Louvre : La fesse cachée de l'Art

Les visites capitales (1/3)

Qui le sait ? Le Louvre est  un temple de l'érotisme. Il suffit simplement de réveiller ses pupilles. Les dix millions de visiteurs qui se précipitent chaque année devant Mona Lisa ou la victoire de Samothrace ignorent une sensualité pourtant à portée de regard, sinon de main. Bruno de Baecque, créateur de "Vu sous cet angle",  organise des visites coquines et savantes pour nous faire découvrir les statues d'une autre façon. Il stimule les regards, déverrouille la parole. Normal : son expertise, ce sont les fesses, "les fesses cachées de l'Art" pourrait-on dire. Le Louvre en abrite de superbes, parmi les plus belles au monde. Impossible de rester de marbre...

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Bruno de Baecque anime depuis 13 ans une visite insolite dans l'un des plus grands musées du monde. Chaque semaine il accueille dans les salles du Louvre une dizaine de personnes. Il les promène à la découverte des "plus belles fesses du Louvre".
Rien de graveleux là-dedans.
Son objectif, sa fierté, c'est quand il a le sentiment que ses explications, ses invitations à voir autrement ont libéré le regard et donc la parole. "Qu'est-ce qu'un regard sinon cet instant où ce que l'on voit suffit à nous faire oublier le reste ? Une œuvre d'art peut évoquer une personne croisée quelque part et dont le passage furtif nous a procuré du bonheur. De telles émotions peuvent nous mettre à nu" confie-t-il, un tantinet Beaudelairien, dans son dernier ouvrage, "Les plus belles fesses du Louvre" (Séguier éditeur).

Mais attention ! Ses clients ne sont pas ses patients. Aucun malade parmi eux, et pas davantage d'obsédés sexuels. Il s'agit de francophones curieux,  un peu émoustillés par l'aventure et qui se révèlent souvent émus, parfois bouleversés par une telle visite, une telle traversée. Comme l'écrivait Rimbaud : "ils ont vu ce que quelquefois l'homme a cru voir…"

 

Le Louvre (photo AFP)
Le Louvre (photo AFP)
Il prévient : « Un musée est inhibant , intimidant de part l’accumulation de pièces de cultures, d’œuvres d’art, la manière de les présenter… A la fin de son parcours il demande alentour : « La visite vous a plu ? Regardez maintenant dans le métro, votre frigo, la piaule de votre ado, l’arrondie d’une théière, d’une tomate, essayez de regarder ce que vous ne regardez pas ! Quand vous regardez dehors, cela vous aide à regarder les œuvres d’art, quand vous regardez une œuvre d’art, cela vous aide à regarder dehors. Plus vous assouplirez ce passage de l’un à l’autre, plus vous serez heureux. »

“La Mort de Sardanapale“ de Eugène Delacroix<br/>« Selon l’angle de vision, Sardanapale a complètement disparu et les gens sont scotchés sur le corps de la femme »
“La Mort de Sardanapale“ de Eugène Delacroix
« Selon l’angle de vision, Sardanapale a complètement disparu et les gens sont scotchés sur le corps de la femme »
Le regard,  une affaire de générosité ?

C’est une affaire de disponibilité. Et pour être disponible, il faut s’offrir au temps qui passe !

Pourquoi les fesses ?

Le déclic est venu lors d’une visite au Louvres. Devant le tableau "La mort de Sardanapale", une jeune femme m’a dit : "pour moi, c’est l’œuvre la plus érotique du Louvres ! «  Et je me suis dit, : « tiens, je vais creuser ça ». Et j’ai donc monté un circuit avec des fesses, mais aussi des ventres, des cuisses,  des dos, quelques sexes!
Le casting, si je puis dire, s’est aussi fait en fonction du lieu où se trouvaient les œuvres. Cette fesse-là est très bien mais trop loin, cette autre, pour la contempler, il faut traverser trois salles, sans parler des lieux qui sont fermés, etc. 

Bacchante au repos – dite aussi Dircé, sculpture en marbre (1834)<br/>« la rondeur de ses fesses est absolument exceptionnelle ! »
Bacchante au repos – dite aussi Dircé, sculpture en marbre (1834)
« la rondeur de ses fesses est absolument exceptionnelle ! »
Votre public est francophone ?

Essentiellement. Mais je peux aussi faire la visite en anglais. Mais la langue fondamentale, c’est la langue plastique, comment on lit une œuvre. Et je citerais Picasso, qui, à une dame qui lui disait : « Mais je ne comprends rien à votre peinture ! » lui répondait : « Est-ce que vous parlez chinois ?  Non ? Eh bien, ma peinture, c’est pareil, elle s’apprend ! »

Il y a des phases, des étapes au cours de la visite ?

Au début, il y a une certaine gêne mais je distribue à chacune des personnes un de mes « aiguiseurs de regard » (petit masque triangulaire troué et monté sur une baguette chinoise, ndlr) et cet objet, outre sa fonction qui est de regarder spécifiquement tel morceau choisi, donne le sentiment qu’il va se passer quelques chose… L’ « aiguiseur de regard » permet de montrer l’intérêt des différents angles : on pivote, hop ! un angle, on repivote,hop ! un autre angle… Ainsi, l’idée de regarder avec d’autres angles leur devient peu à peu familière.
Récemment, j’ai eu un type, un Suisse, qui s’est révélé d’une sensibilité  absolument incroyable concernant les  cuisses de Psyché. Vers la fin de la visite, non loin de «L'hermaphrodite endormie », il a regardé les fesses d’une statue qui lui plaisait beaucoup et il pensait que c’étaient des fesses de femmes. Il a tourné autour et il a vu qu’il y avait un sexe d’homme ! Il était très gêné, et il m’a dit : « et pourtant je ne suis pas homo ! »  J’ai répondu : « Cela n’a rien à voir ! Ces fesses vous plaisent et qu’importe qu’elles soient à un homme ou à une femme : c’est une sculpture ! »
Il vivait un vrai voyage pendant la visite ! Arrive toujours le moment dans le parcours, où il n’y a plus de commentaires, il y a juste des regards, quelques sourires, on est bien, et puis après je relance un autre rythme…
 

Centaure enlaçant une bacchante de de Johan Tobias SERGEL <br/> « c’est une petite terre cuite, très excitante ! Une véritable bombe »
Centaure enlaçant une bacchante de de Johan Tobias SERGEL
« c’est une petite terre cuite, très excitante ! Une véritable bombe »
C’est une porte ouverte pour aborder l’érotisme ? Impossible de rester l’œil froid en regardant ces formes…

Il y a en effet beaucoup de choses troublantes. J’essaye de les inviter à voir et  à constater que parmi ces œuvres, certaines sont parmi les plus sensuelles du monde. Vous savez, le Louvre accueille 10 millions de visiteurs chaque année. 90 % d’entre eux viennent voir la Joconde. Il y des œuvres qui provoquent de l’excitation pour peu que les gens qui les regardent se rendent compte que cela les renvoie à une envie de caresses, une  envie d’aller dans le premier hôtel…

Il y a une sensibilité différente selon les nationalités ?

Les Québécois, question aisance et sensualité, sont les champions du monde ! Ils ont tellement la médaille d’or que je ne vois personne d’autre pour la médaille d’argent ! Ils sont tellement cools !  Les Français, en comparaison, sont complètement coincés sur la question. Ils font appel à des références, alors que les Canadiens sont beaucoup plus joueurs. Les Belges ont une espèce de fantaisie qui est très frappante. Les Suisses ne sont pas froids, eux non plus…

Est-ce qu’il n’y a pas une vraie déficience dans l'enseignement tel qu'il est pratiqué aujourd'hui, où l’on vous apprend à domestiquer son regard et ses  émotions ? Mais on ne nous apprend pas à voir…

Ah oui, le manque est terrible ! Et l’on voit ensuite le résultat ! Il faut d’abord savoir et si l’on ne sait pas, il y a le complexe de ne pas savoir... avant même d’ouvrir les yeux !



Pour en savoir plus :

- Le site de Bruno de Baecque

- "Les plus belles fesses du Louvre" de Bruno de Baecque et Joëlle Jolivet
(Edition Séguier)

 

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