Les odieux dérapages de l'extrême droite

Le photo-montage qu'Anne-Sophie Leclerc a publié sur son Facebook (image extraite du reportage d'Envoyé spécial sur France 2).
Le photo-montage qu'Anne-Sophie Leclerc a publié sur son Facebook (image extraite du reportage d'Envoyé spécial sur France 2).

En France, une militante du Front national, tête de liste aux municipales dans une petite ville des Ardennes, a comparé la ministre de la Justice, Christiane Taubira, à un singe avant d'être suspendue de ses responsabilités politiques au sein du parti. Un dérapage plus que choquant qui en rappelle d'autres.

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D'un côté, la photo d'un petit singe déguisé en fillette, de l'autre celle de Christiane Taubira, la ministre française de la Justice originaire de Guyane. C'est le photomontage qu'Anne-Sophie Leclerc, alors candidate du Front national aux élections municipales à Rethel dans les Ardennes, a publié sur son compte Facebook. Une comparaison plus qu'odieuse, passible de poursuites judiciaires pour injures à caractère raciste.

Au jardin d'acclimatation de Paris, les indigènes des colonies françaises sont exposés tels des animaux dans un zoo jusque dans les années 30.
Au jardin d'acclimatation de Paris, les indigènes des colonies françaises sont exposés tels des animaux dans un zoo jusque dans les années 30.
Mais pour cette Frontiste de 33 ans, interrogée dans le cadre d'une enquête d'Envoyé spéciale (France 2) sur la banalisation de l'extrême droite en France, « cela n'a rien à voir avec le racisme ». Se vantant d'avoir « des amis noirs », elle explique dans une absurdité la plus totale qu'« un singe ça reste animal ; un noir c'est une être humain. »  Alors pourquoi une telle comparaison ? « Parce que c'est une sauvage (…) Elle vous fait un sourire, mais il faut voir, un sourire du diable », répond-elle aux journalistes d'Envoyé spéciale avec un aplomb désarçonnant et s'empresse d'ajouter sans gêne : « Je préfère la voir dans un arbre accrochée à des branches plutôt qu'au gouvernement.» Du racisme à l'état brut qui rappelle les pires théories pseudos scientifiques de la hiérarchisation des races.

Embarrassé par la polémique, le Front National a décidé de suspendre la candidature d'Anne-Sophie Leclerc aux municipales et de la convoquer devant les instances disciplinaires du parti. Depuis que Marine Le Pen a succédé à son père au passé sulfureux, le Front national cherche à lisser son image pour élargir sa base électorale. Mais le racisme reste l'ADN des mouvements d'extrême droite.

Sur son Facebook, un élu local de La Ligue du Nord a comparé la ministre italienne à l'Intégration à un signe.
Sur son Facebook, un élu local de La Ligue du Nord a comparé la ministre italienne à l'Intégration à un signe.
La ministre italienne à l'Intégration comparée à un orang-outan

En Italie, c'est la ministre à l'Intégration Cécile Kyenge, originaire du Congo, qui est comparée à un primate. Il y a plusieurs mois, un conseiller municipal de la Ligue du Nord a posté sur son Facebook la photo de la ministre côtoyant celle d'une singe avec pour légende « séparés à la naissance » et pour commentaire  « dites ce que vous voulez, mais  elle ressemble à un orang-outan. Allez, regardez bien. »

Une comparaison reprise par un élu du même parti mais aux responsabilités politiques beaucoup plus importantes : Roberto Calderoli, vice-président du Sénat. « Cécile Kyenge fait bien d'être ministre, mais peut-être devrait-elle le faire dans son pays. Je me console quand je surfe sur Internet et que je vois les photos du gouvernement. J'aime les animaux, mais quand je vois les images de Kyenge, je ne peux m'empêcher de penser à des ressemblances avec un orang-outan, même si je ne dis pas qu'elle en soit un », avait-il déclaré publiquement en juillet avant de s'excuser et de parler d'une mauvaise blague.

Depuis sa nomination en avril, Cécile Kyenge, qui vit en Italie depuis plus de 30 ans, fait face à une avalanche d'insultes racistes. Le 26 juillet, alors qu’elle prononçait un discours dans la ville de Cervia, des bananes avaient été soudainement lancées en sa direction. Un mois plus tôt, une élue locale avait estimé qu'il faudrait violer la ministre afin qu'elle comprenne ce que ressentent les victimes de crimes commis par les immigrants.

Stoïque, Cecile Kyenge refuse d'en faire une affaire personnelle : « Ce ne sont pas des insultes envers la ministre mais envers chaque citoyen,avait-elle souligné à TV5MONDE. Tout ce qui peut arriver en ce moment, ce n'est pas personnel mais c'est un changement culturel, un changement de société. »

« Pensées mortifères et meurtrières »

De son côté, Christiane Taubira a mis du temps à réagir. Elle a d'abord refusé de commenter les propos de la militante FN puis s'est exprimée, samedi 19 octobre, alors qu'elle était de passage dans la Drôme. « Le Front national a des pensées mortifères et meurtrières et cette militante, qui est tout de même tête de liste FN dans sa commune, n'a visiblement pas compris que sa direction a dit qu'il faut faire semblant ». Ne mâchant pas ses mots, la ministre, selon le journal régional Le Dauphiné, poursuit : « On sait bien ce que le FN pense : c'est les Noirs accrochés aux branches des arbres, les Arabes à la mer, les homosexuels dans la Seine, les juifs au four, voilà les pensées profondes de ce parti.»


Chez Flammarion, 2012.
Chez Flammarion, 2012.
Noire à Paris

Le racisme, Christiane Taubira connaît. « Elle en est victime depuis le premier jour de sa nomination, précise à l'AFP le député écologiste François de Rugy. Y compris la droite classique qui a fait parfois des allusions assez nauséabondes.»

Dans son autobiographie Mes météores, combats politiques au long cours (Flammarion, 2012), cette admiratrice de Léopold Sédar Senghor et d'Aimé Césaire, les grands auteurs noirs de l'anticolonialisme, explique qu'elle est « devenue noire » à Paris.

Lors du virulent débat sur le mariage homosexuel, elle se souvient comment les opposants ont fait évoluer leur slogan d'une manifestation à l'autre. De « Taubira, t'es foutue, les familles sont dans la rue !", ils sont passés à « Taubira t'es foutue, les Français sont dans la rue ! », la désignant implicitement comme étrangère. « Il y a là un message d'exclusion. Et je l'entends, c'est tout, avait alors confié Christiane Taubira au "New York Times". Je veux être lucide. Je sais ce qui se passe, je sais ce qu'un mot veut dire, ce qu'une attitude signifie, mais il est hors de question qu'un mot ou une attitude déterminent ma vie ou mon comportement. »