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Les élections fédérales soumettent la paix vaudoise au verdict du peuple

Affiche pour la votation sur l'initiative de crise de 1935
Affiche pour la votation sur l'initiative de crise de 1935
Charles L'Eplattenier

Depuis cinq ans, un gouvernement de consensus a quasiment fait disparaître la confrontation de l’arène publique helvétique. Dimanche 18 octobre, les électeurs sont appelés à renouveler les 200 sièges du Conseil national. Ce scrutin va-t-il sacraliser ou secouer le régime en vigueur?

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Les élections fédérales peuvent-elles soulever le couvercle qui pèse sur la politique vaudoise? Depuis cinq ans, la gauche et la droite de gouvernement se partagent le pouvoir dans un consensus si élargi qu’il a quasiment fait disparaître la confrontation de l’arène publique. Le scrutin de dimanche donnera de précieuses indications sur la durabilité de ce système.

Tour de chauffe avant les élections cantonales du printemps 2017, il permettra de réévaluer le poids des forces en présence. On verra également si le scrutin populaire, par les profils politiques qu’il confirme ou fait émerger, sacralise ou remet en question la formule actuelle de gouvernement.

C’est un canton de Vaud largement «dépolitisé» qui aborde ces élections fédérales. Ses citoyens semblent s’être habitués tant aux charmes incontestables de cette paix vaudoise qu’à la plus dangereuse absence de choix qu’elle recèle.

Pacte au sommet de l’Etat

Cela s’explique d’abord par un grand équilibre du rapport de force politique, avec une majorité de gauche au Conseil d’Etat tandis que le Grand Conseil est resté à droite. Mais il y a surtout la dynamique propre à l’exécutif cantonal. Sous le pilotage du socialiste Pierre-Yves Maillard, président du gouvernement, et du PLR Pascal Broulis, patron des finances, des accords sont conclus au sommet de l’Etat et s’imposent à la classe politique avant même que la discussion publique ait vraiment lieu.

Exemple emblématique: la future réforme de la fiscalité des entreprises (RIE III) appliquée au canton. Ce changement majeur dans la politique fiscale vaudoise entraînera un manque à gagner par centaines de millions pour les caisses publiques. Toute une série de mesures sociales sont prévues en contrepartie du «cadeau» fiscal. Le tout est mélangé dans une marmite que le Grand Conseil, instamment prié de n’y rien toucher, vient d’avaler sans discuter.

Le budget qui enthousiasme les socialistes

En attendant que les pertes fiscales se répercutent dans les finances cantonales, le budget 2016 augmente notablement les dépenses pérennes, en particulier dans les départements contrôlés par les élus socialistes. L’enthousiasme avec lequel le PS a commenté ce budget n’aurait pas été moindre s’il avait été concocté dans ses propres officines. Tenus par la réjouissante perspective des baisses d’impôt pour les PME, les milieux économiques avancent sans rechigner les prestations publiques nouvelles qu’on leur demande.

Sous le régime de «Brouillard et Malice», une contrepèterie dont la paternité revient aux syndicats de la fonction publique, les partis de gouvernement ont manqué d’argument percutant pour mener la campagne électorale. On l’a bien vu dans la «bataille» pour le Conseil des Etats, une chambre où la représentation de ce canton moitié-moitié est déséquilibrée. Le PLR Olivier Français fait de son mieux pour secouer le monopole que la gauche détient depuis huit ans sur les deux sièges de la chambre des cantons, mais il peine à justifier le changement.

Reconquête compromise

Officiellement, certes, la droite cherche à récupérer la majorité au gouvernement. Mais le PLR, qui a longtemps dominé la politique vaudoise, paraît se satisfaire d’avoir sauvegardé trois fauteuils sur sept et s’en voudrait de rendre la vie plus difficile à ses ministres en les chahutant un peu. De plus, la droite est divisée, alors qu’il faudrait serrer les rangs pour reconquérir. Le PLR a même refusé de s’allier avec l’UDC, ce qui ne s’était encore jamais vu. Face au gouvernement «radical-socialiste», le parti blochérien section vaudoise a le potentiel d’une force d’opposition. Mais il est diminué par ses querelles intestines et freiné par sa volonté de revenir à l’exécutif: même s’il ne dispose toujours pas d’un(e) papable qui fasse tilt, cette ambition le pousse à se montrer très raisonnable.

A première vue, la paix vaudoise n’est pas menacée dans l‘immédiat. Elle repose largement, outre les facteurs déjà mentionnés, sur une croissance économique permanente. En 2017, les effets de la RIE ne se seront pas produits. Le retournement de conjoncture reste incertain dans son ampleur. De plus, à part Anne-Catherine Lyon, qui aura effectué ses trois mandats, les six autres conseillers d’Etat se lanceront probablement pour un nouveau tour en 2017. Mais les Vaudois se projettent-ils, au-delà de cette apparente stabilité, dans gouvernement plus marqué à gauche qu’il ne l’est déjà, où la droite reprendrait au contraire le leaderhsip, où l’UDC ferait entendre une voix discordante? Les résultats vaudois de dimanche mériteront d’être lus comme éléments de réponse à ces questions.

Article publié le 14 octobre 2015, dans le cadre d'un partenariat avec  Le Temps