Les chroniques québécoises de Catherine François

dans

Une commission enquête sur la corruption et la collusion dans l'industrie de la construction

Émoi ce lundi 24 septembre à Montréal : déploiement massif de forces policières pour assurer la sécurité d’un témoin important à la Commission Charbonneau, cette commission d’enquête publique sur l’industrie de la construction au Québec. Il s’agit de Joseph Pistone, un ex-agent du FBI, mieux connu sous le nom de Donnie Brasco, qui a réussi à infiltrer la mafia new-yorkaise dans les années 1970, une infiltration qui a conduit à l’arrestation de quelque 200 membres et dirigeants de cette mafia par la suite – il a témoigné à une vingtaine de procès. Il y a même un film, intitulé Donnie Brasco, avec Al Pacino et Johnny Depp, qui raconte son histoire. La tête de Joseph Pistone a depuis été mise à prix par la mafia… On comprend donc un tel déploiement de sécurité autour du témoignage de Joseph Pistone, qui a d’ailleurs parlé devant la Commission caché derrière un paravent afin que le public ne voie pas son visage. Son témoignage était public, mais frappé d’une ordonnance de non publication pour qu’en aucun temps on ne puisse le voir et montrer son visage actuel – on peut par contre diffuser des images d’archive.

Joseph Pistone, alias Donnie Brasco
Joseph Pistone, alias Donnie Brasco
Les règles de la mafia

Durant toute la journée, l’ex-agent du FBI a raconté comment il avait réussi à infiltrer le clan BONNANO entre 1976 et 1981 en se faisant passer pour un voleur de bijoux. Il a détaillé les règles qui régissent la mafia, comme, par exemple, l’interdiction formelle de « toucher » de près ou de loin aux femmes du clan ou alors l’obligation de rapporter tous les jours à son « capo ». Joseph Pistone a précisé par quels moyens les membres du clan faisaient régner la peur et l’intimidation et comment il a frôlé la mort à plusieurs reprises. Il a aussi expliqué comment la mafia new-yorkaise contrôle sa petite sœur montréalaise et comment elle a réussi à gangréner différents secteurs de l’économie américaine, en particulier l’industrie de la construction. Corruption tous azimuts, pratiques généralisées de collusion, la mafia ne lésinerait sur aucun moyen pour avoir le contrôle d’une industrie très lucrative, qui brasse des milliards de dollars.


Un témoignage capital…

 C’est là que le témoignage de Joseph Pistone a pris tout son sens, car il est venu faire écho au mandat même de la Commission Charbonneau, à savoir :

-    Faire la lumière sur les principes d’octroi et de gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction au Québec au cours des 15 dernières années ;

-    Vérifier si la mafia montréalaise a réussi à infiltrer cette industrie ;

-    Vérifier si les pratiques de corruption et de collusion qui gangrènent cette industrie n’auraient pas un impact sur le financement occulte des partis politiques québécois.

La Commission Charbonneau, du nom de la juge France Charbonneau qui la préside, a commencé ses travaux en mai dernier et elle a repris ses audiences le 17 septembre, des audiences très attendues car de nombreux témoins liés de près ou de loin à cette industrie de la construction doivent venir y présenter leurs versions des faits.  On murmure que des noms de politiciens pourraient être cités lors de ces témoignages… Ce qui serait logique étant donné que beaucoup de contrats dans cette industrie sont attribués par des municipalités, des organismes public ou parapublics, ainsi que des ministères du gouvernement du Québec.

C’est à la suite de révélations au cours des trois dernières années de scandales de corruption et de collusion dans cette industrie de la construction par des reportages d’enquêtes de Radio-Canada et d’autres organes de presse que l’ex premier ministre Jean Charest a finalement décidé d’ordonner la tenue de cette enquête publique.

Toute la semaine dernière, les témoins qui se sont succédé sont venus eux aussi raconter comment la mafia gangrénait des pans entiers de l’économie dans tous les pays où elle était implantée. Une criminaliste italienne est littéralement venue donner un cours magistral sur la mafia italienne, un policier ontarien – de la province voisine du Québec – a, lui, raconté que la mafia d’aujourd’hui était infiltrée partout, que les mafiosi  sont maintenant des comptables, banquiers, chauffeurs d’autobus, qu’ils portent souvent un costume cravate et qu’ils sont dans tous les aspects de la vie publique.
Ce lundi, donc, Joseph Pistone est venu à son tour corroborer ces témoignages, reste à voir maintenant la suite des choses dans les audiences de cette commission, qui sont suivies ici comme un roman-feuilleton, parce qu’au bout du compte, ce sont les dollars que les Québécois paient en impôts et en taxes qui s’envolent dans les poches de tous ceux qui profitent de ces pratiques illégales.

25.09.2012Entretien avec Isabelle Richer, journaliste judiciaire de Radio-Canada
Les chroniques québécoises de Catherine François

Dans la cabane de Catherine François au Canada

Que se passe-t-il dans le « plus beau pays du monde » - comme aimait le définir l’ex premier ministre du Canada Jean Chrétien - ? Correspondante depuis septembre 2008 de TV5 Monde au Canada - en poste à Montréal - je vous propose dans ces carnets de suivre l’actualité de cet immense pays, baigné d’un océan à l’autre, avec toutefois un éclairage braqué plus spécifiquement sur le Québec, la province où vit la majorité francophone… je veux, dans ces carnets que je vous offrirais sur une base régulière, vous présenter ce qui fait les grands titres de la presse d’ici et vous parler de sujets d’actualité dont je ne parle pas forcément dans les reportages que je produis pour TV5 Monde. Cette nouvelle tribune me donnera aussi l’occasion de revenir plus en détails sur certains de ces reportages et de vous narrer des anecdotes de tournage quand j’en aurais – il y en a souvent - Bref, de quel bois se chauffe ma « cabane au Canada » ? Vous le saurez en venant consulter régulièrement ces pages…