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Liberland et Enclava : deux nouveaux micro-Etats utopistes des Balkans

Drapeau du Liberland, le 1er mai 2015.
Drapeau du Liberland, le 1er mai 2015.
©AP Photo/Darko Vojinovic

Entre la Croatie et la Serbie, deux micro-Etats ont vu le jour ces dernières semaines : le Royaume d’Enclava et le Liberland. Non reconnus par la communauté internationale, ces « pays » minuscules revendiquent des valeurs libertaires.

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« Vivre et laisser vivre ». Telle est la devise de la « République libre » du Liberland, micro-Etat créé par le Tchèque Vit Jedlicka le 13 avril dernier. Clairement libertaire, le « pays » aspire à « une société où les honnêtes citoyens peuvent prospérer sans lois, règlements ni impôts d'État inefficaces et contraignants » précise son Président auto-proclamé.

Paradis fiscal ou utopie égalitaire ?

Selon Vit Jedlicka, le rôle de l’Etat doit être réduit au strict minimum. Les impôts y seraient, par exemple, facultatifs et la propriété privée sacrée valeur universelle. Pour devenir citoyen du Liberland, les règles sont simples.  Il suffit de respecter autrui et les opinions de chacun. Oui, mais les communistes, néo-nazis et autres extrémistes, eux, se sont pas admis.

Le Liberland, qui a déjà reçu 300.000 demandes, espère atteindre le million de citoyens prochainement. Le micro-Etat déclare être une république constitutionnelle à démocratie directe et souhaite instaurer la libre circulation de biens et de personnes.

Vit Jedlicka, quatrième en partant de la gauche, Président auto-proclamé du Liberland le 1er mai 2015.
Vit Jedlicka, quatrième en partant de la gauche, Président auto-proclamé du Liberland le 1er mai 2015.
©AP Photo/Darko Vojinovic
Comme ceux du Liberland, les fondateurs du Royaume d’Enclava revendiquent une approche politique ultra-libérale, où « chacun indépendamment de sa couleur de peau, de sa religion et de sa nationalité, pourra exprimer ses opinions, étudier gratuitement et gagner de l’argent sans se soucier des impôts ».

Le Royaume vit principalement sur internet, la monnaie adoptée étant l’unité de compte virtuelle Dogecoin. Cinq langues y sont officielles, dont le Chinois et l’Anglais.  Plus de 5000 personnes ont déjà demandé la citoyenneté d’Enclava et 800 ont pris par à l’élection en ligne de son exécutif.

Sur Facebook, les deux pays sont également très populaires. Le Liberland peut compter sur le soutien de plus de 155.000 personnes, et le Royaume d'Enclava compte, lui, près de 8.000 mentions « j’aime ».

Il semble cependant que les ambitions du Royaume d'Enclava et du Liberland demeurent une utopie. Aucun de ces deux micro-Etats n'ayant été reconnu par la communauté internationale, ils ne peuvent prétendre à une légitimité juridique.

Des no man’s land entre la Croatie et la Serbie

Les petits « Etats » se situent à la frontière croato-serbe, au bord du Danube. Le Liberland s'étend sur sept kilomètres carrés de terrains boisés et sa capitale s'appelle Liberpolis. Quant au Royaume d’Enclava, Piotr Wawrzynkiewiczn, l’un de ses fondateurs polonais, déclarait « nous revendiquons le deuxième plus grand arpent de terre non encore revendiqué le long du Danube proche du territoire de la République libre du Liberland ».

Le Danube à la frontière croato-serbe, où se situent les no man's land revendiqués par le Liberland et le Royaume d'Enclava.
Le Danube à la frontière croato-serbe, où se situent les no man's land revendiqués par le Liberland et le Royaume d'Enclava.
©AP Photo/Darko Vojinovic
D’après Vit Ledlicka, « la Croatie affirme que le territoire appartient à la Serbie mais la Serbie n'en veut pas ». Une situation de no man’s land qui dure depuis la fin des guerres de Yougoslavie. Le morcèlement de l’ex-Yougoslavie en sept nouveaux Etats à partir de 1991 a ainsi favorisé l’émergence de territoires au statut juridique incertain.

En 2009, la Slovénie et la Croatie ont demandé à une cour arbitrale de trancher le sort de quelque 13 kilomètres carrés de territoires revendiqués par les deux pays, principalement en baie de Piran sur l’Adriatique. La décision est attendue à la fin de l’année.