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Liban : le Hezbollah, l'Etat dans l'Etat

Manifestation du Hezbollah à Beyrouth en 2006 (AFP)
Manifestation du Hezbollah à Beyrouth en 2006 (AFP)
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De la terreur au gouvernement, la Résistance redoutée


Fondé en 1982 en réaction à l’invasion israélienne, le Hezbollah (Parti de Dieu) est un mouvement politique et militaire chiite libanais, soutenu par l’Iran et la Syrie.

Son guide spirituel est alors le cheikh Mohammad Hussein Fadlallah et ses objectifs déclarés l’extension de la révolution iranienne et la création d’un état islamique au Liban. Il y a officiellement renoncé aujourd’hui.

Les premières actions armées qui lui sont imputées datent de 1983 et les victimes en sont alors des militaires occidentaux présents au Liban : attentat contre une patrouille française ; attentats-suicides contre la force multinationale d’interposition causant 248 morts américains et 58 français. On lui prête par la suite différentes prises d’otages de civils étrangers, dont celles du journaliste français Jean-Paul Kaufmann (libéré au bout de trois ans) et du chercheur Michel Seurat, décédé en captivité. On l’accuse enfin d’avoir organisé en 1986, par l’intermédiaire d’une organisation-paravent (le CSPPAC) et pour le compte de l’Iran, différents attentats en France dont celui de la rue de Rennes à Paris (7 morts et une soixantaine de blessés).

Le Hezbollah n’a jamais revendiqué ni reconnu explicitement ces différents actes, qui ont également pu faire l’objet de différends en son sein. Ils lui ont en tout cas valu durablement la qualification en occident de groupe terroriste international.
 
"LA RÉSISTANCE"

A partir des années 1990, le Parti de Dieu étend son influence civile dans les zones chiites et recentre son activité militaire contre l’ennemi principal : Israël qui occupe toujours une partie du pays.

Alors que les accords de Taef (1989) qui marquent la fin de la guerre civile prévoient le désarmement de toutes les milices, le Hezbollah, lui, conserve sa branche et son activité militaires au nom de la lutte contre l’occupant contre lequel il mène une guérilla de harcèlement.

Ce rôle –ainsi qu’une action sociale dans des zones désertées par l’État - lui vaut un certain prestige au-delà des populations Chiites.

Toujours « Organisation terroriste » en Occident il est au Liban « la Résistance » et y bénéficie souvent d’un certain respect jusque parmi ses adversaires idéologiques.


SUCCÈS MILITAIRES

Même s’il n’en est pas la seule cause, le retrait d’Israël du Sud-Liban en juin 2000 sonne pour lui comme une victoire. Il prend de facto le contrôle de ce territoire sans exercer contre les collaborateurs de la veille (notamment l’ALS, milice chrétienne supplétive d’Israël) les représailles qu’ils pouvaient craindre.

La question de son désarmement et de son intégration à la vie civile libanaise se repose alors. La majeure partie de la classe politique libanaise le réclame, agacée par cet État dans l’État – qui contrôle outre le Sud du pays la banlieue sud de Beyrouth, Baalbek et diverses localités et territoires - ou redoutant ses intentions.
 
Manifestation du Hezbollah en 2008 (AFP)
Manifestation du Hezbollah en 2008 (AFP)
Le Hezbollah lui-même semble se poser la question. Malgré ses parades militaires à grand spectacle - à connotation plus fascisante que terroriste, à cet égard comme à d’autres - il s’est largement civilisé, a pignon sur rue, ses députés, sa presse, sa télévision et d’importants moyens financiers. Sans rompre avec l’Iran, il s’en est un peu éloigné au plan idéologique depuis la mort de Khomeiny, se présentant d’avantage comme un mouvement national libanais ayant renoncé à la république islamiste.

La question des fermes de Chebaa (des hameaux frontaliers non restitués par Israël) lui donne un motif (prétexte, disent ses adversaires) pour différer cette reconversion, conserver son armement et une activité militaire à la frontière.

La résolution 1559 prise par l’ONU en 2004 à l’instigation, notamment, des États-Unis enjoint à « toutes les milices » de se désarmer ce qui vise explicitement le Hezbollah. Elle n’est pas appliquée et le Premier ministre Rafic Hariri est tué 5 mois plus tard mais nul alors ne voit dans l’attentat la main du Parti de Dieu.
 
Manifestation du Hezbollah à Beyrouth en 2006 (AFP).
Manifestation du Hezbollah à Beyrouth en 2006 (AFP).
L'ALLIANCE SURPRISE

Celui-ci survit sans dommage au mouvement de réaction qui s’ensuit et qui incrimine surtout la Syrie. Il maintient ses positions aux élections de juin 2005 et conclut une alliance spectaculaire – et durable – avec son ennemi d’hier, le Général chrétien Michel Aoun et son Courant patriotique Libre.

C’est l’été suivant après un accrochage frontalier avec le Hezbollah qu’Israël lance au Liban sa plus grande opération militaire depuis 1982. Elle y causera près de 1200 morts (en grande partie des civils) occasionnera de graves dégâts à un Liban à peine convalescent des guerres et crises précédentes.

Pour Israël l’opération résonnera pourtant comme un grave revers sinon une défaite aux plans médiatique et même militaire : plus de 160 morts de son côté – bien plus selon différentes sources, un coût de toute façon « inhabituellement » élevé – et une armée régulière puissante tenue en échec pendant trente-quatre jours (c’est la plus longue guerre israélo-arabe). Confrontée pour la première fois à une bataille réelle, la guérilla surprend le monde par sa capacité et par sa puissance de feu (plus de 6000 missiles et roquettes tirées dont 4000 ont atteint le sol israélien).
 
 
Pendant l'invasion israélienne de 2006 (AFP)
Pendant l'invasion israélienne de 2006 (AFP)
SOUTIEN REDOUTÉ

Des voix s’élèveront au Liban pour dénoncer la légèreté d’un Hezbollah coupable d’avoir causé le déclenchement de la guerre et mis en péril le pays mais elles restent minoritaires. Les élections de 2009 voient se maintenir le Parti de Dieu qui, associé au CPL du Général Aoun, conserve ses positions, l’alliance devenant même dans le pays majoritaire en voix (mais non en sièges).

La formation chiite s’offre le luxe de soutenir le gouvernement d’union nationale de Saad Hariri et même d’y participer. C’est la question du Tribunal spécial pour le Liban qui provoquera la rupture. Se sachant mis en cause dans l'assassinat de Rafic Hariri par une enquête dont il dénonce la partialité, le Hezbollah tente d'obtenir de la formation majoritaire une prise de distance à l'égard du TSL.

Malgré la controverse et les doutes grandissants dont l'instance onusienne est l'objet au Liban même, Saad Hariri refuse. La démission de onze ministres du Hezbollah et de ses alliés entraîne mécaniquement la chute du gouvernement le 12 janvier 2011.

Lire aussi Liban, Hariri : d'où vient cette nouvelle crise ?
 

Non loin de là

 

Quel terrorisme ?

Le Hezbollah est placée sur la liste officielle des organisations terroristes du Canada, des États-Unis d'Amérique, de l'Australie (uniquement sa branche extérieure) et comme organisation terroriste par l'État d'Israël .

À l'inverse, l'organisation est considéré comme un mouvement de résistance par la Syrie et l'Iran.

La position de l'Union européenne est contrastée : par la voix du président de l'Union en exercice au 1er août 2006, l'Union européenne signale que le Hezbollah ne sera pas inscrit sur la liste des organisations terroristes.

À la différence du Conseil de l'Union européenne, le Parlement européen a cependant adopté le 10 mars 2005 une résolution (par 473 voix pour et 33 contre) déclarative et non contraignante pour les États membres qualifiant le Hezbollah de terroriste par le texte suivant : « considère qu'il existe des preuves irréfutables de l'action terroriste du Hezbollah et qu'il convient que le Conseil prenne toutes les mesures qui s'imposent pour mettre un terme à cette action ».

L'ONU ne classe pas le Hezbollah dans sa liste des organisations terroristes mais le Conseil de sécurité de l'ONU appelle à son désarmement.

Le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah déclara à plusieurs reprises ne pas soutenir le mouvement terroriste Al-Qaida: « Nous, nous rejetons les actes (de terrorisme) qui ont cours, nous les considérons comme des crimes, et ceux qui commettent ces actes sont des criminels et non pas des martyrs. » En effet, le leader du Hezbollah distingue l'idée de résistance face à Israël et l'attitude de terroristes d'Al-Qaida.
 
(d'après Wikipédia)
 
En 2000, après l'évacuation du Sud-Liban par Israël
En 2000, après l'évacuation du Sud-Liban par Israël
 

L'organisation

Le Conseil consultatif exécutif (Majlis ach-Choura al-Qarar) est constitué de 7 membres et présidé par le secrétaire général Hassan Nasrallah. Il prend ses décisions par consensus.


Le secrétaire général possède une autorité importante, mais non absolue. Cela permet notamment d'éviter que le décès du secrétaire général ne "décapite" totalement le mouvement.


Un grand nombre d'institutions plus secondaires forment le deuxième cercle du pouvoir exécutif au sein du Hezbollah. Les principales sont la Convention Générale et le bureau politique. La Convention Générale est dirigée par un Conseil exécutif de 12 membres. Elle élit les membres du Conseil exécutif, met en œuvre ses décisions, formule les choix effectués au quotidien et gère les relations extérieures avec les autres forces politiques libanaises. Chacun des membres du Conseil exécutif a en charge un portefeuille (santé, éducation, affaires régionales, etc.). Le Conseil consultatif exécutif a cependant le dernier mot vis à vis de la Convention Générale comme du bureau politique en ce qui concerne les décisions-clés.


Les représentants du Hezbollah au parlement libanais influencent les orientations de l'organisation. Ils sont considérés comme plus modérés et réformistes, comme le montre l'éviction de Mohammed Ra'ad de la tête du Conseil exécutif.
Certaines personnalités, chefs historiques du mouvement, ont une influence privilégiée. Ils disposent de droits de vote privilégiés au Conseil consultatif.
 
(d'après Wikipédia)