Les maladresses de Camila Vallejo, leader de la contestation étudiante chilienne

Camila Vallejo (AFP)

Elle était à la tête des manifestations qui ont secoué le Chili, l'été dernier. Les jeunes se mobilisaient contre un projet de privatisation de l’éducation supérieure. Depuis, Camila Vallejo jouit d’une forte popularité y compris au niveau international.  Un voyage dans le Cuba castriste et des déclaration controversées pourraient tout changer.

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Jeune, jolie et révolutionnaire. Elle a tout pour réussir la brillante carrière politique qu'on lui a promise. Mais un faux-pas à La Havane pourrait tout gâcher. Depuis l'éte dernier, la pasionaria aux cheveux bouclés est devenue le symbole des manifestations étudiantes,  sex-symbol même.  Le New York Times a consacré un portrait à la chef du mouvement communiste étudiant. El Pais, quotidien espagnol de référence, a écrit un article similaire .

L'étudiante en géographie se bat toujours pour que les universités soient gratuites et offrent une formation de qualité dans son pays, bien que le climat social s'est apaisé. Son échec relatif, lors des élections internes du mouvement syndical, n’ont pas changé le statut qu’elle y avait atteint. Son principal concurrent lui a ravi sa place de présidente.  Mais en tant que vice-présidente, elle continue de jouer un rôle très important.  Elle gagne même de l’influence. Selon les observateurs, elle est promise à une brillante carrière politique. Et pourquoi pas à une candidature à l’élection présidentielle, dans quelques années.

“ Fidel Castro est une lueur d’espoir pour le Chili “


Sauf que sa visite à Cuba risque de les faire changer d’avis.  Dans le cadre du 50ème anniversaire de la jeunesse communiste, elle s’est rendue dans l’île le week-end de pâques. Elle a été reçue par les jeunes communistes de l’Université de la Havane - organe étudiant du parti unique - et par Fidel Castro. Presque le même traitement réservé au pape Benoît XVI quelques jours auparavant
     
Déjà avant son départ, la grogne commençait à monter au Chili : son voyage n’était pas vu d’un bon œil. Sur son blog , elle a fait mine de prendre de la distance : "La société cubaine n’est pas parfaite, la chilienne n’a pas à lui emboîter le pas".  Tout en ajoutant : "On parle beaucoup de la répression à Cuba, et j’ai été surprise de voir, au cours d’un voyage précédent, que ce n’était pas du tout le cas".     

Ces mots ont révolté les Damas de blanco ,  les dames en blanc. Cette association regroupant les  familles des prisonniers politiques qui s’insurgent contre le régime. Lors de la visite du pape, de nombreux membres de ce groupe ont fini tabassés ou dans une geôle car ils ont protesté contre la venue de Benoît XVI. Et ce ne sont pas les seules phrases choquantes qu’elle a prononcées. En sortant de sa rencontre avec Castro elle a affirmé :  "Fidel Castro est une lueur d’espoir pour le Chili. C’est un grand visionnaire".

“Rétrograde“

Yoani Sanchez, blogueuse et dissidente cubaine. (AFP)

Le gouvernement chilien (de droite) n’a pas hésité à qualifier les propos de Vallejo de "rétrogrades".  Yoani Sanchez, figure de la résistance cubaine, a également réagi à la visite de la Chilienne . La blogueuse avait interpellé à plusieurs reprises sur Twitter Camila Vallejo pour l’inviter à voir de ses propres yeux la réalité des citoyens. Dans un long article, la Cubaine, s’en est pris à la vision biaisée de Camila Vallejo.   

Un acteur et musicien cubain est venu grossir les rangs des gens qui attaquent Camila. "Comment est-ce possible de prononcer ces mots alors qu’on vient d’un pays qui a aussi connu une dictature ?", s’est-il exclamé.   Un écrivain et photographe cubain prédit que ces événements se solderont par la fin de la carrière politique de Vallejo.   "Qu’elle reste habiter ici, elle verra bien qu’ici on ne manifeste pas comme en Chili", a-t-il fait remarquer. 

Depuis cet incident, Camila Vallejo n’a pas fait de déclarations. Sur Twitter elle n’a répondu ni a Yoani Sanchez ni aux Dames en blanc.

Un mouvement étudiant historique

Depuis la chute de la dictature en 1990, le Chili n'avait pas connu un mouvement semblable. De mai à novembre 2011, les étudiants ont manifesté, fait grève contre le système d'éducation supérieure qui laisse une grande place au privé. Les grèves ont entraîné une crise au sein du gouvernement de droite et trois remaniements ministériels. Les étudiants et le gouvernement ont finalement pu s'assoir à la table de négociations en septembre 2011. Mais la discussion a été brève. Les grèves ont repris. En novembre, à la fin de la crise, une manifestation a mal tourné. La police est intervenue avec violence. Les propositions du gouvernement ont mis fin à la crise : des aides financières et la promesse d'une éducation plus accessible.