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Libye : le pétrole est-il le nerf de la guerre ?

Le monde, nous dit-on, s’apprête à un nouveau choc pétrolier, dû à la crise libyenne. Et déjà en Europe ou en Amérique du Nord, les prix de l’essence augmentent. Quelle est la part de propagande et de fantasme dans cette menace ? La suggestion d’intervention militaire en Libye de l’Otan vient-elle du désir de défendre la démocratie ou l’or noir ? Le président de la compagnie nationale libyenne Choukri Ghanem a annoncé que la production de pétrole de la Libye était déjà réduite environ de moitié en raison du départ des travailleurs, immigrés, du secteur. Et les insurgés qui se sont soulevés contre le régime de Mouammar Kadhafi contrôlent aujourd’hui les terminaux pétroliers.

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Le gisement de Ras Lanuf, l'un des principaux en Libye - photo Flickr
Le gisement de Ras Lanuf, l'un des principaux en Libye - photo Flickr
L'or noir représente plus de 95 % des exportations et 75 % du budget de l'État selon l’APS, Algérie Presse Service. Membre de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), la Libye est l'un des principaux producteurs pétroliers en Afrique, avec 1,8 million de barils par jour. Ses réserves sont évaluées à 42 milliards de barils. Le comportement du clan au pouvoir n’est pas sans rappeler la manière dont la famille Trabelsi avait fait main basse sur les richesses de la Tunisie. Les enfants du "guide" libyen contrôlent la plupart des secteurs économiques que compte le pays, dont le pétrole. Ce n’est pas un hasard si l'un de ses fils, le préféré du Colonel, Seïf al-Islam, s’occupe de ce secteur stratégique. C’est lui qui a installé Chokri Ghanem, un réformateur libéral, dans ses fonctions de président de la National Oil Company (NOC). Ce dernier a la confiance des milieux pétroliers occidentaux.

La part du pétrole libyen dans le monde - Infographie Ria Novosti - Cliquez pour agrandir
La part du pétrole libyen dans le monde - Infographie Ria Novosti - Cliquez pour agrandir
UN PAYS DÉPENDANT D'UNE MONO INDUSTRIE

La part des revenus du pétrole dans le produit national brut (PNB) est particulièrement forte puisqu'elle est le double de celle de l'Arabie Saoudite et le triple de celle de l'Iran. La production est essentiellement concentrée sur le bassin de Syrte dont 270 000 sont consommés sur place et le reste exporté en majorité (85%) vers les pays européens. L'industrie pétrolière est gérée par l'entreprise nationale publique National Oil Corporation disposant d'une participation majoritaire dans tous les consortiums montés avec les compagnies pétrolières étrangères (dont le français Total, le chinois CNPC, ou le russe Gazprom, etc). La Libye possède cinq raffineries d'une capacité de traitement totale de 320 000 barils par jours.

Le logo d'OiLibya, distributeur du pétrole libyen - Flickr
Le logo d'OiLibya, distributeur du pétrole libyen - Flickr
La Libye est le deuxième producteur de pétrole brut en Afrique après le Nigeria et devant l'Algérie. Les réserves sont de 41,5 milliards de barils. Le pétrole libyen est de qualité, peu cher à produire et proche des centres de consommation. Ce qui en fait l’un des acteurs majeurs de l’Opep. Le pétrole est la ressource quasi unique du pays. La Libye reste fortement dépendante de l'étranger pour tout le reste de son économie. La dépendance est réciproque, en 2010, les pays européens comptant sur le pétrole libyen étaient l'Italie (32%), l'Allemagne (13,4%), la France (10%) et l’Espagne (8,6%). Environ 100 000 barils/jour sont exportés, essentiellement vers l'Europe et surtout l'Italie d’après Ria Novosti (l’agence de presse russe).

Les économistes évoquent désormais le "spectre d'un nouveau choc pétrolier". Le retour à une situation normale sur le plan de la production pétrolière sera la priorité absolue quel que soit le pouvoir en place en Libye. Les révolutionnaires sont les premiers à protéger les installations pétrolières passées sous leur contrôle. Ils ont déjà repris les exportations de pétrole, avec le départ d'un bateau à destination de la Chine.