Les dénonciations

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TV5MONDE : Est-ce que dessinateur est alors considéré comme un vrai métier en Iran ?

Mana Neyestani : Non. En Iran mais peut être aussi comme dans d’autres pays, personne ne voit le métier de dessinateur comme un vrai travail… même dans ma famille qui pourtant était cultivée. Mon père était poète et ma mère prof de littérature. Ils me soutenaient tout en pensant que cela ne pouvait pas être un métier lucratif. Moi non plus d’ailleurs. J’ai donc suivi pendant deux ans des études d’architecture avant de me rendre compte que ce n’était pas le métier que je voulais faire.


Comment vous et vos collègues dessinateurs travailliez ?

Nous devions utiliser les métaphores, les symboles ou d’autres choses pour que le message que l’on voulait faire passer soit moins explicite. Il y avait beaucoup de tabous en Iran comme la religion, les figures religieuses, qu’il est toujours impossible de dessiner ou même de caricaturer, la sexualité, l’homosexualité ou les minorités religieuses. Beaucoup d’entre nous s’inspiraient du travail accompli par les dessinateurs de presse sous l’ex-Union soviétique. Tous font toujours extrêmement attention. Seuls quelques-uns parviennent toujours à faire leur travail.