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Le Yémen est menacé de partition nord-sud

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<span>Le vendredi 20 Mars, des miliciens fidèles au président Abed Rabbo Mansour Hadi sur un véhicule de l'armée dans une rue à Aden, au Yémen . </span></pre>
Le vendredi 20 Mars, des miliciens fidèles au président Abed Rabbo Mansour Hadi sur un véhicule de l'armée dans une rue à Aden, au Yémen .
(AP Photo/Yassir Hassan, File)

Les combattants houthistes se sont emparés de Taëz, la troisième ville du Yémen. Le président Hadi est menacé dans son refuge d’Aden

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Cette fois-ci, la guerre civile est bel et bien là au Yémen. Les miliciens houthistes d’Ansar Allah, un groupe chiite originaire du nord du Yémen soutenu par l’Iran et l’ex-dictateur Ali Abdallah Saleh, se sont emparés samedi dernier de Taëz, troisième ville du pays et porte d’entrée vers le sud. Ansar Allah contrôle déjà la capitale Sanaa, et cette nouvelle conquête rapproche la milice d’Aden, à 140 km plus au sud, où s’est réfugié le président Abd Rabbo Mansour Hadi, depuis février.

Mais l’irruption des combattants chiites dans une ville éloignée de leur base tribale et très hostile à l’ex-président Saleh n’est pas allée sans heurts avec la population locale. Des manifestants sont descendus dans la rue contester les nouveaux occupants. Au moins une personne a été tuée dans des manifestations contre leur présence, selon des responsables sécuritaires.

Samedi, dans son premier discours depuis son exil forcé, le chef de l’Etat, Abd Rabbo Mansour Hadi, a dénoncé le «coup à la légitimité constitutionnelle» des houthistes et déclaré Aden «capitale provisoire» du Yémen. Dimanche soir, dans une allocution télévisée, Abdel Malek al-Houthi, le chef des houthistes, lui a répondu, le qualifiant de «marionnette» des puissances régionales et internationales voulant «importer le modèle libyen». Il a accusé les Etats-Unis, Israël, l’Arabie saoudite et le Qatar de conspirer contre le Yémen avec l’aide d’Abd Rabbo Mansour Hadi.

Au même moment, à New York, les 15 membres du Conseil de sécurité réitéraient leur soutien au président Hadi et menaçaient les houthistes «de nouvelles mesures» si les hostilités ne cessaient pas.

La dégradation de la situation et la multiplicité des conflits au Yémen font désormais craindre une nouvelle partition entre le nord et le sud du pays, vingt-cinq ans après sa réunification, et un conflit sectaire entre chiites et sunnites. Dans leur inexorable conquête qui les a menés depuis Saada, leur bastion septentrional, à la capitale Sanaa en septembre 2014, puis à Taëz, les rebelles houthistes ont été soutenus par l’Iran. Samedi, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir Abdollahian, a appelé le président Hadi «à démissionner au lieu de s’entêter dans l’erreur» et «à jouer un rôle constructif en empêchant l’éclatement du Yémen et la transformation d’Aden en refuge pour les terroristes».

En réaction, les monarchies sunnites, membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG), ont réitéré samedi leur soutien au président Hadi et affiché leur détermination à faire «tous les efforts» pour assurer la sécurité du pays. Mais la donne est compliquée, côté sunnite, par la présence d’Al-Qaida dans la péninsule Arabique (AQPA), qui combat tant les houthistes (par hostilité au chiisme) que le président Hadi, soutenu par les Etats-Unis et l’Arabie saoudite.

Enfin, AQPA est débordée par les extrémistes de l’Etat islamique, qui ont revendiqué, pour la première fois, le double attentat suicide contre des mosquées chiites à Sanaa, qui a fait 142 morts vendredi. Le porte-parole des houthistes, Mohammed Abdulsalam, a préféré imputer samedi ces attentats à des «éléments terroristes» au sein des forces du président Hadi, tandis que le Haut Comité révolutionnaire, instance suprême des houthistes, appelait à «la mobilisation générale» des forces de sécurité.

Le président Hadi a exhorté l’armée à «refuser toute directive émanant de Sanaa» et promis de reconquérir le pays. Il est plus que jamais menacé dans son refuge d’Aden, où il a été victime, jeudi 19 mars, d’une tentative de putsch d’un général rebelle, Abdel Hafez al-Sakkaf, proche des houthistes et d’Ali Abdallah Saleh. Après avoir repris le contrôle de la ville, les forces loyales au président Hadi, soutenues par des tribus et des membres des «comités populaires», renforcent les défenses autour de la ville. Les hommes d’Al-Qaida ne sont qu’à 20 km d’Aden depuis qu’ils se sont emparés d’Al-Houta vendredi. Les Etats-Unis ont retiré dimanche leurs dernières troupes, engagées dans la lutte antiterroriste, de la base aérienne d’Al-Anad, à 70 km au nord d’Aden.