Les rencontres de prison

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TV5MONDE : Est-ce que vous avez été soutenu par l’équipe de votre journal au moment de votre incarcération ?

Mana Neyestani : La personne responsable légalement pour notre journal n’a pas passé une seule nuit en prison. On m’a dit qu’il était un ami proche du président Ahmadinejad. J’ai surtout vu qu’ils ont essayé de garder leur place. Ils ont plus soutenu le journal que nous. C’est devenu un jeu de pouvoir entre le ministère de la Culture et notre rédacteur en chef. Ils nous ont laissés complètement seuls.
Je me sentais vraiment piégé. Mais qui a mis en place ce piège ? Comme je l’explique dans le livre, c’est une situation compliquée. Je ne sais pas exactement qui était impliqué entre le journal, les partis, le gouvernement. Mais c’était un cas unique, je crois, dans l’histoire de la presse iranienne.
La plupart du temps c'était des affaires entre les journalistes et le gouvernement. Mais dans mon cas, les journalistes, le gouvernement et une partie du peuple d’un groupe ethnique, les Azéris, étaient impliqués. J’étais pris au siège entre eux. Le gouvernement essayait de garder sa place au pouvoir, ses positions et calmer le peuple Azéris qui essayaient de faire respecter ses droits. Donc personne ne s’inquiétait de nous. Nous n’étions rien, juste un prétexte.
J’ai seulement passé trois mois en prison en tout sans subir aucune torture physique. Alors comparer à ce que certains de mes amis ont vécu, ce n'est rien.  Journalistes ou activistes politiques, ils ont été torturés à plusieurs reprises. Ce qui m’a le plus blessé, ce sont les charges retenues contre moi comme celle de racisme par exemple.