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Liban : le premier ministre Saad Hariri, pourfendeur du Hezbollah et de l'Iran, démissionne

Le Premier ministre libanais Saad Hariri a annoncé à la surprise générale, sa démission en accusant le Hezbollah chiite et son allié iranien de "mainmise" sur le Liban et en disant craindre pour sa vie. Explications.

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Saad Hariri, qui a annoncé ce samedi 4 novembre 2017 sa démission du poste de Premier ministre un an après sa nomination, est le fils du milliardaire et dirigeant Rafic Hariri assassiné en 2005, et un virulent opposant au Hezbollah et à ses alliés syrien et iranien.

Agé de 47 ans, cet homme corpulent et souriant, le visage mangé par une barbe noire, est né en Arabie saoudite, où son père avait fait fortune.

Il était à la tête du géant de la construction Oger — aujourd'hui criblé de dettes — quand la famille lui demande en avril 2005 de reprendre le flambeau politique et dirigea une première fois le gouvernement de 2009 à 2011.

En novembre 2016, il était revenu au pouvoir avec l'objectif de rétablir sa prééminence au sein de la communauté musulmane sunnite et faire contrepoids au Hezbollah chiite, auquel il a été confronté durant toute sa carrière politique.

Mais il n'a pas réussi à dompter le puissant mouvement, seule formation libanaise à avoir gardé ses armes après la fin de la guerre civile au Liban (1975-1990).

D'ailleurs, en annonçant sa démission depuis Ryad, ce protégé de l'Arabie saoudite a accusé le Hezbollah et l'Iran de "mainmise" sur le Liban.

"Je sens que ma vie est visée", a-t-il ajouté, affirmant que le Liban vivait une situation similaire à celle qui prévalait avant l'assassinat en février 2005 de son père Rafic Hariri, ex-Premier-ministre et opposant à Damas, dans un attentat à Beyrouth.

Saad Hariri accuse le régime syrien d'avoir planifié le meurtre de son père et avait demandé en 2005 le départ des troupes syriennes du Liban. A l'inverse, le Hezbollah, dont cinq membres sont accusés d'implication dans l'assassinat de Rafic Hariri, appuie sans réserve la Syrie.

Les troupes syriennes finissent par se retirer du Liban en avril 2005 après 29 ans de présence, et dans la foulée, le courant hostile à la Syrie, dont M. Hariri prend la tête, gagne les législatives.

Mollesse

En 2008, des affrontements entre les partisans du leader sunnite et ceux du parti chiite ont failli plonger le pays dans une nouvelle guerre civile.

Le Courant du Futur, formé en 2007 et dirigé par Saad Hariri, l'emporte à nouveau aux législatives de 2009.

M. Hariri devient alors Premier ministre et forme un gouvernement d'union qui rend l'âme début 2011 après la démission des ministres du camp du Hezbollah. Saad Hariri avait ensuite quitté le Liban avant d'y revenir en juin 2016.

Pour reprendre la main, il provoque en octobre 2016 un coup de théâtre en annonçant son soutien à son contempteur, Michel Aoun, élu ensuite président de la République. Il est nommé Premier ministre le 3 novembre 2016.

Face au Hezbollah et à l'Iran, autre allié de poids de Damas, Saad Hariri se fait l'avocat inlassable de l'Arabie saoudite, rivale de l'Iran et adversaire de M. Assad.

Outre ses déboires financiers, il fait face à une contestation de sa prééminence dans les rangs sunnites au Liban, certains l'accusant de "mollesse" face au Hezbollah.

Licencié en économie de l'université américaine de Georgetown (Washington), Saad Hariri, qui possède également la nationalité saoudienne, est marié à une Syrienne, Lara Bachir Azm, dont la famille avait exercé le pouvoir en Syrie dans les années 1950.

Le couple a trois enfants qui vivent avec leur mère en Arabie saoudite.