Les Chroniques québécoises de Catherine François

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Attention : danger !

Le tunnel Ville-Marie après l'effondrement des paralumes.
Le tunnel Ville-Marie après l'effondrement des paralumes.
Le 31 juillet dernier, un énorme bloc de béton s’est effondré à l’entrée du tunnel Ville-Marie à Montréal. Heureusement, c’était un dimanche, 9h00 du matin passé, et en pleine période estivale, donc peu de voitures circulaient sur cet axe routier qui traverse les entrailles du centre-ville de la métropole, donc personne n’a été tué ou blessé. 

Mais on ose à peine imaginer combien de victimes aurait fait cet effondrement s’il s’était produit en pleine heure de pointe du matin ou de la fin de journée alors que des milliers de voitures empruntent ce tunnel - quelque 100 000 véhicules par semaine… Et on va finir par se dire que l’automobiliste montréalais vit vraiment dangereusement  !!!

C’est la faute de ?

Au lendemain de cet effondrement, alors que les Québécois découvraient avec effarement les images spectaculaires des blocs de béton émiettés devant l’entrée du  tunnel (voir photo ), les différents acteurs impliqués, la ville de Montréal, le gouvernement du Québec, les entrepreneurs en construction et ceux qui effectuent régulièrement des travaux sur le réseau routier québécois se rejetaient la balle…

Le gouvernement a dans un premier temps tenté de minimiser la gravité de l’accident et de la banaliser  – oui oui, le banaliser ! – en affirmant que les risques sont toujours présents, que les accidents sont toujours possibles et que tout va bien Madame la Marquise sur le réseau routier québécois, entre autres grâce à  4 milliards de dollars investis cette année pour l’entretenir.

La Ville de Montréal, elle, a promis de rendre public d’ici la fin septembre l’état des  infrastructures routières – 586 ponts et tunnels - qui sont sur son territoire et sous sa responsabilité, notamment celles qui sont en mauvaise état. Quant aux entrepreneurs, ils  affirment qu’ils ont fait leur boulot.

Bref, ce n’est la faute de personne ! Pourtant, un rapport datant de 2008 recommandait déjà des réparations sur les murs de béton soutenant les « paralumes » - ces structures en béton quadrillées destinées à empêcher les automobilistes d’être éblouis par le soleil quand ils entrent dans un tunnel. Ce sont ces paralumes qui se sont justement effondrés.  

Une vingtaine d’inspecteurs du ministère des Transports du Québec ont même écrit au premier ministre Charest pour l’informer qu’ils ne pouvaient plus garantir un niveau de sécurité acceptable pour la population sur plusieurs axes routiers de la métropole. Et des spécialistes affirment qu’il y a trop de béton et de VIEUX béton à Montréal. Le béton, un matériau très utilisé ici dans les infrastructures routières… mais qui supporte mal la rigueur des hivers québécois, très exigeants en effet pour ces infrastructures  dans ce coin de pays.

Alors, comment expliquer cet effondrement ?

Est-ce les travaux de construction d’un hôpital juste à côté du tunnel Ville-Marie qui ont eu un impact sur des structures déjà affaiblies ? Peut-être … une enquête est en cours, souhaitons-la rapide et transparente.

Des années de négligence

Ce qui est sûr, c’est que depuis une décennie, les tuiles n’en finissent pas de tomber – c’est le cas de le dire - sur le réseau routier de Montréal et sa région… et des tuiles meurtrières : en juin 2000, une poudre tombant d’un pont enjambant une autoroute à Laval, en banlieue de Montréal, a fait un mort et deux blessés.

Le 30 septembre 2006, cinq personnes perdent la vie dans l’effondrement d’un viaduc, toujours à Laval. En mai dernier, un autre morceau de béton d’une vingtaine de kilos s’est détaché de l’autoroute métropolitaine, tombant sur une rue  : malgré l’heure de pointe, personne n’a été blessé. En juillet dernier, des trous béants sont apparus sur la chaussée du Pont Champlain – dont j’ai déjà expliqué le piètre état dans une chronique précédente… 

Et depuis la mi-juin, il a fallu d’urgence fermer des voies sur le pont Mercier, une des voies d’accès à l’île de Montréal à partir de la Rive-Sud du St-Laurent, parce que des éléments de sa structure sont très endommagés et présentent un danger réel. Enfin un rond-point central de Montréal refait à neuf en 2004 a été inondé à déjà sept reprises à la suite de pluies torrentielles. C’est à se demander si les ingénieurs québécois n’ont pas décroché leurs diplômes dans une boîte à surprise !

Ce qui est certain, c’est qu’au-delà du facteur hivernal,  le Québec paye actuellement pour des années de négligence – et une négligence meurtrière - de la part des différents paliers de gouvernement en matière d’inspection et d’entretien de ces infrastructures. Pas assez d’inspection, pas assez d’argent...

Et toute la question se pose : comment est-ce possible que dans un pays comme le Canada, et plus spécifiquement au Québec, des ponts, des routes, des autoroutes et autres infrastructures routières soient dans un tel état ?

Comment expliquer, comment justifier une telle négligence des pouvoirs publics en matière d’entretien et de sécurité des automobilistes ? Connaissez-vous un autre pays en Occident où de tels accidents se sont produits et en aussi grand nombre ? Eh bien moi je ne vois pas d’autres exemples !

Après l’accident du tunnel Ville-Marie, certains ont même eu l’idée de vendre aux touristes un tee-shirt « Bienvenue à Montréal » avec des dessins de pont s’effondrant et de trous dans la chaussée… un humour noir de circonstance qui a fait mouche, puisque les dits tee-shirts ont été très populaires !

Ici, on n’a pas peur que le ciel nous tombe sur la tête, mais plutôt… des blocs de béton !


Funérailles nationales pour Jack Layton.
Funérailles nationales pour Jack Layton.
PS : les Canadiens ont dit ADIEU à Jack Layton samedi, le chef de l’opposition officielle du Canada qui a succombé la semaine dernière à un cancer. Des funérailles nationales en l’honneur de ce politicien qui aura marqué son époque et qui va laisser un trou béant à la Chambres des Communes à Ottawa. Une cérémonie très émouvante suivie par plusieurs milliers de personnes à Toronto. La dépouille de Jack Layton a aussi été exposée pendant deux jours la semaine dernière à Ottawa, recevant les honneurs des députés du Parlement et surtout, de la population, qui a tenu à saluer la mémoire de cet homme qui sera, une fois n’est pas coutume, … irremplaçable.

Dans la cabane de Catherine François au Canada

Que se passe-t-il dans le « plus beau pays du monde » - comme aimait le définir l’ex premier ministre du Canada Jean Chrétien - ? Correspondante depuis maintenant deux ans de TV5 Monde au Canada - en poste à Montréal - je vous propose dans ces carnets de suivre l’actualité de cet immense pays, baigné d’un océan à l’autre, avec toutefois un éclairage braqué plus spécifiquement sur le Québec, la province où vit la majorité francophone… je veux, dans ces carnets que je vous offrirais sur une base régulière, vous présenter ce qui fait les grands titres de la presse d’ici et vous parler de sujets d’actualité dont je ne parle pas forcément dans les reportages que je produis pour TV5 Monde. Cette nouvelle tribune me donnera aussi l’occasion de revenir plus en détails sur certains de ces reportages et de vous narrer des anecdotes de tournage quand j’en aurais – il y en a souvent - Bref, de quel bois se chauffe ma « cabane au Canada » ? Vous le saurez en venant consulter régulièrement ces pages…