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Le vin du Québec, un vignoble émergent

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Pierre Desorgues/Stéphane Dard

C'est une petite région viticole qui monte. Le vignoble du Québec ne connait pas la crise. Les Québécois se régalent de ces vins vinifiés dans le grand froid et l'offre a du mal à suivre la demande locale. Les vignerons québécois espèrent quintupler leurs production annuelle d'ici 2030. Témoignage de Jean Joly, vigneron québécois, en Montérégie.

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La demande ne faiblit pas. Les québécois se ruent depuis le début de cette année  sur les vins du Québec, dans les épiceries et les supermarchés. La production viticole du Québec stagnait depuis plusieurs années. Les viticulteurs québécois devaient passer auparavant par la Société des alcools du Québec, société d'État qui a pour mandat de faire commerce des boissons alcoolisées sur tout le territoire. Désormais, la libéralisation de cette distribution dope les ventes. "Le potentiel est là", se réjouit enfin Jean Joly, viticulteur depuis 28 ans et l'un des précurseurs de l'implantation de la vigne dans la belle province. " Le vignoble québécois ne produit que 2,5 millions de bouteilles par an. Les Québécois en consomment 250 millions durant l'année", insiste le viticulteur québécois. Son domaine, 'Vignoble du marathonien', produit 20 000 bouteilles par an. L'intérêt est là. Certaines chaines de distribution craignent désormais la pénurie.

Engouement du public


 La libéralisation de la distribution n'est pas la seule raison de l'engouement du public pour ces vins de terroir. La filière viticole québécoise se structure enfin. Le vin de glace québécois, vin produit à partir de raisins gelés, dispose depuis 2014 d'une appellation géographique protégée. L'indication géographique protégée "Vin du Québec" devrait être reconnue également à partir du millésime 2017, par le gouvernement du Québec. "Nous sommes montés en qualité et ces certifications nous permettent désormais de produire des vins sans défaut. Le consommateur y est sensible", confirme Jean Joly. L'association des vignerons du Québec, principale organisation de la profession, table sur une augmentation régulière de la production nourrie par cette nouvelle demande. Les vignerons veulent multiplier par cinq d'ici 2030 la production annuelle de bouteilles. Dix millions de bouteilles 'Vins du Québec', pourraient être vendues à cette date.

Réchauffement climatique et viticulture


Le réchauffement climatique faciliterait l'émergence du vin québécois. Les vignerons cultivent actuellement  des cépages hybrides, capables de résister au froid. Plus de 30 cépages sont utilisés dont les plus connus sont le Fronssac, le Maréchal Foch ou le Syeval. Le changement climatique pourrait permettre d"élargir encore la gamme des raisins vinifiés, tel le Pinot noir, cultivé dans l'Oregon. Jean Joly, viticulteur depuis 28 ans perçoit, lui, chaque jour les changements climatiques sur son domaine de moins de deux hectares. "La durée annuelle des jours sans gel, sur 30 ans, a progressé de deux semaines. Les périodes d'ensoleillement sont plus longues'", constate le vigneron.


Le réchauffement climatique constitue une chance pour la vigne au Québec, selon Jean Joly. " Les hivers sont rigoureux. Les vignerons québécois doivent protéger la vigne en hiver. Je dois faire en six mois ce que les vignerons français peuvent faire en un an. Il faut enterrer la vigne avec 30 centimètre de terre, lorsque la température descend à moins 25 degrés, sinon elle meurt", décrit le viticulteur. Cette viticulture différente attire de plus en plus la curiosité des professionnels français. Jean Joly accueille sur son exploitation chaque année des stagiaires français venus de l'université d'Angers. Une nouvelle région des vins du nouveau monde est en train de naître.
 

Le vin québécois : un vin récent

Si la consommation de vin au Québec remonte à l'arrivée des Français et de Jacques Cartier, la culture de la vigne et sa vinification restent récentes. Samuel Champlain, fondateur de la ville de Québec, aurait fait planter des cépages français mais la vigne n'aurait pas résisté au climat. Durant les années 1970, de jeunes Québécois, revenus de France, se lançent dans la viticulture. Des nouveaux cepages, capables de resister à l'hiver canadien sont ainsi plantés. Le vigneron français Charles Henri de Coussergues s'installe au Québec en 1982 et importe de nouvelles techniques de vinification. Son domaine, l'Orpailleur est le plus important vignoble québecois. En 1986, le gouvernement du Québec  autorise enfin la commercialisation des vins québecois. En 2016, les 135 domaines du vignoble québécois se concentrent sur cinq régions : les Cantons-de-l’Est, la Montérégie, l'Ouest-du-Québec, le Centre-du-Québec et l'Est-du-Québec.