Les Français et les bidonvilles

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TV5MONDE : On voit peu de Français dans l'album. Que savaient-ils des bidonvilles ?

Laurent Maffre : Déjà, à Nanterre, les voisins connaissaient l'existence du bidonville. Je pense à Jean Pottier, un des premiers témoins que j'ai rencontré, qui est allé prendre des photos dans le bidonville. Ce photographe a noué des relations sinon amicales du moins cordiales avec les habitants. Il y a aussi des associations qui sont venues les rencontrer. 

Je n'ai pas étudié le bidonville au point de savoir qui y intervenait exactement. Cependant je sais qu'il n'y avait pas beaucoup de personnes qui se pressaient pour entrer dans le bidonville, et que la situation de Monique Hervo était assez exceptionnelle (cette femme engagée a habité 12 ans à la Folie, aidant les familles dans leurs démarches administratives et autres, NDLR). 

Mais je voulais éviter de tomber dans un raccourci facile, qui aurait été de dire que tous les Français étaient racistes. Avec les personnages de Raymond et Josiane, voisins du bidonville, c'est une manière de montrer qu'il y a certainement eu à l'époque des gens qui vivaient à proximité et qui sont entrés dans le bidonville. Les immigrés travaillaient, donc nouaient forcément des contacts voire des amitiés avec la population française. 

Tout n'est pas binaire, même si les camps étaient très marqués à l'époque. De plus, il ne faut pas oublier l'ignorance. C'est par exemple suite à un article relatant un incendie que Monique Hervo s'est pour la première fois rendue dans les bidonville de Nanterre (lire à ce sujet notre entretien avec l'historienne Muriel Cohen, NDLR). Avant, la presse n'en parlait pas.