Les Chroniques québécoises de Catherine François

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Le Canada devient un « Harperland ? »

Une caricature de Chapleau, le caricaturiste du quotidien montréalais La Presse, m’a beaucoup fait rire la semaine dernière. On y voit le premier ministre du Canada, Stephen Harper, entouré de portraits de la reine du Royaume-Uni, Élizabeth II, et habillé d’une robe et d’un chapeau rouges dignes de la dite reine, qui dit : « Je fais ce que je veux, je suis MA-JO-RI-TAI-RE  ! ». Excellente analyse de ce qui se passe au Canada depuis quelques mois…

Le gouvernement conservateur de Harper.
Le gouvernement conservateur de Harper.
LE CANADA ENTREPREND UN VIRAGE A DROITE

D’abord, pour la petite histoire, je précise que la reine du Royaume-Uni est le chef d’État du Canada, un pouvoir symbolique certes, mais qui explique pourquoi c’est un portrait d’Elizabeth II que l’on voit sur les billets de 20 dollars canadiens et pourquoi on peut retrouver son portrait dans plusieurs édifices gouvernementaux… et ces portraits sont très en vogue par les temps qui courent car les Conservateurs au pouvoir aiment beaucoup la Reine – d’où cette caricature de Stephen Harper entouré de portraits royaux.

Donc… Lorsque les Conservateurs de Stephen Harper ont pris le pouvoir, en 2006, ils formaient un gouvernement minoritaire et comme ils n’avaient pas de majorité au sein de la Chambre des Communes – la chambre basse du Parlement canadien – eh bien ils ont été prudents, ils n’ont pas vraiment appliqué leur plate-forme électorale de peur d’effrayer les Canadiens. Maintenant qu’ils sont majoritaires – depuis les dernières élections fédérales en mai 2011 - les Conservateurs ont mis le pied à fond sur l’accélérateur pour appliquer cette plate-forme et ont présenté plusieurs projets de loi qui ont fait grincer des dents bien des Canadiens – et la province du Québec – justement parce que très conservateurs, très à droite… de la droite dirons-nous… précisons également que le système électoral étant fait comme il est fait, les conservateurs ont eu la majorité à la Chambre des Communes même si moins de 40% des Canadiens ont voté pour eux… nuance importante.   

CRIMINALITÉ, SÉCURITÉ…

Ainsi a été adopté cet automne le projet de loi sur l’abolition du registre des armes à feu, un registre mis en place dans la foulée de la tuerie de Polytechnique en décembre 1989 – un jeune homme avait abattu de sang froid 14 jeunes femmes à l’École polytechnique de Montréal. Un registre qui obligeait les détenteurs d’armes à feu de s’enregistrer auprès des autorités et dont un fort courant dans l’ouest du pays réclamait l’abolition depuis des années.

C’est maintenant chose faite, et cela ne fait pas du tout l’affaire du gouvernement québécois, le ministre québécois de la Justice est même allé jusqu’à Ottawa demander à ce que la province du Québec puisse conserver les données enregistrées dans ce registre, mais le gouvernement conservateur s’y oppose et prône pour la destruction des dites données. Les principaux corps policiers du pays sont aussi allés expliquer pourquoi ils s’opposaient à l’abolition de ce registre, mais ils ont parlé … à un mur !

Ainsi a aussi été adoptée cet automne la loi sur les jeunes contrevenants qui  renforcent les peines d’emprisonnement pour les jeunes délinquants, une loi décriée là aussi par le gouvernement du Québec qui, dans ce domaine, prône plutôt la réhabilitation que l’emprisonnement, à tout le moins une approche beaucoup moins coercitive. De nombreux spécialistes sont venus apporter de l’eau au moulin québécois dans  ce domaine en expliquant que mettre des jeunes en prison revient pour la majorité des cas à les maintenir dans la délinquance et non à les en sortir. Le gouvernement de Stephen Harper n’a eu que faire de toutes ces analyses et critiques et il a maintenu le cap. 

LE BLASON CANADIEN TERNI SUR LA SCÈNE INTERNATIONALE

Enfin dernier geste d’éclat, et non le moindre, le Canada a annoncé la semaine dernière son retrait du protocole de Kyoto, une décision annoncée dans la foulée du Sommet de Durban, en Afrique du sud, et qui a soulevé un tollé tant sur la scène internationale qu’ici…

C’est que pour la première fois dans son histoire, le Canada se retire d’un traité dûment signé et ratifié par le Parlement , et ce, sans retourner devant ce Parlement pour débattre de ce retrait, ce qui en a fait grimper plusieurs aux rideaux ici. Ceci dit, la nouvelle n’a pas vraiment été une surprise car la rumeur courait depuis des mois, le Canada est allé en reculant au Sommet sur les changements climatiques de Durban et depuis l’arrivée au pouvoir des Conservateurs, on a tout autant reculé en matière de protection de l’environnement. C’était pourtant l’un des chevaux de bataille du gouvernement précédent, celui du libéral Paul Martin. Sous l’ère conservatrice, l’environnement n’est plus à la mode et le Canada fait maintenant pâle figure sur la scène internationale dans ce domaine.

« HARPERLAND ? »

Le Canada est-il en train de devenir la « HARPERLAND », une terre dans laquelle de nombreux Canadiens, parmi lesquels une grande majorité de Québécois,  ne se reconnaissent pas ? Cela visiblement  ne dérange pas le moins du monde Stephen Harper et les Conservateurs, ils ont leur  majorité, ils appliquent sans broncher leur programme, sans y déroger d’un iota, sans s’embarrasser ni des critiques ni des volontés de dialogue et de négociations de ceux qui ne sont pas d’accord avec leur politique.

Allez faire un tour sur le site du Parti conservateur du Canada – conservateur.ca – vous y verrez que les mots CRIMINALITÉ et SÉCURITÉ y sont mis en première ligne.  Pourtant, les récentes statistiques sur la criminalité font état d’une baisse importante de cette dernière au Canada… et on s’entend pour dire que le Canada est déjà un pays très sécuritaire et qu’ici on est loin, très loin d’une situation comme celle que vit l’Afrique du sud par exemple !

Il faut comprendre d’où viennent les troupes conservatrices au pouvoir : elles viennent de l’ouest du pays et d’un ancien parti, le Reform Party, une formation très à droite qui a fusionné avec le Parti conservateur du Canada, ce qui leur a d’ailleurs permis de reprendre le pouvoir en 2006 après plus de 10 ans dans l’opposition. Et ce courant très conservateur qui vient de l’ouest du pays ne rencontre pas vraiment d’écho dans l’est du pays, et surtout pas au Québec…  Le Canada est maintenant, en quelque sorte, un pays divisé en deux, un peu comme les États-Unis où cohabitent un courant très libéral sur les cotes est et ouest du pays versus la frange conservatrice du centre du pays… la « Bible belt » comme on la surnomme.

En tous cas, tous ceux et celles qui n’ont pas voté pour Stephen Harper en mai dernier  appréhendent beaucoup… les quatre prochaines années.


 

  
 

Dans la cabane de Catherine François au Canada

Que se passe-t-il dans le « plus beau pays du monde » - comme aimait le définir l’ex premier ministre du Canada Jean Chrétien - ? Correspondante depuis septembre 2008 de TV5 Monde au Canada - en poste à Montréal - je vous propose dans ces carnets de suivre l’actualité de cet immense pays, baigné d’un océan à l’autre, avec toutefois un éclairage braqué plus spécifiquement sur le Québec, la province où vit la majorité francophone… je veux, dans ces carnets que je vous offrirais sur une base régulière, vous présenter ce qui fait les grands titres de la presse d’ici et vous parler de sujets d’actualité dont je ne parle pas forcément dans les reportages que je produis pour TV5 Monde. Cette nouvelle tribune me donnera aussi l’occasion de revenir plus en détails sur certains de ces reportages et de vous narrer des anecdotes de tournage quand j’en aurais – il y en a souvent - Bref, de quel bois se chauffe ma « cabane au Canada » ? Vous le saurez en venant consulter régulièrement ces pages…