Luc Beyer de Ryke : retour sur 365 jours sans gouvernement

Le 13 juin, la Belgique " fête " son premier anniversaire sans véritable gouvernement. Retour sur cette période de vacance du pouvoir avec Luc Beyer de Ryke, ancien présentateur du journal télévisé de la RTBF, francophone de Flandre, deux fois élu au parlement européen, et qui avait répondu à nos questions sur le même sujet, voilà tout juste un an.

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« Les séparatistes veulent que la Belgique “ s'évapore “, qu'elle cesse d'exister sans qu'on s'en rende compte »

Comment les Belges vont-ils fêter cet événement du 1er anniversaire sans gouvernement " ?

Je crains qu'ils ne fêtent cet événement dans la plus grande passivité. Parce qu'en apparence les choses se déroulent normalement. Pour moi, la situation de la Belgique c'est un peu Jean qui rit et Jean qui pleure : Jean qui pleure c'est que nous sommes dans un climat politique tel que c'est un coma institutionnel complet. Jean qui rit, c'est " où est la crise en Belgique ? Nous n'avons pas de gouvernement ? Mais si nous avons un gouvernement qui gère les affaires courantes ! Le Premier ministre, Yves Leterme a été longtemps déclaré comme " le plus mauvais Premier ministre de tous les temps " et il est aujourd'hui apprécié, applaudi en Wallonie, il réussit parfaitement bien comme gestionnaire... Il a réussi à boucler son budget, rehausser légèrement les pensions, la présidence européenne est bien notée, les décisions en matière de politique étrangère sont prises : nous sommes même en guerre contre la Libye !

C'est un peu surréaliste non ?

Ah, oui, ça l'est, mais le parlement a voté la guerre contre la Libye à l'unanimité moins une voix. Ce gouvernement qui normalement ne peut pas prendre de décisions, en prend. Ils arrivent à s'entendre tant qu'il ne s'agit pas de problème institutionnels.

Vous disiez, il y a un an, que la Belgique était le Liban sans la guerre civile. Et aujourd'hui ?

Je maintiens, et je répète que le seul point où je suis optimiste c'est que je ne crois pas à la violence. Mais le problème de la fracture entre Wallons et Flamands est encore plus accru aujourd'hui qu'il y a un an : les Flamands considèrent toujours que la Wallonie leur coûte trop cher. C'est le même nationalisme qui se retrouve partout en Europe. Les régions riches ne veulent pas partager avec les régions pauvres.

La sécession est toujours au goût du jour ?

De plus en plus, mais la volonté d'autonomie fera l'économie d'une sécession très difficilement réalisable : n'oublions pas Bruxelles (la Commission européenne, NDLR), en réalité il est techniquement extrêmement difficile de séparer la Belgique. Mais la NVA (Nouvelle alliance flamande, parti séparatiste flamand, NDLR) tente in fine d'arriver à une " sécession soft ". Leurs discours est d'arriver à ce que la Belgique " s'évapore ", c'est à dire qu'elle cesse d'exister sans qu'on s'en rende compte. Avec une scission de la sécurité sociale, de la justice etc...


Quelle serait la meileure chose qui pourrait arriver à la Belgique dans les 6 prochains mois ? Il semble en fin de compte ne plus y avoir véritablement de crise...

C'est en apparence, avec un brin d'humour qu'on peut dire qu'il n'y a pas de crise. Parce qu'en réalité il n'y a aucun renouvellement administratif possible : un directeur d'administration qui arrive à la retraite ne peut pas avoir de remplaçant. Pour que le gouvernement soit vraiment actif, il faudrait que le parlement s'accorde pour donner des pouvoirs accrus à ce gouvernement. Et c'est peut-être la solution à laquelle on va se résoudre dans l'attente des élections de l'an prochain. La situation ne peut pas persister, il y a d'ailleurs une menace avec les agences de notations, la possibilité d'une dégradation de la notation belge commence à pointer.

Pour finir, vous êtes plutôt optimiste ou plutôt pessimiste pour cette année à venir ?

Je vous répondrai par cette petite boutade : " Que peut-on reprocher aux pessimistes ? De ne pas l'avoir été assez...? "





Luc Beyer de Ryke publie “ La Belgique et se démons“, ouvrage sur l'histoire et la vie politique de la Belgique depuis son indépendance en 1830, Éd Mols


Repères

60% des Belges sont des Flamands (néerlandophones), contre 40% de francophones (Wallons et Bruxellois).

Ce pays a-t-il encore un sens ? titrait le quotidien bruxellois "Le Soir" le 23 avril 2010.

Selon un récent sondage, 40% de l'électorat flamand soutient des partis indépendantistes.

BHV : Bruxelles-Hal-Vilvorde. En banlieue bruxelloise, c'est la seule circonscription électorale à majorité flamande mais rattachée à la région bilingue de Bruxelles. 100 à 120 000 francophones y vivent en bénéficiant de "facilités" (voter pour des listes francophones, être jugés dans leur langue). La Flandre réclame la suppression de ces prérogatives.