Les Chroniques québécoises de Catherine François

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Les urgences dans le rouge

Désespoir dans les urgences au Québec - Photo Jacques Nadeau, parue dans Le Devoir du 16 juin 2007
Désespoir dans les urgences au Québec - Photo Jacques Nadeau, parue dans Le Devoir du 16 juin 2007
La province du Québec a commencé l’année 2011 sous le signe de l’URGENCE… Urgence parce que les urgences des grands hôpitaux, surtout de Montréal et sa région, débordent de patients – le 6 janvier dernier, le taux d’occupation était de 122% dans toute la province et parfois, il fallait attendre plus de 24 heures avant de pouvoir être examiné par un médecin, imaginez l’enfer. La grippe et la gastro-entérite ont frappé fort encore une fois durant le temps des fêtes et cela explique ces débordements… Mais il n’y a pas que ça. Cette situation absolument hallucinante est récurrente… chaque hiver, durant la saison de pointe des virus saisonniers, les urgences des hôpitaux sont pris d’assaut.

ON EST PRIÉ DE RESTER EN BONNE SANTÉ LE WEEK-END ET LES JOURS FÉRIÉS

Pourquoi ? Plusieurs raisons : tout d’abord parce qu’ici, contrairement au système français, il n’existe pas de service comme celui d’« urgence santé »… si jamais vous vous sentez mal un vendredi soir à 19h ou durant la fin de semaine, vous ne pouvez pas appeler un numéro et attendre qu’un médecin passe chez vous voir ce que vous avez, la seule option qu’il vous reste, vu que les cliniques de santé sans rendez-vous sont fermées depuis le vendredi 17 heures, c’est de vous rendre à l’hôpital. Et là, vous atterrissez dans des couloirs envahis de civières et de patients en attente de consultation, où chacun tente de prendre, c’est le cas de le dire, son mal en patience.

Une autre raison à ces situations de crise, c’est qu’il y a au Québec un manque cruel de médecins de famille. Et quand on a la chance d’en avoir un, cela prend souvent des semaines avant de pouvoir le rencontrer car ils sont, bien évidemment débordés. Donc en cas de pépin, il est presque impossible de voir son médecin dans les 24h… et si vraiment il s’agit d’un problème grave de santé, là encore, le choix se limite à une petite visite à l’urgence... où on sait quand on y rentre mais pas quand on en sort. Enfin, dernière explication, il est de notoriété publique que les hôpitaux québécois ont des problèmes de gestion qui se répercute sur tous leurs étages. Les patients qui débarquent aux urgences y sont stockés pendant des jours parce que les chambres dans les étages sont tout aussi pleines. C’est le serpent qui se mord la queue…

LES FRANÇAIS NE CONNAISSENT PAS LEUR CHANCE

Lors de mes derniers séjours en France, j’ai été agréablement surprise de voir à quel point il était relativement facile et rapide de voir son médecin de famille – ou UN médecin - quand on en avait besoin. Ici, le moindre petit bobo – je ne vous raconte pas quand on a des enfants – peut facilement devenir une course d’obstacles qui n’aide en rien à la guérison, croyez-moi ! Aucun système de santé n’est parfait et je sais qu’en France aussi, il a des lacunes. Le système québécois compte sur d’excellents médecins qui travaillent dans d’excellents hôpitaux et quand on y va pour des problèmes de santé graves, on y est très bien traités et pris en charge.

Le problème, c’est pour les petits bobos, les choses moins graves… Tour à tour, les ministres successifs de la Santé ont tenté de s’attaquer à ce problème de débordement des urgences : mais ils ont tous échoué, puisqu’à chaque année à la même période, la question refait la une de l’actualité québécoise. C’est un peu comme un monstre à plusieurs têtes et celui qui réussira à le terrasser n’est, visiblement, pas encore arrivé… et pendant ce temps, les Québécois doivent continuer à faire la queue et s’entasser dans des salles d’urgence qui prennent des allures de cauchemar éveillé pour celui qui n’a d’autres choix que d’y aller pour se faire soigner.


En décembre 2010, un député du PQ, Parti québécois, dans l'opposition, interpellait, avec verve, le gouvernement sur le trop plein aux urgences...

Dans la cabane de Catherine François au Canada

Que se passe-t-il dans le « plus beau pays du monde » - comme aimait le définir l’ex premier ministre du Canada Jean Chrétien - ? Correspondante depuis maintenant deux ans de TV5 Monde au Canada - en poste à Montréal - je vous propose dans ces carnets de suivre l’actualité de cet immense pays, baigné d’un océan à l’autre, avec toutefois un éclairage braqué plus spécifiquement sur le Québec, la province où vit la majorité francophone… je veux, dans ces carnets que je vous offrirais sur une base régulière, vous présenter ce qui fait les grands titres de la presse d’ici et vous parler de sujets d’actualité dont je ne parle pas forcément dans les reportages que je produis pour TV5 Monde. Cette nouvelle tribune me donnera aussi l’occasion de revenir plus en détails sur certains de ces reportages et de vous narrer des anecdotes de tournage quand j’en aurais – il y en a souvent - Bref, de quel bois se chauffe ma « cabane au Canada » ? Vous le saurez en venant consulter régulièrement ces pages…