Les Chroniques québécoises de Catherine François

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Y fait frette !

Lever de soleil sur le fleuve St-Laurent. (©Frédéric Champoux)
Lever de soleil sur le fleuve St-Laurent. (©Frédéric Champoux)
Montréal… en ce petit matin du lundi 24 janvier, un grand soleil éclate dans un ciel bleu sans nuage… il fait beau mais il fait MOINS 25 degrés. Depuis plusieurs jours, une chape de plomb gelée s’est abattue sur le Québec et le thermomètre ne monte guère plus que MOINS 15 degrés, avec une lourde tendance à se maintenir sous les MOINS 25 et même MOINS 30 voire MOINS 40 dans les régions plus au nord. Pas de surprise pour les Québécois qui sont habitués à ces vagues de froid typiques du mois de janvier… on vient d’ailleurs de battre un nouveau record de consommation d’électricité dans la province…

Euh réchauffement climatique ? Pardon ?

Mais dans ces moments-là, je peux vous dire que le concept du réchauffement de la planète reste plus que théorique ici. Et la moindre petite sortie à l’extérieur commence à ressembler à un parcours du combattant. Il faut le vivre pour le comprendre. A ces températures là, sortir sans gant équivaut à se geler les mains en l’espace d’une très petite minute, et que dire des oreilles si elles ne sont pas couvertes…

Quand vous vous installez dans votre auto, la température qui y règne est dans les MOINS quelque chose également – d’où l’importance ici d’avoir des sièges chauffants, c’est un « luxe » dont on serait un peu fou de se passer parce que le temps que la voiture chauffe, au moins, on a les fesses au chaud assez rapidement ! Je rêve d’ailleurs au fabricant automobile qui saura, un jour, nous offrir une voiture dont le système de chauffage sera instantané ou presque…

Enfin avec des froids-là aussi mordants, on s’organise pour que le temps passé de la sortie de la voiture jusqu’à l’entrée au bureau soit le plus court possible ! Et quand nous marchons dans la rue, nous ressemblons tous à un troupeau de manchots sur la banquise tellement nous sommes emmitouflés dans des manteaux, chapeaux, bonnets – on appelle ça des tuques ici -, foulards, gants et bottes d’astronautes.

Bref… dans ces conditions, être dehors n’est vraiment pas une partie de plaisir – sauf si on pratique un sport comme du ski de fond ou une marche en raquettes car là, le corps se réchauffe à l’effort – et on se met à hiberner, littéralement, collectivement !

Une épreuve de 5 mois bien tassés

L’hiver ici, c’est quelque chose ! Il commence en novembre et s’achève fin mars, quand tout va bien et qu’une dernière tempête de neige ne nous tombe pas sur la tête en avril, une facétie de Dame nature que j’ai déjà expérimentée à quelques reprises et qui, je vous le garantis, ne faire vraiment rire personne ici !

Cela aurait même plutôt tendance à plonger les 8 millions d’habitants de la Belle Province dans un état d’apathie dépressive qui fait en sorte que juste regarder par la fenêtre tomber les petits flocons plonge dans un grand désespoir…

Après 5 mois de froid, de neige, de tempêtes, de pluie verglaçante et d’épisodes de glace noire qui transforment n’importe quelle route en patinoire à ciel ouvert, on est considérablement en manque de douceur, de chaleur, et de chlorophylle – je crois que c’est ce que je trouve le plus difficile somme toute, après 21 ans ici, se passer de feuilles dans les arbres et de verdure pendant plus de 6 mois ! Un manque de chlorophylle tel qu’en mai, quand un petit carré de vert commence à pousser dans les jardins, on résiste à l’envie d’aller se rouler dedans de bonheur !

Je l’ai toujours dit : l’hiver ici, c’est un mois de trop ! En mars, on ressemble tous à des Martiens tellement on a le teint vert, sauf ceux qui ont pu aller se ressourcer une semaine au soleil dans le Sud ( Cuba, le Mexique, la République dominicaine et autres terres des Antilles font office de paradis pour les Québécois l’hiver et les avions décollent quotidiennement plein à ras bord de chanceux qui vont se faire dorer la couenne au soleil… pour avoir déjà testé, la transition entre le MOINS 30 quand on part et le PLUS 30 quand on arrive à destination est une expérience unique en son genre…)

Amour – haine

Les Québécois entretiennent un rapport amour-haine avec leur hiver… ils ne peuvent pas s’en passer parce qu’il fait partie, à quelque part, de leur identité. Ils en sont fiers aussi je pense parce que c’est une épreuve qu’il faut traverser pour quiconque s’en vient vivre ici et ils prennent un malin plaisir à demander malicieusement à celui qui vient d’arriver : « c’est ton premier hiver ici ? »…

En parallèle, ils sont nombreux à s’en plaindre et la température est l’un des principaux sujets de conversation collectifs dans ce pays ! Quant à celui qui n’est pas né ici, il subit ces 5 mois… avec le sourire pour les premiers hivers et avec un rictus pour ceux qui suivent. Depuis maintenant 10 ans, je rentre à reculons dans l’hiver en ayant juste hâte d’en sortir le plus vite possible !

Par contre, j’aime les tempêtes de neige, quand soudain tout s’enveloppe de coton blanc et que la ville sombre dans la douceur ouatée et étouffée des flocons qui voltigent. Le spectacle est apaisant, fascinant – la suite l’est moins : le pelletage pour dégager son auto du banc de neige, les bouchons de circulation car tout tourne au ralenti…

Et je suis comme tous les Québécois : je sors en pull dès que la température remonte dans les 0 degrés, souvent courant mars, et que le printemps nous lance des oeillades : l’atmosphère devient alors complètement électrique, on a un peu la sensation d’être comme des ours qui sortent de leur hibernation, les cafés sortent leur terrasse qui sont envahies par des manchots dégelés et le sourire aux lèvres. Un autre spectacle fascinant à observer…

Qui sait qui chantait déjà « Mon pays ce n’est pas un pays, c’est l’hiver » ? Un certain Gilles quelque chose je crois…


Dans la cabane de Catherine François au Canada

Que se passe-t-il dans le « plus beau pays du monde » - comme aimait le définir l’ex premier ministre du Canada Jean Chrétien - ? Correspondante depuis maintenant deux ans de TV5 Monde au Canada - en poste à Montréal - je vous propose dans ces carnets de suivre l’actualité de cet immense pays, baigné d’un océan à l’autre, avec toutefois un éclairage braqué plus spécifiquement sur le Québec, la province où vit la majorité francophone… je veux, dans ces carnets que je vous offrirais sur une base régulière, vous présenter ce qui fait les grands titres de la presse d’ici et vous parler de sujets d’actualité dont je ne parle pas forcément dans les reportages que je produis pour TV5 Monde. Cette nouvelle tribune me donnera aussi l’occasion de revenir plus en détails sur certains de ces reportages et de vous narrer des anecdotes de tournage quand j’en aurais – il y en a souvent - Bref, de quel bois se chauffe ma « cabane au Canada » ? Vous le saurez en venant consulter régulièrement ces pages…