Les Roms, l'Europe et la France

Le Parlement européen réuni en séance plénière du 6 au 9 septembre 2010 a condamné les expulsions des Roms de la France vers leur pays d'origine. Les eurodéputés ont jugé les mesures prises par le gouvernement français discriminatoires et en "infraction au droit communautaire." Le Parlement doit adopter une résolution le jeudi 9 septembre.

Pendant l'été 2010, environ un millier de Roms ont été renvoyés vers la Roumanie et la Bulgarie. Des expulsions qui ont été vivement critiquées en France et même en Europe.

Deux eurodéputés, le Roumain Cristian Dan Preda du Parti Populaire Européen (c'est-à-dire les Démocrates Chrétiens) et la Française Hélène Flautre des Verts/Alliance libre européenne ont répondu à nos questions.

dans

Hélène Flautre

Lors d'une de vos déclarations, vous avez avancé que 25 % des Roms en Europe étaient victimes de discrimination...

C'est un chiffre tiré d'un rapport de l'Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne. Il permet de montrer que ceux qui sont désignés à la vindicte populaire comme étant responsables d'insalubrité publique et de criminalité sont en fait probablement la minorité la plus discriminée d'Europe. C'est ce renversement de victime à bouc-émissaire que ce chiffre éclaire...

Cristian Dan Preda

Dans les discussions en cours à l'occasion des reconduites à la frontière de Roms par l'administration française, assiste-t-on à une lutte entre différents groupes ?

Il y a d'abord un débat droite-gauche, aussi bien au Parlement européen que dans les pays, comme on le voit en France. Il y a aussi un débat entre les pays qui sont destinataires des flux migratoire, comme la France, l'Italie et l'Espagne, et les pays de départ comme la Roumanie et la Bulgarie. Ces flux migratoires ne datent pas d'hier...

9 septembre 2010 - Le Parlement européen adopte une résolution (non contraignante) contre la France

Adoptée par 337 voix pour, 245 contre et 51 abstentions. Extraits

Résolution du Parlement européen du 9 septembre 2010 sur la situation des Roms et la libre circulation des personnes dans l'Union européenne

Le Parlement européen ,

–  vu la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et en particulier ses articles 1, 8, 20, 21, 19, 24, 25, 35 et 45,

–  vu le droit international en matière de droits de l'homme, notamment la convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale, la convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes et la convention des Nations unies relative aux droits de l'enfant,

–  vu les conventions européennes sur la protection des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la jurisprudence correspondante de la Cour européenne des droits de l'homme, la charte sociale européenne et les recommandations correspondantes du Comité européen des droits sociaux, ainsi que la convention-cadre pour la protection des minorités nationales du Conseil de l'Europe,

(.../...)

1.  rappelle que l'Union européenne est d'abord et avant tout une communauté fondée sur des valeurs et des principes qui visent à y préserver et à y encourager l'existence d'une société ouverte et inclusive ainsi que la citoyenneté de l'Union, en particulier en interdisant toutes les formes de discrimination;

2.  souligne que le droit de tous les citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement dans toute l'Union constitue un pilier de la citoyenneté de l'Union telle qu'elle est définie par les traités et mise en œuvre par la directive 2004/38/CE, que tous les États membres sont censés appliquer et respecter;

3.  se déclare vivement préoccupé par les mesures prises par les autorités françaises ainsi que par les autorités d'autres États membres à l'encontre des Roms et des gens du voyage prévoyant leur expulsion; les prie instamment de suspendre immédiatement toutes les expulsions de Roms et demande à la Commission, au Conseil et aux États membres de formuler la même demande;

(.../...)