Les candidats PS feront-ils le poids face à Macron qui racole à gauche ?

<p>Les candidats aux primaires socialistes : (de gauche à droite) Francois de Rugy, Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Sylvia Pinel, Benoit Hamon, Vincent Peillon, Jean-Luc Bennahmias avant le débat du 19 janvier à Paris.</p>

Les candidats aux primaires socialistes : (de gauche à droite) Francois de Rugy, Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Sylvia Pinel, Benoit Hamon, Vincent Peillon, Jean-Luc Bennahmias avant le débat du 19 janvier à Paris.

© AP/Eric Feferberg

A l'heure de la primaire de gauche, qui a lieu ce dimanche 22 janvier, l’ex-ministre de l’Economie affiche une belle avance dans les sondages. Il recrute ouvertement parmi les élus du parti socialiste.

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La collision ne pouvait pas être plus symbolique : alors que les quatre candidats issus du Parti socialiste français se trouvaient, jeudi soir, réunis pour un dernier débat télévisé avant le premier tour de la primaire "citoyenne" de ce dimanche, Emmanuel Macron avait, quelques heures plus tôt, tendu la perche aux députés PS, tout en excluant tout renoncement à se présenter, et "tout accord d’appareil" avant la présidentielle.

"Tous les élus actuels sont bienvenus, de gauche comme de droite, s’ils se retrouvent dans mes valeurs," a prévenu l’ancien ministre de l’Economie, déjà lancé dans la configuration d’une future "majorité de progrès" s’il devait remporter l’élection de mai 2017. Le message est clair: entre un présidentiable socialiste bloqué dans les sondages (10% des voix au premier tour pour Manuel Valls s’il emporte la primaire, 7% pour Montebourg ou Hamon) et un Macron crédité de 19% des suffrages, les députés sortants feraient bien de réfléchir. "Le travail de sape parlementaire a commencé, reconnaît un cadre du PS. Si notre primaire ne mobilise pas suffisamment les électeurs, la tentation "En Marche!" [le mouvement de Macron] deviendra une réalité."

L’offre Macron

Le débauchage, version Emmanuel Macron, est en plus fort simple. Il suffira aux députés désireux de rejoindre son mouvement – fort de 140 000 sympathisants après huit mois d’existence – de déposer leur candidature via Internet sur le site de En Marche! Une commission nationale d’investiture statuera ensuite, en prenant garde aux quatre critères énoncés jeudi par le candidat: obligation d’avoir un casier judiciaire vierge et de ne pas avoir été déclaré inéligible; engagement à réserver 50% des 577 circonscriptions à des candidats issus de la société civile; respect de la parité homme-femme et adhésion au futur "contrat avec la nation" que l’ex-conseiller de François Hollande devrait dévoiler d’ici à la fin mars. L’offre Macron vaut certes pour les élus de tous bords – y compris pour les sénatoriales de septembre 2017 et les municipales –, mais les investitures de droite ayant déjà été accordées… les 289 députés PS sortants sont les plus visés.

<p>L'ancien ministre de l'Economie, et candidat à la présidentielle 2017 en France, Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse à Paris le 19 janvier 2017.</p>

L'ancien ministre de l'Economie, et candidat à la présidentielle 2017 en France, Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse à Paris le 19 janvier 2017.

©AP/Thibault Camus

Simultanément, une autre faille est en train de s’ouvrir sous les pieds de la rue de Solferino, le siège parisien du PS: celle de la Hollandie finissante. Que feront les soutiens gouvernementaux de Manuel Valls si l’ancien Premier ministre perd la primaire? On sait que le populaire ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, est courtisé par la cellule diplomatique d’En Marche! On sait aussi que les ministres Marisol Touraine (Santé) et Najat Vallaud-Belkacem (Education) ont gardé le contact avec Emmanuel Macron. Plus, si affinités ?

Le Parti socialiste vidé au sommet

"La faiblesse d’Emmanuel Macron, positionné au centre, est d’être en décalage avec l’électorat socialiste traditionnel, notait récemment le politologue Pascal Perrineau. Sa force, en revanche, est d’avoir gardé des liens personnels avec de nombreux ministres." Le Parti socialiste risque ainsi de se retrouver, non pas assiégé, mais vidé au sommet, surtout si l’aile "gauchiste" représentée par le duo Montebourg-Hamon l’emporte à la primaire. Quitte ou double. "La volonté d’Emmanuel Macron de tout centrer sur le travail et les droits individuels n’est pas incompatible avec le souci de répartition cher à la gauche", renchérit un collaborateur du maire de Lyon Gérard Collomb, soutien de la première heure de l’ancien ministre.

Le scénario de la scission

Dernier pilier susceptible d’être ébranlé par la dynamique d’En Marche! : celui de la "famille Hollande". Qu’adviendra-t-il si Ségolène Royal, l’ex-compagne du chef de l’Etat sortant, bascule vers Macron, ce qu’elle serait prête à faire? Comment ne pas voir dans les liens étroits qui subsistent entre le candidat et l’actuel secrétaire général de l’Elysée Jean-Pierre Jouyet la preuve que les liens perdurent? Même s’il estime avoir été trahi par son ancien conseiller, François Hollande en veut bien davantage aux "frondeurs" socialistes, et à leur leader, son ex-ministre Arnaud Montebourg, pour avoir dynamité son quinquennat : "Tous les comptes ne sont pas réglés. Le second tour de la primaire, le 29 janvier, sera le début des hostilités", pronostique le vétéran Daniel Cohn-Bendit, lui aussi soutien de Macron.

Macron à l’assaut du PS, comme jadis son inspirateur Michel Rocard qui s’y cassa les dents ? Très peu probable. C’est au centre que se positionne le candidat, profitant pour l’heure des réticences de François Bayrou à se lancer dans une troisième aventure présidentielle. Le scénario est donc celui de la scission. Manuel Valls s’était jadis dit prêt à changer le nom du Parti socialiste. L’heure des propositions est peut-être imminente…

► Retrouvez l'intégralité de l'article de Richard Werly sur le site de nos partenaires Le Temps