Législatives : une jeune Allemande d'origine turque s'engage pour la double nationalité des immigrés

En campagne électorale à Berlin, Cansel Kiziltepe (en rose) appelle à  <br/>“Des salaires plus élevés et à lever le pied sur les loyers“<br/>
En campagne électorale à Berlin, Cansel Kiziltepe (en rose) appelle à
“Des salaires plus élevés et à lever le pied sur les loyers“

Cansel Kiziltepe avait tout pour mener une vie banale d'immigrée en Allemagne : son père est arrivé de Turquie avec la première vague des "Gastarbeiter" (travailleurs étrangers), dans les années 1960 ; sa mère n'a jamais bien appris à parler l'allemand. Aujourd'hui, cadre dans l'industrie automobile, la Rachida Dati allemande s'apprête à devenir la première députée d'origine turque de Berlin.


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Cansel Kiziltepe est née à Kreuzberg, le quartier berlinois où l'on trouve la plus grande concentration de Kebabs, de boucheries halals et de femmes voilées dans la rue. Ici, on peut très bien vivre sans parler allemand...

"J'ai beaucoup d'amis d'enfance qui vivent aujourd'hui des allocations chômage, confie la jeune femme de 37 ans. Moi, j'ai eu de la chance." Cadre au sein du service des ressources humaines de Volkswagen, elle s'apprête à devenir la première députée d'origine turque de la circonscription de Berlin. En bonne place sur la liste du parti social-démocrate (SPD), elle devrait être élue grâce au vote à la proportionnelle en vigueur en Allemagne.


Philipp Rössler, ministre de l'Economie (Wikipédia, 2009)
Philipp Rössler, ministre de l'Economie (Wikipédia, 2009)
Certes, il y a des hommes politiques très connus en Allemagne qui ont des racines étrangères. L'origine asiatique du vice-chancelier et ministre fédéral de l'Économie, Philipp Rösler, saute aux yeux. Pour autant, il ne s'agit pas d'un immigré typique : il a été adopté au Viêtnam par un couple allemand à l'âge de neuf mois.

En revanche, le coprésident des Verts, Cem Özdemir, est le fils d'immigrés turcs, et il aime bien se présenter comme "Souabe anatolien", un clin d'oeil à sa double identité. En 1994, il était, lui, le premier Allemand d'origine turque à entrer au Bundestag.

Aujourd'hui, il n'y a que 3 % de candidats issus de l'immigration, contre 10 % des électeurs. En réalité, la part des immigrés dans la population est deux fois plus grande, mais nombre d'entre eux n'ont pas la nationalité allemande.

Cem Özdemir, coprésident des Grünen (Wikipédia, 2007)
Cem Özdemir, coprésident des Grünen (Wikipédia, 2007)
Voici un sujet brûlant auquel Kiziltepe veut s'attaquer si elle est élue : le droit de vote pour les étrangers qui vivent depuis au moins cinq ans en Allemagne. "Ca fait plus d'un demi-siècle que mon père vit en Allemagne. Il paye ses impôts, il n'a jamais été au chômage. Mais il n'a pas le droit de voter, ni pour les élections municipales, ni pour les législatives," dit-elle.

Par ailleurs, elle trouve injuste que les enfants nés en Allemagne de couples turcs n'aient pas le droit à la double nationalité. Actuellement, les turco-allemands peuvent avoir deux passeports pendant leur jeunesse, mais il doivent se décider pour une des deux nationalités entre 18 et 23 ans.

"J'ai dû renoncer à ma nationalité turque quand j'ai été naturalisée, en 1994, raconte-t-elle. Les conservateurs prétendent qu'on ne peut pas être loyal envers deux pays." Pour elle, l'argument du gouvernement n'est pas convaincant. Les enfants de parents binationaux de l'Union Européenne ne peuvent-ils pas, eux, garder leur double nationalité ? Cela ne semble pas poser de problème.

Cansel Kiziltepe : “l'éducation est la clé du succès“
Cansel Kiziltepe : “l'éducation est la clé du succès“
Cansel Kiziltepe a déjà une belle carrière derrière elle : diplômée en économie, elle a décroché un poste chez Volkswagen, voiture de fonction incluse. Est-elle une représentante typique de la deuxième génération de l'immigration turque - bien intégrée, dans son travail comme dans la société ? Ou se considère-t-elle comme une belle exception ?

"Je dois mon succès à l'école que j'ai fréquentée, confie-t-elle. C'était une école à plein temps ; c'est là que j'ai pu perfectionner mon allemand, et où l'on m'a toujours encouragée." En Allemagne, la grande majorité des écoles n'assure que des demi-journées, raison pour laquelle plus de la moitié des femmes ne travaillent qu'à temps partiel. "Le SPD revendique le droit à une place dans une école à plein temps, explique-t-elle. Or l'éducation est la clé du succès, j'en suis un très bon exemple."



Devant l'association des Femmes turques de Berlin
Devant l'association des Femmes turques de Berlin