Les dirigeants européens font les frais de la crise

La crise de la dette s'est muée en crise politique. Plusieurs dirigeants européens, de gauche comme de droite, ont succombé à la pression des marchés ou à la sanction des élections. Ceux qui restent se battent pour conserver leur place.

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Le nouveau Premier ministre italien Mario Monti, le 13 novembre 2011 au palais présidentiel, à Rome
Le nouveau Premier ministre italien Mario Monti, le 13 novembre 2011 au palais présidentiel, à Rome
Ceux qui ont démissionné

Silvio Berlusconi est actuellement le dernier sur la liste des chefs de gouvernements européens contraints à démissionner en raison de la crise de la dette. Lors d'un vote décisif à la chambre des députés le 8 novembre, le Cavaliere, au pouvoir depuis 9 ans, perd sa majorité. Après cet échec, le président italien, Giorgio Napolitano, annonce la démission de Berlusconi. C'est chose faite le 12 novembre. Le lendemain, Mario Monti est désigné Premier ministre. L'économiste, ex commissaire européen, est chargé par le président de former un gouvernement, en attendant des élections anticipées. Mais avant cela, il faudra à celui qu'on surnomme l'anti-Berlusconi commencer une tâche titanesque : redresser l'économie italienne, qui croule sous une dette colossale. De son côté, Berlusconi reste un acteur majeur de la vie politique italienne.

Quelques jours plus tôt - le 6 novembre - c'est le Premier ministre grec, Georges Papandréou, qui est acculé à la même solution. Après deux ans de bataille pour sortir de la "crise grecque", le dirigeant socialiste avait tenté le tout pour le tout en annonçant le 31 octobre la tenue d'un référendum sur le plan d'aide européen. Une mesure qui avait provoqué la panique de la zone euro et des marchés financiers. Après de longues tractations, c'est Lucas Papadémos, l'ancien président de la Banque centrale européenne, qui est devenu le nouveau Premier ministre de la Grèce. Il va former un gouvernement de coalition. Des élections anticipées seront organisées le 19 février.

Au Portugal, c'est en mars que le Premier ministre socialiste a démissionné. Le quatrième plan de rigueur présenté par José Socrates n'avait pas convaincu les marchés. Deux mois plus tard, il perdait les élections anticipées, ce qui l'a conduit à se retirer de la vie politique. Le nouveau Premier ministre, Pedro Passos Coelho, un libéral centriste, a demandé "beaucoup de courage" aux Portugais pour faire face aux mesures de rigueur.

Le chef de l'opposition irlandaise Enda Kenny remporte les législatives le 27 février 2011
Le chef de l'opposition irlandaise Enda Kenny remporte les législatives le 27 février 2011
Ceux qui ont été sanctionnés par les urnes

Le Premier ministre irlandais Brian Cowen a été la première victime de la crise avec l'échec aux législatives de février de son parti, le Fianna Fail. Ce parti de centre-droit dominait la scène politique depuis 80 ans. Cowen est remplacé par Enda Kenny, du Fine Gael (centre-droit, à la tête d'un gouvernement de coalition. Kenny a demandé à Bruxelles la renégociation du plan de sauvetage accepté fin 2010 mais vécu comme une humiliation par de nombreux Irlandais.

Si le Danemark ne fait pas partie de la zone euro, il n'est pas à l'abri des turbulences. C'est le gouvernement de centre-droit de Lars Lokke Rasmussen qui a fait les frais de la crise. La gauche a remporté les législatives du 15 septembre et c'est une femme, Helle Thorning-Schmidt, qui est arrivée au pouvoir. Elle a su convaincre les Danois qu'elle pourrait relancer l'économie.

En Slovénie, le gouvernement de centre-gauche de Borut Pathor n'a pas survécu à un vote de confiance au Parlement le 20 septembre. Des élections anticipées se tiendront le 4 décembre.

Des élections anticipées se tiendront en mars 2012 en Slovaquie. Le gouvernement de centre-droit d'Iveta Radicova a perdu en octobre un vote parlementaire, vote sur le renforcement du FESF (Fond de secours de la zone euro), assimilé à une motion de confiance. Une mesure finalement approuvée par le Parlement lors d'un second vote, avec le soutien de l'opposition social-démocrate, qui a obtenu en échange la tenue de ces élections anticipées.

Le Premier ministre espagnol Zapatero en mai 2011
Le Premier ministre espagnol Zapatero en mai 2011
Ceux qui sont sur la sellette

Meurtrie par la crise et rendue exsangue par la politique d'austérité, l'Espagne devrait donner la victoire à la droite lors d'élections législatives anticipées ce dimanche 20 novembre, auxquelles José Luis Rodrigues Zapatero ne se présente pas. Les quelques 36 millions d'électeurs s'apprêteraient selon les sondages à porter au pouvoir Mariano Rajoy, chef du Parti populaire. Après 7 ans de gouvernement socialiste et 3 ans d'une crise économique dévastatrice, l'horizon reste très sombre : croissance nulle au troisième trimestre, 5 millions de chômeurs et la menace d'un retour à la récession.

Ailleurs en Europe, les dirigeants souffrent d'impopularité, à l'image de Nicolas Sarkozy en France - sa côte de popularité est très basse à 6 mois de la présidentielle ; d'Angela Merkel en Allemagne - à la merci d'un vote négatif du Parlement ; ou encore de David Cameron au Royaume-Uni - les tensions au sein du Parti conservateur sont très vives. Cameron qui avait remporté les élections de mai 2010 face au travailliste Gordon Brown, pour certains la toute première victime politique de la crise de la dette.