Les Islandais refusent encore de payer l'ardoise d'Icesave

Lors du référendum du 8 avril, les Islandais ont clairement rejeté l'accord sur le remboursement de 3,9 milliards d'euros réclamés par Londres et La Haye après la faillite de la banque Icesave en 2008, plongeant dans l'embarras le gouvernement de Reykjavik.

dans
Des Islandais partisans du “non“ au projet d'accord sur Icesave, le 16 février 2011 à Reykjavik/AFP.
Des Islandais partisans du “non“ au projet d'accord sur Icesave, le 16 février 2011 à Reykjavik/AFP.
Selon les chiffres portant sur 70% des bulletins dépouillés et cités par la radio publique RUV, le « non » arrive nettement en tête avec 57,7% contre 42,3% de « oui » au référendum du 8 avril.

Quelque 230 000 électeurs étaient appelés à se prononcer, pour la seconde fois en un an, sur une nouvelle mouture de cet accord Icesave, la banque en ligne dont la faillite avait spolié près de 340 000 épargnants britanniques et néerlandais.

« UN CHOC » POUR LE GOUVERNEMENT

La Première ministre du gouvernement de coalition de centre gauche Johanna Sigurdardottir qui considérait cet accord comme « capital » pour l'Islande a manifesté sa déception. Elle a souligné que ce résultat était « un choc » pour le gouvernement mais aussi pour le parlement dont 70% des députés avaient approuvé l'accord avant que le chef de l'état, refusant de le ratifier, ne le soumette à un référendum.

Déjà en mars 2010 les Islandais avaient massivement rejeté, à 93%, une première version de cet accord qui était moins favorable pour l'Islande. Laborieusement négocié par Reykjavik avec le Royaume-Uni et les Pays-Bas, l'accord Icesave visait à structurer le remboursement convenu avec ces deux pays qui ont dû indemniser les victimes.

L'économiste et professeur à l'Université d'Islande Gudmundur Olafsson, a prédit qu'une victoire du « non » portera le conflit devant l'AELE (Association européenne de libre-échange) et les Islandais ont très gros à perdre. « Les conséquences seront considérables », dit-il. Pour les partisans du « non », « il n'y a jamais eu d'obligation légale pour les citoyens islandais d'assumer les pertes d'une banque privée », déclarent-ils sur leur site.

L'avocat américain Lee Buchheit, qui a conduit les négociations pour l'Islande avec Londres et La Haye, avait estimé que « c'est le meilleur accord jamais négocié compte tenu du moment et des circonstances ». Avec une victoire du « non », prévient-il, c'est l'AELE qui sera saisie du conflit et cela prendra un an ou deux avant de savoir comment l'affaire se terminera. Il estime que ni les Néerlandais ni les Britanniques ne retourneront à la table des négociations.

Outre les tensions diplomatiques générées par les discussions entre Reykjavik, Londres et La Haye, cette affaire Icesave a profondément divisé le pouvoir islandais, le chef de l'Etat s'opposant au Parlement et au gouvernement. Le président Olafur Ragnar Grimsson, s'appuyant sur des pétitions de dizaines de milliers de signataires contre l'accord, a refusé à deux reprises de promulguer la loi Icesave. Les deux fois elle avait pourtant été adoptée par les députés.

Le nouvel accord aurait permis à l'Islande d'étaler ses paiements jusqu'en 2046 à un taux de 3% pour le 1,3 milliard d'euros dû à la Haye et de 3,3% pour les 2,6 milliards dus à Londres.

Chiffres clés

Croissance du PIB : -3% en 2010 ; -6,8% 2009 ; +1% en 2008 ; +6% en 2007.

PIB par habitant : 29 005 euros en 2009, soit une baisse de 6,5% par rapport à 2008.

Chômage : 8,6 % en 2010 ; 8% en 2009 ; 1,6 en 2008 ; 1% en 2007.

Taux d'inflation : 5,9 % en 2010 ; 12% en 2009 ; 12,4% en 2008 ; 5% en 2007.