Liban : gouvernement d'union nationale "face aux incendies"

Saad Hariri (à gauche), aujourd'hui revenu au poste de Premier ministre,  et le président de la République Michel Aoun en octobre 2016.<br />
<sub>(AP Photo/Hussein Malla) </sub>
Saad Hariri (à gauche), aujourd'hui revenu au poste de Premier ministre,  et le président de la République Michel Aoun en octobre 2016.
(AP Photo/Hussein Malla)

Le nouveau gouvernement libanais marque le retour de Saad Hariri après cinq années d'éclipse. Son équipe comprendra des membres d'un Hezbollah qu'il considère comme assassin de son père mais consacre, « face aux incendies » de la région, l'exigence d'union nationale. Et implicitement l'influence retrouvée de Damas et Téhéran.

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« Un gouvernement d'entente ». Ainsi Saad Hariri qualifie t-il le cabinet qu'il vient de former après seulement 45 jours de consultations (en 2013, la crise avait duré dix mois), dans la foulée de l'élection à la présidence de la République du Général Michel Aoun, chrétien inclassable illustré naguère dans une sourcilleuse défense patriotique, aujourd'hui rallié à la Syrie et au Hezbollah. Commentaire moins amène de son prédécesseur Najib Mikati sur son compte tweeter :  « Ils se sont partagé les parts, alors le gouvernement a vu le jour! ».

Le nouveau gouvernement libanais réunit bien, en tout cas, l'essentiel de l'éventail politique, à l'exception du parti phalangiste (chrétien), qui a décliné le portefeuille proposé malgré, selon le quotidien de Beyrouth L'Orient-le-Jour, les efforts de persuasion déployés par Saad Hariri.

Il compte trente membres et cinq nouveaux ministères.

Parmi les nouveaux portefeuilles figurent celui de la Lutte contre la corruption, fléau de la vie politique libanaise. Autres premières : un secrétariat d'Etat pour les droits de l'homme mais aussi un pour ceux de la femme. Les choses allant à leur rythme, ce dernier est occupé par … un homme de 63 ans, Jean Oghassabian, ancien officier de la Garde Républicaine libanaise et membre du courant de Saad Hariri. Une (seule) femme dans le cabinet : la secrétaire d’Etat pour les Affaires administratives.
 
Priorité : préserver la sécurité face aux incendies qui ravagent notre région
Le nouveau Premier ministre Saad Hariri

Agé de 46 ans, violemment hostile au régime syrien, Saad Hariri revient donc au pouvoir après une éclipse de cinq ans. Son gouvernement comptera deux ministres du parti chiite du Hezbollah, dont plusieurs membres sont accusés, devant le Tribunal spécial pour le Liban (TSL), d'avoir planifié l'assassinat de son père Rafic Hariri en 2005. Cette étrange cohabitation n'est cependant pas inédite et s'était produite dans des cabinets précédents.

Au delà de cette blessure libanaise toujours présente, la soumission à l'exigence d'une  « unité nationale » signe implicitement la prise en compte par l'Arabie Saoudite – marraine du sunnite Saad Hariri – des succès récents de Damas et de Téhéran avec l'appui actif de la Russie. En termes diplomatiques, son gouvernement aura « à la tête de ses priorités de préserver la sécurité face aux incendies qui ravagent notre région », a expliqué le Premier ministre à la presse, soulignant que le gouvernement agirait pour « préserver notre pays des conséquences négatives de la crise syrienne ».

Il a également annoncé la création d'un secrétariat d'Etat pour les réfugiés, qui sont plus d'un million venus de Syrie, et appelé la communauté internationale « à prendre ses responsabilités pour aider notre pays à porter le fardeau ».

« Le gouvernement, a-t-il ajouté, va aussi travailler à la préparation d'une nouvelle loi électorale en vue des élections législatives de 2017 », sujet épineux qui divise les partis et les communautés religieuses, dans un pays où la politique est basée sur la parité entre chrétiens et musulmans.

A cet égard, Saad Hariri a souligné le fait que son gouvernement était le fruit de compromis mais que « l'attribution systématique de certains ministères à des communautés précises » ne saurait « établir un précédent ou consacrer une coutume ».