Les Chroniques québécoises de Catherine François

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Un roman d'espionnage à Montréal

Une histoire rocambolesque a fait la une toute la semaine au Québec : un policier à la retraite du Service de police de la ville de Montréal aurait essayé de vendre au crime organisé une liste comprenant les noms d’agents doubles.

Deux jours après la révélation de cette histoire par des journalistes de la Société Radio-Canada et de son réseau concurrent TVA, le dit policier a été retrouvé mort dans un hôtel de Laval, au nord de Montréal. 

Suicide ? Meurtre ? Taupe ? Policier ripou ? Les questions fusent de toutes parts sans que l’on ait pour l’instant de réponses très claires. On se croirait dans un roman de John Le Carré.

Taupe ou ripou ?

Ian Davidson avait 57 ans… Il a pris en janvier 2010 sa retraite du Service de police de la ville de Montréal, le SPVM, où il était sergent détective au sein des services de renseignements criminels. C’est ainsi qu’il avait accès à des informations ultra confidentielles dont les noms de personnes membres d’organisations criminelles qui servaient d’indicateurs à différents corps policiers.

Et c’est une liste comprenant une dizaine de ces noms que le policier aurait tenté de vendre au crime organisé  - on parle d’une somme d’environ un million de dollars. Il aurait contacté un avocat qui avait plusieurs personnalités mafieuses parmi sa clientèle.

Mais la transaction ne se serait pas conclue car la mafia se serait méfiée de Davidson, croyant qu’il essayait justement de les infiltrer et qu’il s’agissait d’un piège. C’est ce qu’affirment les policiers chargés de l’enquête. Donc a priori, aucun nom n’aurait circulé au sein des cercles mafieux, il n’y aurait pas eu de fuite…

Ian Davidson était un policier de carrière qui semblait au-dessus de tout soupçon, c’est au hasard d’écoutes électroniques que les policiers montréalais auraient découvert le pot aux roses.

Ils ont donc arrêté en octobre dernier le policier à la retraite alors que ce dernier s’apprêtait à s’envoler pour le Costa Rica. Une perquisition a eu lieu à son domicile. L’ex policier a été interrogé mais aucune accusation n’a été portée contre lui, même si on a retrouvé des informations de nature sensible dans son ordinateur.

Mardi soir, au lendemain de la révélation de cette histoire par Radio-Canada et TVA, les policiers ont averti Ian Davidson que son identité serait révélée le lendemain matin dans un quotidien montréalais – les reportages télévisés de lundi ne donnaient aucun nom. Et mercredi matin… coup de théâtre : on retrouve le cadavre de l’homme dans un hôtel de Laval, en banlieue nord de Montréal. 

Hasard ou coïncidence ?

Son corps ensanglanté a été découvert, il avait subi plusieurs blessures à l’arme blanche. Suicide ? Meurtre ? Pour l’instant, les policiers n’écartent aucune hypothèse. Selon les informations recueillies par le journaliste d’enquête de Radio-Canada Alain Gravel, Ian Davidson aurait été conduit par sa famille dans cet hôtel de banlieue dans la nuit de mardi à mercredi. Visiblement, il craignait pour sa sécurité…

Toute cette histoire a éclaté comme une bombe au sein du Service de police de la Ville de Montréal… les enquêteurs seraient catastrophés car ils craignent ne plus pouvoir compter sur leurs sources, ces sources si précieuses dans leur travail … des sources qui, parait-il, sont on ne peut plus inquiètes - on peut les comprendre.

Certains policiers s’interrogent aussi sur la façon dont l’information a été coulée dans les médias sans que l’on n’ait offert  de protection à l’ex-policier. On se demande aussi pourquoi  Ian Davidson n’a pas été accusé quand il a été arrêté l’automne dernier.

La police de Montréal tente d’être le plus rassurante possible dans toute cette histoire : seulement une poignée de policiers ont accès à ces listes secrètes et les personnes dont les noms s’y trouvent seraient actuellement en sécurité. Le cas du policier Davidson qui retourne sa veste est exceptionnel  dit-on aussi du côté policier…

Une quinzaine de policiers poursuivent actuellement leur enquête sur cette affaire qui plonge dans l’embarras non seulement la police de Montréal, mais aussi la Sûreté du Québec et la Gendarmerie Royale du Canada.

Il  y a peut-être plusieurs personnes qui ont du mal à dormir la nuit en ce moment à Montréal… Et cette histoire est loin d’être finie même si,  dans  le cas d’Ian Davidson, elle s’est terminée tragiquement…

Dans la cabane de Catherine François au Canada

Que se passe-t-il dans le « plus beau pays du monde » - comme aimait le définir l’ex premier ministre du Canada Jean Chrétien - ? Correspondante depuis septembre 2008 de TV5 Monde au Canada - en poste à Montréal - je vous propose dans ces carnets de suivre l’actualité de cet immense pays, baigné d’un océan à l’autre, avec toutefois un éclairage braqué plus spécifiquement sur le Québec, la province où vit la majorité francophone… je veux, dans ces carnets que je vous offrirais sur une base régulière, vous présenter ce qui fait les grands titres de la presse d’ici et vous parler de sujets d’actualité dont je ne parle pas forcément dans les reportages que je produis pour TV5 Monde. Cette nouvelle tribune me donnera aussi l’occasion de revenir plus en détails sur certains de ces reportages et de vous narrer des anecdotes de tournage quand j’en aurais – il y en a souvent - Bref, de quel bois se chauffe ma « cabane au Canada » ? Vous le saurez en venant consulter régulièrement ces pages…