la loi sur la mémoire historique, votée en 2007, qui vise à rendre justice aux victimes.
Cette initiative lui vaudra les critiques de ceux qui dénoncent le risque de "rouvrir de vieilles blessures" et les félicitations de ceux qui, 70 ans plus tard, cherchent toujours des proches fusillés, ensevelis dans des fosses communes.

Bien que la crise ait éclipsé tous ces acquis, "les années Zapatero n'ont pas été une parenthèse, elles ont changé son parti et le pays", estime Suso de Toro, auteur d'une biographie du chef du gouvernement.

Après des mois difficiles, qui ont durci ses traits, il prépare à 51 ans sa retraite aux côtés de son épouse Sonsoles et de ses deux filles, Laura et Alba.
"Je le vois comme une personne très réservée, qui ne fera pas parler de lui", remarque un de ses anciens collaborateurs.