Les étudiants québécois en grève iront “jusqu’au bout“

Les étudiants manifestent régulièrement et organisent des piquets de grève dans toute la province.  (AFP)
Les étudiants manifestent régulièrement et organisent des piquets de grève dans toute la province. (AFP)

Depuis la fin février, les étudiants québécois sont en grève contre la hausse des frais de scolarité. Il s’agit du plus gros mouvement étudiant de l’histoire de la province. Entretien avec un des chef de file de la protestation, Léo Bureau-Blouin.

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Léo Bureau-Blouin.
Léo Bureau-Blouin.
Si la hausse est appliquée, quelles seront les conséquences pour les étudiants ? Est-ce qu’ils risquent de quitter l’université faute de moyens ?
C’est une hausse qui va surtout pénaliser la classe moyenne qui a déjà du mal à envoyer ses enfants à l’université. Elle va aussi pénaliser ceux qui habitent loin et qui ont des dépenses supplémentaires pour se loger. Effectivement, des étudiants risquent de quitter les bancs de l’école s’ils ne peuvent plus se la payer. Ce qui va à l’encontre de notre idée de société. L’éducation est la base de tout. 

Le Premier ministre justifie cette hausse en disant que le Québec doit moderniser ses universités pour qu’elles soient compétitives au niveau mondial.  Est-ce qu’il a raison ?
Oui il a raison. Les universités doivent être modernisées mais pas en allant chercher l’argent dans la poche des étudiants. Les universités reçoivent de l’argent mais au lieu d’investir dans l’éducation, on construit de beaux immeubles. Les fonds existent mais ils sont mal gérés. Même la rémunération des recteurs fait polémique   

Que proposez vous alors ?
On propose la formation d’une commission pour éplucher les comptes des universités et ainsi mieux distribuer l’argent. Par ailleurs, nous sommes prêts à discuter avec le gouvernement qui propose une augmentation des montants des bourses pour compenser la hausse des frais de scolarité. Nous devons revoir aussi le système de prêts finançant les études de milliers d’étudiants. On envisage toutes les possibilités. On pourrait même faire appel aux anciens élèves pour faire des donations. Le système a déjà fait ses preuves dans certaines universités du Québec.  


Le 22 mars 2012, plus de 200.000 personnes sont descendues dans la rue pour manifester. C'est le plus gros rassemblement étudiant de l'histoire de la province.


Le contexte politique est particulier. Des élections anticipées auront lieu le 2 mai dans tout le pays. Pensez-vous que l’opposition social-démocrate instrumentalise les manifestations ?

Nous avons besoin du soutien de tout le monde. Surtout celui de l’opposition qui peut faire bouger les lignes au sein du gouvernement. On souhaite bien sûr que cet appui soit sincère. 

En 2005 , lors de manifestations semblables, les étudiants avaient fait reculer le gouvernement. Est-ce que vous croyez que vous parviendrez à obtenir le même résultat ?
Le gouvernement ne peut pas se permettre d’avoir ses étudiants en grève. Ceci compromet notre année scolaire et les jobs d’été. Nous croyons que nous allons obtenir gain de cause. Les familles et la population nous soutiennent. Si les travailleurs étaient en grève, cela ferait longtemps que le gouvernement aurait discuté avec eux. Nous, on ne nous écoute pas mais nous allons continuer tant qu’il le faudra.