Les Chroniques québécoises de Catherine François

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Sur les ponts de Montréal... On n'y danse pas vraiment

Le pont Champlain à Montréal
Le pont Champlain à Montréal
Sur l’air connu de cette légendaire chanson du répertoire français, on peut dire qu’effectivement on ne danse pas fort fort en ce moment sur les ponts de Montréal !

Comme je l’ai déjà précisé dans une chronique précédente, Montréal est  une île, il faut donc, pour y entrer ou en sortir, traverser des ponts ou un pont-tunnel à son extrémité est, le tunnel Louis-H Lafontaine.

Sauf que voilà, sur les 5 ponts d’accès à l’île à partir de la rive-sud du fleuve St-Laurent, deux sont dans des états pitoyables… le premier, le pont Mercier, a dû être fermé précipitamment pendant plusieurs jours en juin dernier pour procéder en urgence à des travaux de réfection, ce qui a donné lieu à des bouchons de circulation monstres… et ces travaux se poursuivront tout l’été avec des fermetures en alternance dans un sens ou dans l’autre selon les heures de trafic … quant au deuxième, le pont Champlain, qui est la principale voie d’accès à l’île en provenance de la rive-sud, la chronique de sa mort annoncée s’amorce depuis maintenant des mois et elle tient le haut du pavé de l’actualité québécoise.

Voué à la destruction

Les études s’amoncellent, elles proviennent de différents horizons mais elles pointent toutes vers une seule direction : l’état de délabrement du Pont Champlain est tel qu’il est inutile de dépenser un dollar de plus pour le réparer, la seule solution, c’est de le détruire et d’en construire un autre.

Et pas dans 10 ans, pas dans un an : le plus tôt possible. Le tout se chiffrant bien sûr, vous vous en doutez, en plusieurs milliards de dollars, plusieurs estimations parlent d’au moins 5 milliards de dollars pour  les opérations de destruction et reconstruction. Ces études atterrissent les unes après les autres sur les bureaux des ministères concernés, le ministère fédéral du Transport, le ministère provincial du Transport mais jusqu’à maintenant, RIEN ni PERSONNE dans ces bureaux n’a bougé.

L’avenir du Pont Champlain a été même été un enjeu de la dernière campagne électorale qui a reporté au pouvoir les Conservateurs avec un gouvernement majoritaire cette fois-ci. Les deux principaux partis d’opposition, les Libéraux et les Néo-Démocrates ont tous deux pris parti en faveur de la construction d’un nouveau pont.

Mais dans le camp du pouvoir, que ce soit les Conservateurs à Ottawa ou le gouvernement du premier ministre Jean Charest au Québec, c’est le silence radio. On prend acte des études qui tombent sur les bureaux mais pour l’instant, aucune décision n’a encore été prise. Et l’omerta semble de mise…. Ohé du bateau, y’a quelqu’un ?

On attend quoi ?

Le dernier épisode de cette saga date d’il y a quelques jours  :  le ministre fédéral des Transports a refusé de rendre public les plus récents rapports sur l’état de santé du Pont Champlain, craignant que cela ne sème « l’émoi parmi la population » ! Rassurant !

Devant le tollé public, le gouvernement fédéral a finalement rendu public les dites études qui concluent à l’inévitable destruction du pont et qui jonglent entre soit construire un nouveau pont, soit construire un autre tunnel sous le fleuve, une solution plus coûteuse au demeurant.

ALORS ? Une seule question, que tout un chacun se pose ici : ON ATTEND QUOI pour opérer ? Pour DÉCIDER ? Pour AGIR de façon responsable comme n’importe quel gouvernement digne de ce nom devrait le faire, en a la responsabilité devant ses électeurs et ses concitoyens ?

ON ATTEND QUOI ? Que le pont s’effondre lors du prochain séisme – les études sont formelles, la structure ne résisterait pas à un tremblement de terre  – ou qu’une partie du pont engouffre dans le fleuve des dizaines d’automobilistes qui passaient malheureusement par là ? Parce que oui, c’est de l’ordre du possible, ne nous le cachons pas…

Va-t-il falloir un drame, des morts pour que ceux qui nous gouvernent sortent de leur torpeur, prennent leurs responsabilités et des décisions vitales ? A-t-on le droit de jouer avec la sécurité des gens de cette façon ?

Chaque jour, des dizaines de milliers de personnes empruntent les ponts Champlain et Mercier pour entrer ou sortir de Montréal, ces ponts sont une partie de la colonne vertébrale des économies de la métropole et même, de la province. Le pont Champlain est  le plus achalandé au Canada et le principal point d’entrée des marchandises dans l’île !

Alors on va faire quoi s’il s’effondre dans le fleuve ? Plus on attend, plus on met en danger la vie de tous ceux et celles qui empruntent ce pont, plus on attend et plus on allonge les délais de construction d’une nouvelle structure, sans compter les millions de dollars qui sont actuellement gaspillés à maintenir en vie artificiellement un pont qui, de toute évidence, est agonisant.

J’avoue que tout cela me dépasse, et je ne suis pas la seule. Il faut croire, malheureusement, que plus souvent qu’autrement, le mot RESPONSABILITÉ ne rime pas avec celui de GOUVERNANCE…

Dans la cabane de Catherine François au Canada

Que se passe-t-il dans le « plus beau pays du monde » - comme aimait le définir l’ex premier ministre du Canada Jean Chrétien - ? Correspondante depuis maintenant deux ans de TV5 Monde au Canada - en poste à Montréal - je vous propose dans ces carnets de suivre l’actualité de cet immense pays, baigné d’un océan à l’autre, avec toutefois un éclairage braqué plus spécifiquement sur le Québec, la province où vit la majorité francophone… je veux, dans ces carnets que je vous offrirais sur une base régulière, vous présenter ce qui fait les grands titres de la presse d’ici et vous parler de sujets d’actualité dont je ne parle pas forcément dans les reportages que je produis pour TV5 Monde. Cette nouvelle tribune me donnera aussi l’occasion de revenir plus en détails sur certains de ces reportages et de vous narrer des anecdotes de tournage quand j’en aurais – il y en a souvent - Bref, de quel bois se chauffe ma « cabane au Canada » ? Vous le saurez en venant consulter régulièrement ces pages…