Les Chroniques québécoises de Catherine François

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Un été de cônes oranges et un printemps très mouillé

Bouchons et slaloms entre les cônes routiers à Montréal.
Bouchons et slaloms entre les cônes routiers à Montréal.
De retour d’une semaine de vacances, en plein jour de semaine et à 11 heures du matin, donc en dehors des heures de trafic, il m’a fallu plus de 50 minutes pour rentrer chez moi alors que le trajet entre la maison et l’aéroport se fait en 25 minutes maximum sans circulation. Un véritable slalom entre les cônes oranges – ces objets placés sur les bords des routes pour indiquer la tenue de travaux – et les bouchons de circulation innombrables qui sévissent dans Montréal et sa grande région depuis plusieurs semaines.

UNE ILE DE BOUCHON !

Pour ceux qui l’ignorent, Montréal est une île… alors pour y aller, eh bien il faut prendre les ponts qui enjambent le fleuve Saint-Laurent et la rivière des Prairies qui entourent l’île ou le pont-tunnel qui passent en partie sous le fleuve. Sauf que le réseau routier québécois, et surtout celui de la grande région de Montréal, est dans un état particulièrement lamentable.

Effondrement d'un viaduc à Montréal en 2000.
Effondrement d'un viaduc à Montréal en 2000.
Conditions climatiques extrêmes -  l’hiver, le calcium et le sel sur les routes -  négligence des pouvoirs publics et manque d’argent, une combinaison de facteurs qui fait en sorte qu’on est presque rendu à faire sa prière quand on passe au-dessous d’un pont ou que l’on emprunte un échangeur autoroutier. Un seul coup d’œil sur la structure donne alors un frisson dans le dos. Et ces craintes sont plus que justifiées puisque l’on déplore déjà deux très graves accidents – deux ponts surplombant des autoroutes se sont partiellement effondrés en 2000 et en 2006, tuant 6 personnes et en blessant 8 autres.

Le pont Champlain, qui est la principale artère employée pour se rendre sur l’île de Montréal, entre autre par les camionneurs, serait dans un tel état de détérioration que plusieurs études le condamnent ni plus ni moins à une démolition et préconisent la construction d’un nouveau pont pour relier la rive-sud à l’île. Et là, c’est un autre pont qui enjambe le fleuve, le Pont Mercier, qui a été fermé plusieurs jours de suite, après avoir constaté le piètre état de rivets métalliques. Les spécialistes du ministère québécois des Transports n’ont voulu courir aucun risque, car risques il y avait et risques, il y a encore.

Ces fermetures et ces travaux ont des impacts retentissants sur l’ensemble de la circulation, et encore, je ne parle que des ponts qui amènent à l’île, car à Montréal même, les sites de travaux routiers ont poussé ces derniers mois comme des champignons, transformant tout trajet dans la ville en un véritable parcours du combattant. Et c’est sans oublier les rues du centre-ville fermées pour laisser place à tous les festivals qui animent la ville durant l’été.

En cela, Montréal n’échappe pas à la règle des grandes métropoles de ce monde, certes on est encore loin de Los Angeles et de sa région, où vivent plus de 10 millions d’habitants et où les autoroutes ont parfois jusqu’à 12 voies de large, mais quand même, la manchette récente d’un quotidien montréalais qui titrait « une île, un bouchon » n’a jamais été aussi vraie et sincèrement, ces slaloms entre les cônes oranges donnent juste envie de s’écraser dans son jardin pour le reste de l’été, pour ceux qui ont la chance d’en avoir un, ou de s’évader en campagne loin de la fureur citadine jusqu’à ce que les cônes orange soient recouverts… de neige !  Car ils seront alors rangés… jusqu’au printemps prochain !

La région Saint-Richelieu a été particulièrement touchée par les inondations.
La région Saint-Richelieu a été particulièrement touchée par les inondations.
DES INONDATIONS RECORDS

Si l’été s’annonce infernal pour les automobilistes montréalais, le printemps a été un cauchemar pour les résidents de la vallée du Richelieu, une rivière qui serpente à une quarantaine de kilomètres au sud de Montréal. Avec un hiver qui n’en a pas fini de finir et la fonte des neiges tardive qui a suivi, les mois d’avril et mai nous ont laissé la désagréable sensation que le ciel était en train de nous tomber sur la tête : la pluie n’a quasiment pas cessé de tomber pendant des semaines.

Résultat, la rivière Richelieu – et le lac Champlain qui est frontalier avec les États-Unis - sont sortis de leurs lits pour aller se répandre dans les villes et villages riverains. Plus de 2 000 maisons inondées, des milliers de personnes évacuées, des images surréalistes d’énormes carpes nageant dans les champs transformés en cours d’eau…  et des sinistrés découragés qui avaient la sensation que cela ne s’arrêterait jamais.

La situation a été si exceptionnelle que le gouvernement canadien a envoyé l’armée en renforts dans la région. Début juin, heureusement, l’eau a commencé à se retirer, mais elle a laissé derrière elle des tonnes de débris et de gravats et des dommages évalués à plusieurs millions de dollars, certaines maisons sont même devenues inhabitables.

Le gouvernement du Québec a réagi relativement rapidement à la situation, en débloquant plus d’un million de dollars pour 400 familles en situation d’urgence et en relevant le montant d’aide admissible de 100 000 à 150 000$ pour les particuliers et à 200 000 dollars pour les entreprises. Mais bien sûr, pour beaucoup des sinistrés, ces montants sont insuffisants et certaines familles se retrouvent vraiment dans une précarité difficile.

Vraiment on se souviendra, au Québec, de ce printemps 2011… pourvu que l’été rachète ce mauvais temps printanier, même si chaque sortie quelque part risque de se transformer en cauchemar routier pour les habitants de Montréal et sa région.


Dans la cabane de Catherine François au Canada

Que se passe-t-il dans le « plus beau pays du monde » - comme aimait le définir l’ex premier ministre du Canada Jean Chrétien - ? Correspondante depuis maintenant deux ans de TV5 Monde au Canada - en poste à Montréal - je vous propose dans ces carnets de suivre l’actualité de cet immense pays, baigné d’un océan à l’autre, avec toutefois un éclairage braqué plus spécifiquement sur le Québec, la province où vit la majorité francophone… je veux, dans ces carnets que je vous offrirais sur une base régulière, vous présenter ce qui fait les grands titres de la presse d’ici et vous parler de sujets d’actualité dont je ne parle pas forcément dans les reportages que je produis pour TV5 Monde. Cette nouvelle tribune me donnera aussi l’occasion de revenir plus en détails sur certains de ces reportages et de vous narrer des anecdotes de tournage quand j’en aurais – il y en a souvent - Bref, de quel bois se chauffe ma « cabane au Canada » ? Vous le saurez en venant consulter régulièrement ces pages…