Les Chroniques québécoises de Catherine François

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Le procès qui dérange

Guy Turcotte a témoigné la semaine dernière à son procès.
Guy Turcotte a témoigné la semaine dernière à son procès.
C’était le 20 février 2009… quelque part dans un village des Laurentides, à une soixantaine de kilomètres de Montréal, un homme saisit un couteau et s’en va poignarder à morts ses deux enfants dans leurs lits. Puis il avale des litres de liquide lave-glace et il attend la mort… Mais elle ne viendra pas, l’homme sera sauvé de justesse et il subit en ce moment son procès, un procès qui éprouve les Québécois et les Québécoises depuis des semaines…

Un drame familial

Il s’appelle Guy Turcotte, il a 39 ans et il est cardiologue. Il est accusé du meurtre avec préméditation de ses deux jeunes enfants, Olivier, 5 ans et Anne-Sophie, 3 ans. Au moment de poser ces gestes fatidiques, il était en pleine séparation de la mère de ses enfants, Isabelle Gaston, sa conjointe depuis 10 ans. Il venait de découvrir qu’elle le trompait depuis plusieurs mois avec l’un de leurs amis, il avait trouvé les courriels enflammés que s’échangeaient les deux amants.

Un drame que le Québec découvre chaque jour avec horreur, en prenant connaissance, via ce procès ultra-médiatisé, des détails intimes d’une séparation douloureuse comme il y en a des milliers partout sur cette planète, avec les déchirements, cris, haine, rage, colère, douleur, peines, jalousies maladives et, dans ce cas-ci, l’horreur la plus absolue, puisque cette histoire s’est soldée par la morts de deux enfants innocents.

Des détails tellement insoutenables et insupportables que les journaux prennent la peine d’en avertir leurs lecteurs et les télévisions, leurs téléspectateurs…

Un drame familial donc qui pousse chacun d’entre nous à se poser une question, une seule : comment est-ce possible, en tant qu’être humain, même au paroxysme de la douleur amoureuse, de la jalousie conjugale, de POIGNARDER ses deux enfants ? Un couteau dans une main qui transperce la chair de sa chair, comment, comment peut-on en arriver-là ?

Isabelle Gaston, la mère des deux enfants assassinés par leur père, assiste au procès.
Isabelle Gaston, la mère des deux enfants assassinés par leur père, assiste au procès.
Cet homme-là, qui semblait avoir une vie des plus normales, que l’on disait apprécié dans l’hôpital où il travaillait et auprès de ses patients, cet homme-là n’est-il qu’un monstre ? Ou un être comme vous et moi qui est tombé dans une folie passagère meurtrière sous l’effet d’une douleur insupportable ? C’est ce que plaide Guy Turcotte et son avocat. La Couronne, elle, veut plaider que le crime était prémédité et que le cardiologue a posé ces gestes meurtriers en toute connaissance de cause et en ayant toute sa tête. C’est tout l’enjeu de ce procès finalement et de la réponse à cette question dépendra le verdict : la prison à perpétuité ou une peine réduite.

"Le monstre"

Pierre Foglia, un célèbre chroniqueur du quotidien montréalais La Presse a écrit au sujet de ce procès une chronique percutante qui s’intitule "Le monstre". Une chronique dans laquelle il explique fort justement que si ce procès interpelle beaucoup d’entre nous, c’est parce qu’on se reconnaît un peu dans cette histoire presque banale, somme toute, de couple usé, de trahison amoureuse, de tromperie et de départ.

Plusieurs d’entre nous ont vécu de ces séparations douloureuses et difficiles, que l’on quitte ou que l’on soit quitté, tous ces sentiments déchirants et bouleversants, la colère, la déception, la frustration, l’envie de blesser l’autre qui nous blesse si cruellement, l’envie de faire mal à son tour, le besoin de crier, de hurler sa peine et sa douleur…

Mais de là à prendre un couteau et d’aller poignarder à mort ses enfants – ou tout autre geste meurtrier, quoique cette arme du couteau me semble particulièrement violente et barbare versus des somnifères par exemple -, il y a une sacrée marge !

C’est cette marge qui nous fait gamberger et qui nous dérange… « On se dit: merde, la cloison est drôlement mince entre lui et moi, entre lui et ces millions de gens qui vivent une séparation. Un procès utile en cela qu'il fait bouger le monstre en nous, nous rappelant qu'il est là, tapi. On l'a dompté plusieurs fois parce que, bien sûr, on est bien plus fort que le Dr Turcotte. N'empêche qu'il est là. Il suffirait d'une dépression, il suffirait qu'on craque pour qu'il prenne le dessus et nous tue et nos proches aussi » écrit fort justement Pierre Foglia.

Alors ? Folie meurtrière ? Vengeance ultime pour détruire la femme qui venait de le détruire ? Le procès du cardiologue Turcotte se poursuit jusqu'à la fin du mois…

Dans la cabane de Catherine François au Canada

Que se passe-t-il dans le « plus beau pays du monde » - comme aimait le définir l’ex premier ministre du Canada Jean Chrétien - ? Correspondante depuis maintenant deux ans de TV5 Monde au Canada - en poste à Montréal - je vous propose dans ces carnets de suivre l’actualité de cet immense pays, baigné d’un océan à l’autre, avec toutefois un éclairage braqué plus spécifiquement sur le Québec, la province où vit la majorité francophone… je veux, dans ces carnets que je vous offrirais sur une base régulière, vous présenter ce qui fait les grands titres de la presse d’ici et vous parler de sujets d’actualité dont je ne parle pas forcément dans les reportages que je produis pour TV5 Monde. Cette nouvelle tribune me donnera aussi l’occasion de revenir plus en détails sur certains de ces reportages et de vous narrer des anecdotes de tournage quand j’en aurais – il y en a souvent - Bref, de quel bois se chauffe ma « cabane au Canada » ? Vous le saurez en venant consulter régulièrement ces pages…