Les Canadiens divisés sur la légalisation de la marijuana

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© Azeb Wolde-Giorghis

La légalisation de la marijuana était l'une des promesses électorales de Justin Trudeau. Une promesse que le Premier ministre canadien a tenue en présentant un projet de loi en avril dernier. La légalisation deviendra effective à compter du 1er juillet 2018. Mais qu’en pensent les Canadiens ? C’est ce qu’a voulu savoir la Société Radio-Canada en organisant un sondage national sur la question. Et les résultats sont plutôt surprenants.
 

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Selon ce sondage, réalisé sur internet en mai dernier par la maison CROP auprès de 2536 personnes, 54% des Canadiens se disent favorables à cette légalisation du cannabis. Mais seulement 40% des Québécois sont pour et 54% d'entre eux totalement contre. Autrement dit, plus d’un Québécois sur deux n’est pas en faveur de cette légalisation. Et 56% des habitants de la Belle province se disent même inquiets, alors qu’ils ne sont que 45% dans le reste du pays à redouter les effets de cette nouvelle loi.

« Sur les effets sociaux, sur la santé des enfants, il y a une précaution, une prudence plus marquée au Québec qu’au Canada anglais », constate Alain Giguère, président de CROP.
Ces inquiétudes sont multiples : 59% ( 65% au Québec ) craignent que les accidents de la route n’augmentent à cause de conducteurs sous l'emprise de la marijuana, 54% redoutent que cette légalisation ne pousse les jeunes à consommer davantage et 45% s’inquiètent d’une banalisation de cette consommation. Enfin, 43% des Canadiens ( 59% au Québec ) s’interrogent sur les effets que pourrait avoir la marijuana sur la santé mentale des consommateurs, en particulier celle des jeunes.
On le voit donc, ce projet de loi suscite énormément d’inquiétudes au sein de la population canadienne.  
 

Les jeunes majoritairement favorables

Le sondage nous apprend également que 51% de la population canadienne ( 58% des Québécois ) ne veut pas que des points de vente de marijuana soient installés dans leur quartier. Plus de la moitié des Canadiens ( 65% des Québécois ) ne sont pas davantage favorables à la vente des produits dérivés du cannabis, comme les bonbons, les gâteaux ou autre. En grande majorité, les Canadiens ( 57% au Québec) s’opposent à la plantation de plants de cannabis à leur domicile bien que cette mesure soit prévue par la loi.

Les jeunes interrogés n’ont pas du tout le même son de cloche : les deux-tiers des 18-34 ans approuvent cette légalisation. 62% se disent peu ou pas inquiets par cette nouvelle réglementation et 49% d'entre eux n’ont pas de problème à ce qu’un point de vente soit installé près de leur domicile. Le clivage de la société canadienne en fonction de l’âge est donc évident.

Des avis positifs sur la légalisation

Pour un Canadien sur deux, la légalisation de la marijuana aura des effets bénéfiques : meilleur contrôle de la qualité du produit, augmentation des revenus des gouvernements. 47% estiment également que cette mesure permettra un désengorgement des tribunaux, la simple possession de cannabis n'entraînant plus de condamnation sur le casier judiciaire.

75% des personnes interrogées – seulement 46% au Québec – croient aussi que cette légalisation pourrait enrayer le marché noir de la marijuana. Mais ils sont tout de même 19% des Canadiens – et 27% des Québécois – à ne voir aucun effet positif à cette nouvelle législation.

Ce sondage a le mérite d'être instructif sur l’état d’esprit des Canadiens. Le gouvernement Trudeau, s'il  pensait compter sur un appui massif de la population, devra peut-être réviser sa stratégie de communication pour « vendre » son projet de loi aux Canadiens.
 

La consommation de marijuana des Canadiens

Parmi les personnes interrogées, une sur six déclare avoir consommé du cannabis au cours de la dernière année ( un Québécois sur dix ). Un quart d'entre elles l'a fait  pour des raisons médicales. Si près du tiers des 18-34 ans affirme avoir fumé de la marijuana, ils ne sont plus que 9% chez les 55 ans et plus. 21% des consommateurs sont des hommes et 13% des femmes. Enfin près du trois-quarts des personnes interrogées estiment que la légalisation à venir n’aura aucun impact sur leur consommation.