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Le Venezuela et la Colombie rouvriront leur frontière

A gauche, le président colombien Juan Manuel Santos, à droite, son homologue vénézuélien. Ils viennent de se mettre d'accord sur la rouverture progressive de leur frontière. Le jeudi 11 août 2016. 
A gauche, le président colombien Juan Manuel Santos, à droite, son homologue vénézuélien. Ils viennent de se mettre d'accord sur la rouverture progressive de leur frontière. Le jeudi 11 août 2016. 

Le président colombien Juan Manuel Santos et son homologue vénézuélien, Nicolás Maduro, ont annoncé ce jeudi 11 août la réouverture progressive de leur frontière après presqu’un an de fermeture et de tensions diplomatiques. La mobilisation des Vénézuéliens a sans doute précipité cette décision.

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A partir de ce samedi 13 août, l’ouverture d’un couloir facilitera le passage de personnes voulant se rendre uniquement à pied de part et d’autre de la frontière. Ce couloir restera ouvert seulement de 5 heures du matin à 20H. Les habitants de la zone frontalière seront, à l’avenir, munis d’un document spécial pour faciliter leurs démarches. Ils seront tout de même soumis aux contrôles migratoires en vigueur.
La carte des points frontaliers qui seront ouverts ce samedi. 

Quatre étapes supplémentaires sont prévues avant de retourner à la normale et de restaurer les relations commerciales entre les deux pays qui ont également pâti du blocage. Le 19 août 2015, le président vénézuélien, Nicolás Maduro, avait fermé d’abord une partie de la frontière, puis la totalité, à la suite d’une attaque supposée de paramilitaires colombiens contre une patrouille de militaires vénézuéliens.

Si cette ouverture par étapes semble être une solution a minima après presque 12 mois de blocage, les Vénézuéliens n’en attendaient pas autant. C’est pour cette raison qu’ils, ou plutôt elles, avaient pris les choses en main. 

Un mouvement "spontané" de femmes

Le 5 juillet dernier, habillées en blanc, environ 500 femmes vénézuéliennes ont forcé les contrôles et traversé la frontière illégalement pour se rendre du côté colombien dans la ville de Cúcuta. Elles y ont acheté des aliments, des médicaments… Tous les produits auxquels elles n’ont plus accès depuis qu’une pénurie aiguë condamne les habitants du pays à faire de longues queues et à payer des fortunes pour acheter ce dont ils ont besoin. 
 
Claudia Pérez, originaire d’Ureña, dans l’Etat de Táchira, faisait partie de ce groupe de femmes : «C’était un mouvement spontané et apolitique. On a commencé à entendre dans le quartier que des femmes s’organisaient pour traverser la frontière. On s’est donné rendez-vous très tôt, on a pris des bus… Une fois arrivées à la douane, les militaires ne voulaient pas nous laisser passer. Mais on a quand même traversé le passage à pied. J’ai passé toute la journée à Cúcuta à faire des emplettes. On a été très bien reçues ».

Surprises par cette initiative, les autorités locales de cette ville colombienne, les ont accueillies les bras ouverts. Juan Capacho, conseiller municipal, racontait à l’époque à RFI que « même les taxis avaient établi des tarifs avantageux » pour conduire ces femmes aux magasins les plus intéressants. C’est que le prix est un sujet capital. 

Avec le taux de change, les acheteurs vénézuéliens payent cher leurs courses. « Mais à la fin, elles préfèrent ces sacrifices plutôt que d’être confrontées aux longues queues », expliquait Juan Capacho, qui s’est longuement entretenu avec « les mères d’Ureña », comme elles se faisaient appeler. 

Des réponses politiques à un acte de rébellion

Cet acte de rébellion n’a pas été sans conséquences. La ministre des Affaires étrangères colombienne, María Angela Holguín, s’est rendue tout de suite à Cúcuta où elle a organisé une réunion avec les autorités locales pour gérer cet afflux. La ministre proposait d’ouvrir une sorte de couloir humanitaire pour répondre aux besoins de la population frontalière. Le président Juan Manuel Santos a également fait le déplacement. 
 
Du côté vénézuélien, l’initiative « des mères qui n’acceptent plus de voir leurs enfants avoir faim » a également eu un impact politique. Le gouvernement de Nicolás Maduro a autorisé trois fois une ouverture exceptionnelle. Des milliers de personnes en ont profité pour se ravitailler. 
La faim n'attend pas.
Laidy Gómez, députée de l’opposition.
D’ailleurs, la population menaçait de répéter l’opération tant que le problème ne serait pas résolu. Les députés vénézuéliens des Etats affectés comptaient sur cette pression populaire. « La responsabilité du gouvernement doit être engagée. La faim n’attend pas. Si la frontière n’est pas ouverte, nous pouvons nous attendre à voir de nouveaux une forte mobilisation de femmes qui n’ont qu’un souhait : subvenir aux besoins de leurs enfants », déclarait récemment la députée de l’opposition Laidy Gómez.
 
Et de poursuivre : « Ne pas avoir de date précise nous préoccupe énormément. La faim, le manque de soins… C’est insupportable. J’espère que les deux pays pourront s’accorder sur des initiatives concrètes ».
Le 17 juillet dernier des milliers de Vénézuéliens ont traverser la frontière pour se ravitailler du côté colombien. 
Le 17 juillet dernier des milliers de Vénézuéliens ont traverser la frontière pour se ravitailler du côté colombien. 
AP Photo/Ariana Cubillos
Précisément, voir ce flot de personnes traverser la frontière de 1 200 kilomètres a poussé les autorités colombo-vénézuéliennes à se réunir à plusieurs reprises pour trouver une solution plus durable ; alors qu’au Venezuela, la situation devient de plus en plus désespérée.

Cette fermeture a également eu d’importantes répercussions du côté colombien. Selon le ministère des Affaires étrangères de ce pays « la fermeture a poussé 17 000 Colombiens à rentrer chez eux de façon volontaire mais plus souvent involontaire » créant des tensions sur le marché du travail, par exemple. 

Combattre tous les trafics

La réunion entre le président Santos et son homologue Maduro était l’aboutissement d’une série de rendez-vous entre officiels des deux côtés. Déjà mardi 9 août, des autorités militaires et policières avaient créé une agence de coopération. Le but : combattre le crime organisé et réorganiser les échanges douaniers. 

Le ministère de la Défense des deux pays seront les garants de la sécurité lors des prochaines ouvertures de la frontière.

En plus d’annoncer la réouverture progressive de la frontière, les deux mandataires se sont mis d’accord pour augmenter les contrôles de sécurité dans le cadre de la lutte contre le trafic illicite d’essence, le trafic de drogues (ou de médicaments). Cette crise avait mis une fois de plus en lumière ces défis, également à l’origine de la fermeture. Nicolás Maduro avait accusé des trafiquants de dévier les denrées alimentaires pour amplifier la pénurie dans son pays. 

L’ouverture à 100% de la frontière dépendra de la mise en place de toutes les mesures annoncées. Le processus sera donc long. Le programme est ambitieux et il reste de nombreux points en suspens, comme le rétablissement des relations commerciales - tant demandé par les commerçants de la zone - ou encore le retour potentiel de tous les Colombiens qui ont dû quitter le Venezuela après cette crise. 

"Tant que les relations commerciales ne seront pas rétablies la réouverture de la frontière ne sera pas effective", estime cette députée de l'opposition.

Le secrétaire national de l’Union des nations sud-américaines (Unasur), Ernesto Samper, a applaudi cette avancée diplomatique.

Reste à savoir si les premiers concernés seront aussi enthousiastes. En attendant de dresser le premier bilan, les habitants des deux pays pourront regarder un match de football de réconciliation. Celui-ci aura lieu le 1er septembre entre les équipes nationales des deux pays au stade de la ville colombienne de Barranquilla.