Les Chroniques québécoises de Catherine François

dans

Dans la boule de cristal 2012

2012 a commencé plutôt tranquillement ici, au Canada… Un hiver assez capricieux mais pas si rigoureux que ça jusqu’à maintenant – et ce n’est sûrement pas moi qui vais m’en plaindre -, des consommateurs épuisés par la frénésie des fêtes qui rangent maintenant leurs cartes de crédit après s’être fait averti r plutôt deux fois qu’une qu’ils devaient particulièrement faire attention à leur taux d’endettement parce qu’il commence à devenir inquiétant – dixit le gouverneur de la Banque du Canada -, et, sur le plan politique, une valse de transfuges entre partis politiques, tant sur les scènes provincial que fédéral. Bref, c’est assez calme de ce côté de l’Atlantique…

Une croissance de 2% est annoncée pour 2012 au Canada.
Une croissance de 2% est annoncée pour 2012 au Canada.
DANS LA BOULE DE CRISTAL ECONOMIQUE

C’est peut-être tranquille ici, mais ça l’est pas mal moins Outre-mer ! Les Canadiens gardent un œil inquiet sur la crise financière qui secoue l’Europe, parce que cette crise fait réapparaître le sceptre de la récession… Le Canada a quand même traversé la dernière récession sans y laisser trop de plumes grâce à la bonne santé de son système financier et de ses banques, et a priori, il devrait passer à travers cette crise sans trop d’égratignures également, grâce, une fois de plus, à la solidité et la stabilité de ce système.

Mais il n’est pas complètement à l’abri de ces soubresauts, la mondialisation des marchés et de l’économie étant ce qu’elle est. L’endettement des ménages canadiens, supérieur à celui des Américains et des Britanniques, est aussi un indice économique inquiétant, le nombre de saisies de maisons a d’ailleurs augmenté de quelque 4% en 2011. C’est sûr que le Canada n’a jamais vécu une crise aussi grave que celle des États-Unis dans ce domaine mais les économistes ont le doigt sur la sonnette d’alarme.

Ceci dit, ils voient dans leur boule de cristal pour 2012 une croissance économique de plus ou moins 2% pour le Canada, notamment parce que la reprise chez nos voisins américains se fait maintenant bien sentir, avec là aussi une croissance d’un bon 2%. Et c’est bien connu, si ça va bien au sud de nos frontières, ça ira bien chez nous aussi… malheureusement, 2012 s’annonce sous de plus sombres augures pour les Européens.

L’Euro va-t-il survivre à cette crise ? Les Européens vont peut-être voir débarquer des hordes de touristes canadiens cet été, car l’Euro a perdu beaucoup de plumes par rapport au dollar canadien, qui maintient une quasi parité avec le dollar américain depuis des mois. Il y a 10 ans quand l’Euro a été lancé en grandes pompes, il valait autour de 1,70 dollar canadien, ça faisait alors mal au portefeuille de traverser l’Atlantique… A 1,20$, comme il l’a atteint cette semaine, c’est plus raisonnable.

D’UN PARTI A L'AUTRE

L’arrivée d’un nouveau parti sur la scène politique québécoise brasse pas mal la cage dans l’arène politique de la belle province… Depuis la création du parti Coalition avenir Québec  - la CAQ – en novembre dernier par François Legault – voir ma chronique du 24 novembre à ce sujet -, plusieurs députés du Parti québécois et de l’Action démocratique du Québec, les deux autres partis de l’opposition, ont allègrement sauté le fossé pour passer dans les rangs de la CAQ. La nouvelle formation politique est même en train d’absorber l’Action démocratique du Québec – les membres du parti ont voté cette semaine pour se prononcer sur cette « fusion » -. 

De son côté, le navire libéral, aux commandes du gouvernement depuis bientôt 10 ans, continue de voguer à travers les écueils – et ils sont nombreux – en regardant la tempête balayer les autres partis… les rumeurs de possibles élections printanières vont bon train, le premier ministre Charest va peut-être céder à la tentation de couper l’herbe sous le pied à François Legault en déclenchant des élections alors que ce dernier n’aura pas vraiment eu le temps de préparer ses troupes à l’assaut du pouvoir. Ça risque de bouger au Québec au cours des prochains mois…

Sur la scène fédérale, une députée québécoise élue l’an dernier sous la bannière du Nouveau Parti-Démocratique a décidé de joindre les rangs du Parti Libéral du Canada, ce parti qui a subi toute une déconfiture aux dernières élections et qui tente depuis de se reconstruire. Le NPD n’est pas plus en forme avec le décès de son chef, Jacques Layton, à la fin de l’été des suites d’un cancer.

Les deux partis politiques sont en pleine course à la chefferie, ce qui laisse le champ encore plus libre aux Conservateurs du premier ministre Harper, maintenant majoritaires, autrement dit roi et maître à Ottawa. Ils sont nombreux à penser ici d’ailleurs que seule une fusion entre les Libéraux et les Néo-démocrates pourra permettre de vaincre les Conservateurs aux prochaines élections, mais l’idée semble loin d’être acquise au sein des deux partis, surtout le Nouveau Parti Démocratique, qui forme maintenant l’opposition officielle. Peut-être que les membres de ces deux formations politiques, une fois leur nouveau chef élu, devront-ils se résigner à une évidence, celle qui dit que l’union fait la force. C’est d’ailleurs en suivant cette maxime que les Conservateurs ont repris le pouvoir après une décennie dans l’opposition, une fusion entre le Parti Conservateur du Canada et le Reform Party, ce parti de l’ouest du pays d’où vient  le premier ministre Stephen Harper…

A l’origine, cette idée de fusion ne faisait pas d’adeptes au sein des deux partis, et la fusion s’était faite avec moult grincements de dents de part et d’autres, mais il reste que la stratégie a été payante. Ceci dit, l’horizon électoral sur la scène fédérale canadienne est loin, dans quatre ans, les prochaines élections, quatre ans qui ne seront pas de trop pour la reconstruction des partis d’opposition… 

UNE TRISTE NOUVELLE

Je profite de cette chronique pour vous souhaiter une excellente année 2012, tout ce que vous désirez et plus encore, mais surtout la santé car sans elle, on ne va nulle part. Une année qui a notamment commencé par une triste nouvelle dans la planète médiatique, celle de la mort, le 11 janvier, du grand reporter de France-2 Gilles Jacquier, alors qu’il se trouvait en Syrie en reportage pour l’émission Envoyé spécial.

Il était un des rares journalistes qui venait couvrir la rébellion en Syrie, certes avec un visa délivré par le gouvernement syrien et donc très probablement très surveillé par les autorités. Et il était surtout un excellent journaliste et un grand reporter de guerre, j’ai vu plusieurs de ces reportages à Envoyé spécial, sur les rébellions en Libye et en Tunisie, le détournement de l’aide humanitaire en Somalie, la guerre civile qui a ravagé la Côte d’Ivoire l’an dernier, tous de très bons reportages, comme on n’en voit pas assez souvent. Mais au-delà du journaliste, il y avait un homme et un père… 

Une vie fauchée par l’absurdité de la guerre, ces guerres qu’il aimait pourtant couvrir parce qu’il disait y faire des rencontres humaines formidables…  Les reportages de Gilles Jacquier illustraient bien ces rencontres, son regard sur les horreurs qu’il décrivait était très humain et sensible. Il était de la trempe des grands journalistes… et ils sont rares. Comme de nombreux téléspectateurs, je vais m’ennuyer de ce regard sur le monde dans lequel nous vivons…


Dans la cabane de Catherine François au Canada

Que se passe-t-il dans le « plus beau pays du monde » - comme aimait le définir l’ex premier ministre du Canada Jean Chrétien - ? Correspondante depuis septembre 2008 de TV5 Monde au Canada - en poste à Montréal - je vous propose dans ces carnets de suivre l’actualité de cet immense pays, baigné d’un océan à l’autre, avec toutefois un éclairage braqué plus spécifiquement sur le Québec, la province où vit la majorité francophone… je veux, dans ces carnets que je vous offrirais sur une base régulière, vous présenter ce qui fait les grands titres de la presse d’ici et vous parler de sujets d’actualité dont je ne parle pas forcément dans les reportages que je produis pour TV5 Monde. Cette nouvelle tribune me donnera aussi l’occasion de revenir plus en détails sur certains de ces reportages et de vous narrer des anecdotes de tournage quand j’en aurais – il y en a souvent - Bref, de quel bois se chauffe ma « cabane au Canada » ? Vous le saurez en venant consulter régulièrement ces pages…