“Les Etats-Unis et l’Europe demandent trop aux pays émergents“

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Entretien avec Sunita Narain, directrice du Centre pour la science et l'environnement (CES)

Qu’attendez-vous du sommet de Copenhague ?

Ce que nous voulons c’est un accord sur le changement climatique, un accord effectif pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre, et que ces diminutions soient drastiques chez les pays riches. Et pour des pays comme l’Inde et la Chine, c’est l’établissement d’un cadre clair, d’un plan stratégique.

Cela pourra-t-il être une discussion réelle pour la sécurité du monde, ou seulement une réunion supplémentaire entre les riches d’Europe et d’Amérique du Nord ?

Il est très clair que les pays riches ne souhaitaient pas vraiment cette rencontre à Copenhague. Surtout parce qu’ils n’ont pas tenu leurs précédents engagements. Moi je serais contente si au cours de cette réunion ils confirment leurs engagements, mais je pense qu’ils ne le feront pas.

Pensez-vous que les Etats-Unis demandent trop aux pays émergents, comme l’Inde, au lieu de faire ce qu’ils devraient faire chez eux ?

Je pense que les Etats-Unis et l’Europe demandent trop aux pays en voie de développement, dans la mesure où eux-mêmes font si peu. Nous serions prêts à répondre à leurs exigences si eux-mêmes nous montraient leurs efforts. Mais depuis quinze ans, les émissions de gaz à effet de serre des pays riches se sont accélérées et il va de soi que ce problème doit être mis sur la table, tandis que celles de nos pays, comme l’Inde, n’ont pas augmenté.

La pluviométrie en Inde (Université du Texas, 2001 - Wikicommons)
La pluviométrie en Inde (Université du Texas, 2001 - Wikicommons)
La question environnementale est-elle importante en Inde, aussi bien pour le peuple que pour les dirigeants ?

Il est sûr que la question du changement climatique est essentielle pour mon pays, aussi bien pour la population que pour les autorités. Le plus grand défi auquel l’Inde est confrontée, c’est de savoir s’adapter : les conséquences du changement climatique se font déjà sentir, chez nous plus qu’ailleurs. Les dégâts liés aux catastrophes naturels sont de plus en plus lourds et nous devons apprendre à les endiguer. Notre pays est récent (ndlr : l’Inde a acquis son indépendance en 1947) et les risques naturels n’y ont pas été assez pris en compte, et désormais il va falloir s’adapter. D’autant plus que les pays riches qui ont créé cette situation, s’en préoccupent si peu.


L’énergie nucléaire peut-elle être une alternative comme cela est proposé en France ou en Inde ?

Le nucléaire est certainement une alternative qui doit être discutée dans le monde, mais le grand problème aujourd’hui ce sont les coûts de cette industrie, très élevés si l’on veut qu’elle soit sûre. Les industries nucléaires françaises demandent par exemple au gouvernement indien de baisser ses exigences de sécurité sur les centrales qu’elle construit, afin de d’en diminuer les coûts de revient. On en est là : on négocie la sécurité et pas les coûts ! Cela est inacceptable.

Quelle forme de nouvelle gouvernance pourrait lutter utilement contre le réchauffement climatique ?

Je voudrais que les gouvernements du monde entier réfléchissent ensemble afin de définir ce qu’il faut faire, non seulement dans l’intérêt des pays riches, mais de tous. C’est cela le plus important une gouvernance mondiale.

Le 3 décembre 2009, c’est le 25ème anniversaire de la catastrophe industrielle de Bhopal. Ce désastre provoqué en Inde par une compagnie multinationale américaine est-il emblématique des relations Nord/Sud ? Pourrait-il se reproduire ?

Ce qui s’est passé à Bhopal c’est un désastre. Mais le désastre n’est pas terminé : il se poursuit aujourd’hui parce que les compagnies industrielles, Union Carbide et Dow Chemical refusent de reconnaître leur responsabilité, leurs tords, dans la catastrophe. Je les accuse elles, et tout le système mondial d’être responsables de cette tragédie.

Propos recueillis par Sylvie Braibant, 28 novembre 2009

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Ouvrage collectif auquel a participé Sunita Sarain