Info

Les rêves de Bruxelles et le cauchemar des Grecs

La “troïka“ : de gauche à droite : Matthias Mors (CE), Klaus Masuch (BCE) et Poul Thomsen (FMI). | AFP
La “troïka“ : de gauche à droite : Matthias Mors (CE), Klaus Masuch (BCE) et Poul Thomsen (FMI). | AFP

La Grèce, qui tente désespérément d'obtenir un sursis de deux ans pour redresser ses finances publiques et se prépare à un automne chaud, accueille ce 7 septembre le président de l'Union européenne, Herman Van Rompuy, une visite suivie du retour crucial de la "troïka" UE-BCE-FMI. Outre le délai de deux ans, jusqu'en 2016, demandé par la Grèce pour remplir ses objectifs budgétaires, le rendez-vous devrait aussi aborder la question cruciale de la poursuite de la recapitalisation des banques grecques et de la mise en place du mécanisme de supervision bancaire européen.

dans

Des amis persuasifs


Le gouvernement de coalition dirigé par le conservateur Antonis Samaras va tenter à la fois d'obtenir l'approbation des inspecteurs de la troïka sur un programme permettant d'économiser 11,6 milliards d'euros en 2013 et 2014 et de convaincre les députés grecs de le voter rapidement, probablement avant la fin septembre, selon l'analyste bancaire, Platon Monokroussos.
En jeu notamment, le versement d'une tranche de 31,5 milliards d'euros de la ligne de crédit accordée par la zone euro et le FMI en mars au pays, qui lui permettrait d'éviter la faillite et de rester dans la zone euro.

Mais les mesures d'économie prévues, qui font les grands titres de la presse depuis des jours, sont fortement impopulaires, dans un pays laminé par plus de deux ans de crise financière et d'austérité combinées, qui ont accentué la récession, avec une baisse du PIB de 7% attendue pour 2012.
Flexibilité accrue, semaine de six jours, nouvelles réductions sur les retraites, nouvelles coupes dans les salaires de certaines catégories de fonctionnaires (universitaires, médecins, militaires, police, juges, diplomates), la presse égrène quotidiennement ses supputations, démenties régulièrement par le ministère des Finances.

Le paquet de mesures sera "probablement" présenté dimanche après-midi aux inspecteurs de la troïka lors d'une rencontre avec le ministre des Finances, Yannis Stournaras, a indiqué à l'AFP une source au ministère.

Pour Platon Monokroussos,un vote au parlement devrait intervenir sur ces mesures vers la fin septembre, pour permettre la publication du rapport de la troïka sur la situation économique du pays et avant la réunion cruciale de l'Eurogroupe les 8 et 9 octobre sur le versement de la tranche attendue.

Ebullition

Manifestation de policiers à Athènes en septembre 2012
Manifestation de policiers à Athènes en septembre 2012

Mais malgré un sentiment général d'abattement, la grogne sociale bout à petit feu, après une interruption au printemps. Des manifestations anti-austérité se préparent.
Mercredi, l'union des magistrats a manifesté dans le palais de justice et des policiers en tenue devant le Palais du Premier ministre pendant la visite du secrétaire d'Etat allemand auprès du ministre du Travail et des Affaires sociales, Hans-Joachim Fuchtel.
Une manifestation de policiers, de garde-côtes et de pompiers est prévue jeudi à Athènes.

"Nous avons déjà eu 38% de réduction sur nos salaires en moyenne (...) et nous faisons face à encore 25% de réduction, ce qui veut dire que des magistrats pourront gagner 1.000 euros par mois
" a indiqué George Faltsetos, qui dirige le syndicat des juges administratifs à la télévision publique Net.
Samedi à Salonique (nord), le défilé de rentrée des deux grands syndicats du privé et du public (GSEE et Adedy) et des partis de gauche est prévu sous les slogans "Tous ensemble pour casser les chaînes du mémorandum" (l'accord qui lie la Grèce à ses créanciers UE et FMI, NDR)" et "faire payer des impôts aux riches et aux voleurs".

Tout en décrivant un scénario de cauchemar pour la Grèce si elle abandonnait les efforts et se laissait tenter par l'isolationnisme hors euro, Bruxelles a redoublé d'efforts cet été pour convaincre.
Après le président de la Commission José Manuel Barroso le 26 juillet, et le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker le 22 août, c'est au tour de Herman Van Rompuy de se rendre à Athènes vendredi, dans le cadre d'un ballet diplomatique européen.

Après des entretiens il y a dix jours avec la chancelière allemande Angela Merkel à Berlin et le président français François Hollande à Paris, M. Samaras doit aussi se rendre mardi à Francfort pour rencontrer le président de la BCE, Mario Draghi, tandis que le ministre français de l'Economie Pierre Moscovici est attendu à Athènes, également la semaine prochaine.
Depuis le début de la crise en 2009, la Grèce en est à son quatrième budget d'austérité et depuis septembre, à son quatrième gouvernement.

Les hommes en noir

AFP
 La troïka des créanciers d'Athènes est de retour en Grèce cette semaine pour examiner les finances du pays. L'avenir de la Grèce et son maintien dans la zone euro dépendent de l'avis de ces experts.

Qui compose la troïka ?

Elle est composée d'experts financiers de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international. Le chef de mission de la Commission est l'Allemand Matthias Mors. Un autre Allemand, Klaus Masuch, est à la tête de celle de la BCE, tandis que la délégation du FMI est emmenée par le Danois Poul Thomsen.

Que fait la troïka ?  

Les "hommes en noir", comme les a un jour surnommés le ministre espagnol des Finances, Luis de Guindos --en référence au surnom des agents du FBI, la police fédérale américaine-- s'assurent régulièrement que les pays placés sous programme d'aide financière remplissent les conditions exigées en échange de cette aide.
Ils vérifient l'état des finances, constatent si les réformes promises ont été entreprises et, en Grèce notamment, font le point sur l'état d'avancement du programme de privatisations. A l'issue de son évaluation, la "troïka" publie un rapport qui doit servir de base au FMI et à la zone euro pour décider de la poursuite ou non du programme d'aide.

Comment les Grecs voient-ils la "troïka" ?  

Pour beaucoup de Grecs, les experts financiers des créanciers d'Athènes sont un symbole des réformes douloureuses entreprises par leur pays au cours des deux dernières années: réforme des retraites, suppressions de postes de fonctionnaires et autres coupes budgétaires.
Les visites de la "troïka" dans le pays sont accompagnées de manifestations, l'obligeant parfois à reporter des rendez-vous. Un syndicat de policiers a même proposé pendant plusieurs mois, par dérision, une récompense en échange de l'arrestation des membres de la "troïka", accusés d'avoir détruit le lien social en Grèce.