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Les Chroniques québécoises de Catherine François

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Un plan pour le Grand Nord

Le premier ministre Jean Charest a présenté le 9 mai dernier son plan de développement du Grand Nord québécois.
Le premier ministre Jean Charest a présenté le 9 mai dernier son plan de développement du Grand Nord québécois.
80 milliards de dollars pour les 25 prochaines années, rien de moins,  pour développer une région de plus d’un million de kilomètres carrés : le gouvernement du Québec a présenté en grandes pompes le mois dernier son plan de développement du Grand Nord québécois.

Cet immense espace se trouve au nord du 49ème parallèle, il recouvre les deux-tiers du territoire de la province du Québec mais seulement 1,8% de sa population y vit. Et cette population, ce sont essentiellement des communautés autochtones, des Cris, des Inuits, des Innus pour ne citer que les plus importantes.

UN NOUVEL ELDORADO

Ce plan prévoit plusieurs axes d’intervention : 47 milliards de dollars pour développer les énergies renouvelables dans la région, dont l’hydroélectricité. Et 37 milliards pour développer l’industrie minière dans ce coin de pays - qui regorge tellement de métaux qu’il prend des allures de nouvel  eldorado - et pour construire les infrastructures qui vont permettre de rejoindre ce territoire très éloigné (routes, aéroports, ports…). Le Premier ministre Jean Charest, qui aimerait que son nom soit associé à ce vaste projet dans les livres d’histoire au cours des prochaines années, a fait une promesse solennelle : le développement du Grand Nord québécois va se faire en collaboration avec les communautés autochtones qui devraient être les premières à bénéficier de ce développement.

Le village de Natashquan, sur la basse-côte nord du Québec.
Le village de Natashquan, sur la basse-côte nord du Québec.
DES CONDITIONS DE VIE DEPLORABLES

Il faut souhaiter, effectivement, que ce plan ambitieux permette aux communautés autochtones qui vivent dans cet immense territoire d’améliorer leurs conditions de vie qui sont particulièrement difficiles. Une étude récente, intitulée « La santé de la population des territoires du Plan Nord », rapporte des données pour le moins inquiétantes.

Par exemple, le taux de suicide au Nunavik – ce que l’on appelait avant le « Nouveau Québec » est 10 fois plus élevé que dans l’ensemble du Québec, et sur l’ensemble du territoire du grand Nord, il est le double. Le tabagisme fait encore des ravages. Au Nunavik, trois habitants sur quatre fument, la moitié des Cris de la Baie James aussi. Côté alcoolisme, le fléau est tout aussi majeur : 68% des Inuits du Nunavik consomment trois fois plus d’alcool que l’ensemble de la société québécoise. 51% des Cris de la Baie James et 28% des habitants du Nunavik sont obèses, contre 16% des habitants dans le reste du Québec.

Résultat de ces mauvaises habitudes de vie : l’espérance de vie dans ces territoires est de 63 ans pour un Inuit, contre 77 ans pour un Québécois. Chez les femmes, une Inuit peut espérer vivre 68,8 ans, contre 82,8 pour une Québécoise. Le taux de mortalité infantile est aussi deux fois plus élevé dans le Grand Nord que dans le reste du Québec. Enfin dernier chiffre qui donne une idée des problèmes de société dans ces communautés : 42% des familles au Nunavik sont monoparentales, alors que la moyenne au Québec est de 28%. Chez les Cris, une famille monoparentale sur deux vit dans la pauvreté, c’est une sur quatre dans le reste du Québec…

Les défis sont donc aussi immenses que ce territoire. Jusqu’ici, une vingtaine de ces communautés, dont les Cris, ont donné leur accord au projet de développement, mais les Innus et quatre autres communautés ne sont pas encore montés dans le train. On imagine mal comment il serait possible que le développement de cette immensité puisse se faire sans ses habitants et à leur détriment.

On ne peut donc que souhaiter que ces milliards de dollars vont également profiter à ces autochtones et qu’ils pourront s’associer au développement de leur région. De meilleures conditions de vie grâce à de meilleures habitudes de vie, un accès à l’éducation et aux diplômes pour obtenir de meilleurs emplois, pouvoir sortir d’une pauvreté endémique, du tabagisme, de l’alcoolisme, des problèmes de santé graves, retrouver une fierté également comme peuple, autant d’objectifs louables qu’il faut viser au cours des prochaines années pour ces milliers de personnes qui méritent bien mieux que ce qu’ils ont depuis des décennies…

Dans la cabane de Catherine François au Canada

Que se passe-t-il dans le « plus beau pays du monde » - comme aimait le définir l’ex premier ministre du Canada Jean Chrétien - ? Correspondante depuis maintenant deux ans de TV5 Monde au Canada - en poste à Montréal - je vous propose dans ces carnets de suivre l’actualité de cet immense pays, baigné d’un océan à l’autre, avec toutefois un éclairage braqué plus spécifiquement sur le Québec, la province où vit la majorité francophone… je veux, dans ces carnets que je vous offrirais sur une base régulière, vous présenter ce qui fait les grands titres de la presse d’ici et vous parler de sujets d’actualité dont je ne parle pas forcément dans les reportages que je produis pour TV5 Monde. Cette nouvelle tribune me donnera aussi l’occasion de revenir plus en détails sur certains de ces reportages et de vous narrer des anecdotes de tournage quand j’en aurais – il y en a souvent - Bref, de quel bois se chauffe ma « cabane au Canada » ? Vous le saurez en venant consulter régulièrement ces pages…