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Législatives en Allemagne - Entretien avec Alfred Grosser

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“Les Allemands font confiance à Angela Merkel plus qu’à aucun autre pour surmonter la crise“

Entretien avec Alfred Grosser, professeur émérite à l’Institut d’études politiques de Paris



Angela Merkel est quasiment assurée d’être réélue à la chancellerie allemande. Comment expliquer cette reconduite aux affaires ?


En Allemagne, on n’élit pas les chanceliers, mais une assemblée qui a son tour élit un chancelier. Elle a toutes les chances d’être élue, son parti dispose de la majorité au Parlement et le chancelier est naturellement issu de ce parti.

C’est le système de la proportionnelle (ndlr : le Bundestag est élu pour quatre ans au suffrage universel proportionnel direct au niveau fédéral ; le mandat est en principe partagé à la proportionnelle entre les partis ayant reçu au moins trois circonscriptions électorales) qui offre une majorité à son parti dont elle est en aussi le chef.

Quel bilan peut-on dresser des quatre premières années d’Angela Merkel à la tête de l’Allemagne ?

Angela Merkel est puissante en Allemagne dans la mesure où elle réussit progressivement à remonter l’économie. Elle est cependant impuissante face aux traders, contrairement au président français qui affronte les acteurs financiers dans son pays.

Elle a créé un gouvernement plus qu’honorable en association avec les socialistes. Ce qui rend d’ailleurs la campagne électorale très bizarre parce qu’on s’affronte entre rivaux tout en présentant un bilan commun.
C’est vrai que le bilan économique actuel de l’Allemagne n’est pas très reluisant : un chômage qui augmente, des usines qui ferment et les exportations qui s’effondrent peu à peu. Mais en même temps, les Allemands lui font plus confiance qu’à aucun autre pour surmonter la crise.

En quatre ans, elle a entrepris avec son gouvernement des réformes intéressantes. Ils sont arrivés à résoudre certains problèmes sociaux, sans toucher aux fondements de l’État social, comme par exemple le droit de grève qui permet d’affirmer une véritable opposition pour les travailleurs, dans les entreprises industrielles.

Les deux partis (sociaux-démocrates et chrétiens-démocrates) au pouvoir sont absolument en faveur de la continuation d’une économie de marché, celle que l’Allemagne a choisie depuis les années 60.
Et c’est vrai aussi que la Chancelière est très connue sur le plan international, elle a d’ailleurs fait une bonne présidence de l’Union européenne.

Angela Merkel discute avec le président français Nicolas Sarkozy lors du sommet du G8 à L’Aquila (Italie) le 10 juillet 2009.
Angela Merkel discute avec le président français Nicolas Sarkozy lors du sommet du G8 à L’Aquila (Italie) le 10 juillet 2009.
Frank-Walter Steinmeier le principal adversaire d’Angela Merkel représente-il une menace sérieuse ?

Pas vraiment. Il n’a jamais été élu à un quelconque poste. Il est plutôt un homme de cabinet, il a d’ailleurs été directeur de cabinet du chancelier Schröder. Cela dit, il fait bonne figure dans la campagne mais quand il y a eu le face à face des deux candidats à la télévision, le chef des libéraux (ndlr : Guido Westerwelle) qui espère entrer au gouvernement, les a trouvés terriblement complices. En effet ils sont liés l’un à l’autre en étant candidats de partis différents mais alliés, à une chancellerie que le socialiste n’a aucune chance de remporter.

Comment expliquer justement le fait que le SPD (Parti social démocrate) supporte un candidat issu du gouvernement de Merkel ?

Ils n’ont personne d’autre que Steinmeier et il se démarque de la mêlée. Le parti social démocrate avait le choix entre deux solutions : être au pouvoir avec les chrétiens-démocrates pendant quatre ans encore ou alors essayer de bâtir une coalition à gauche avec « die Linke » sachant qu’ainsi ils perdraient des centaines de voix à l’Ouest. Car une alliance rouge-rouge est absolument insupportable en Allemagne de l’Ouest pour ceux qui se souviennent de la période communiste dans ce pays.


Angela Merkel lors d'un meeting électoral à Heide, le 22 septembre 2009
Angela Merkel lors d'un meeting électoral à Heide, le 22 septembre 2009
Qui sont les électeurs d’Angela Merkel ?

Ils sont plus âgés que les électeurs des autres partis et de plus en plus nombreux, compte tenu de l’évolution démographique de cette tranche d’âge. Ils sont très fidèles, ce sont des Catholiques ou des Protestants qui votent chrétien-démocrate quoiqu’il arrive. Même s’ils lui reprochent souvent d’avoir glissé à gauche, en formant un gouvernement de coalition.

Certains sujets comme l’Afghanistan ont été évités au début de la campagne, mais ont rapidement refait surface. Pourquoi ?

Ce sujet est très discuté pourtant en Allemagne. Il faut rappeler que l’Allemagne est entrée en Afghanistan pour créer les écoles et former des cadres afghans. Mais la mission s’est transformée en mission militaire. Il y a depuis, de vives réactions de la population qui s’insurge de cette présence en Afghanistan.

Les Allemands trouvent le programme de la chancelière un peu vide…

C’est un programme qui est un peu impossible, comme en France. Il s’agit de réduire les déficits publics et les Allemands sont très sensibles à ce sujet. Comme tous les autres candidats, elle dit vouloir baisser les impôts. Dans ce cas, un programme commun avec la gauche est difficilement concevable sur ce sujet. La campagne est surtout marquée par la menace des abstentionnistes qui pèse. Pour eux, les candidats dans l’ensemble n’arriveront pas à résoudre ce problème.

Propos recueillis par Christelle Magnout
25 septembre 2009

Alfred Grosser, le livre

L'Allemagne de Berlin, différente et semblable
paru chez Alvik Editions, janvier 2007