Macky Sall/Abdoulaye Wade : la lutte des clashs

Macky Sall, Président de la République du Sénégal et Abdoulaye Wade, son prédécesseur. Aujourd'hui, deux ennemis intimes...
Macky Sall, Président de la République du Sénégal et Abdoulaye Wade, son prédécesseur. Aujourd'hui, deux ennemis intimes...
(Montage photo Stéphane Vasse, TV5Monde)

Entre l'ancien et l'actuel chef d’État sénégalais, la guerre est ouverte. Chaque semaine, ou presque, une polémique surgit. Abdoulaye Wade, qui a décliné l'offre d'assister au XVème Sommet Francophone,  continue de tempêter contre Macky Sall dont il souhaite la démission.  En toile de fond de ces querelles intestines, la situation judiciaire de son fils, Karim Wad, actuellement en prison qui veut, désormais, se présenter à l'élection présidentielle, en 2017. Il vient même d'écrire à Abdou Diouf...

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Prise d'otage politique

C'était vendredi dernier, à Dakar, Place de l'Obélisque, où s'étaient réunis plusieurs milliers de personnes. A une semaine du coup d'envoi du XVème sommet francophone, l'ex président Abdoulaye Wade s'adressait à plusieurs milliers de personnes : "Je n'ai pas l'intention de faire un coup d’État ni d'envahir le palais mais je peux le faire. Si aujourd'hui, je décidais que nous allons passer la nuit au palais, nous irons au palais". Une déclaration-choc, histoire de chauffer les militants hostiles à Macky Sall, l'actuel Chef de l'Etat Sénégalais. Abdoulaye Wade prophétisait : "J'ai le pressentiment que Macky Sall ne participera pas à la prochaine élection présidentielle. S'il participe, il sera battu à plate-couture. S'il a le courage de dire qu'il est incapable, on peut organiser une commission de transition qui va nous conduire vers des élections le 29 juin ou le 6 décembre 2015".
Et le XVème Sommet Francophone,  serait-il perturbé ? L'ancien président, soufflant le chaud et le glacé, se voulait rassurant. "Les 72 heures que nous lui (Macky Sall) avions données pour répondre à nos questions, nous les reportons après la Francophonie pour traiter nos problèmes entre Sénégalais."  Quelques jours avant, dans une lettre datée du 15 novembre, Abdoulaye Wade, déclinait l'invitation de la Présidence pour assister au sommet de l'OIF. Le ton du refus n'avait rien de diplomatique : " Comment voulez-vous que je sois à vos côtés, alors que de votre propre fait mon fils Karim Wade, en même temps que ses amis, ses frères et sœurs de parti, bouclent  deux ans d’emprisonnement, surtout que vous avez eu à dire à plusieurs interlocuteurs que n’avez aucune preuve contre lui, qu’il est innocent, qu’on ne vous a présenté aucun dossier sérieux " écrivait-il, dénonçant une "prise d'otage politique".
La réaction ne se fit pas attendre. Le parti du président Sall, l'Alliance pour la République (APR) relevait que monsieur Wade semblait "plus préoccupé du sort de son fils que d'adopter sa posture d'ancien président de la République du Sénégal, soucieux des intérêts supérieurs du pays". Le ton est monté plus haut encore. Moustapha Cissé Lô, le vice-président de l'Assemblée nationale, déclarait dans le quotidien Le Populaire : "Wade est en train de monter un coup d’État contre le régime de son successeur et doit par conséquent être interpellé, interrogé, et s'il persiste, être mis en prison. Soit Wade arrête ou on l'arrête". De son côté, le commentateur du journal Le Quotidien avance aujourd'hui une explication : " Abdoulaye Wade donne un ultimatum au président Macky Sall pour se substituer à la justice et décréter la sortie de prison de Karim Wade".

Karim Wade accuse le Président Macky Sall de  “l’empêcher d’être candidat à l’élection présidentielle de 2017“
Karim Wade accuse le Président Macky Sall de “l’empêcher d’être candidat à l’élection présidentielle de 2017“
(DR)
La bataille de la com'

C'est, en effet,  le fils de l'ancien président, Karim Wade, qui cristallise toutes les tensions entre les deux hommes, devenus désormais ennemis intimes.
Karim Wade, qui fut conseiller puis ministre de son père est jugé depuis le 31 juillet par la Cour de répression de l'enrichissement illicite (CREI). Il est poursuivi pour enrichissement illicite, accusé d'avoir illégalement acquis 178 millions d'euros par d'obscurs montages financiers sous la présidence de son père. De son côté, la défense soutient que son patrimoine attendrait "seulement" deux millions d'euros, gagnés, pour l'essentiel, dans une autre vie, quand il était trader en Europe.
Abdoulaye Wade tempête : "Macky Sall a déclenché la traque des biens mal acquis. Il a envoyé des commissions rogatoires à travers le monde. Ils ont cherché partout mais n'ont rien trouvé !".
Dernière trouvaille pour contrarier l'actuel Chef de l’État : présenter Karim Wade à l'élection présidentielle sénégalaise en 2017. Et celui-ci, par l'intermédiaire de ses avocats, s'est même fendu d'une lettre à Abdou Diouf, le  secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Karim Wade entend bien profiter de l'éclairage médiatique d'un tel évènement pour plaider sa cause. Il dénonce, entre autres, la réactivation de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI) tombée en désuétude, la volonté de Macky Sall de "l’empêcher d’être candidat à l’élection présidentielle de 2017" et accuse son régime de non respect "des valeurs de la démocratie, des libertés publiques, de l’État de droit et des droits de l’Homme".
Le quotidien Waa Grand Place constate avec une certaine pertinence que "La bataille de la com' dans l’arène politique sénégalaise est en train d’être gagnée par l’opposition en général, les Wade en particulier.Ces derniers ont su s’imposer dans l’agenda de la Francophonie".
Mais l'entourage du Président Macky Sall n'a pas dit son dernier mot, qui fera certainement réagir le clan Wade, qui répliquera à l'inévitable réponse du pouvoir en place, lequel suscitera forcément une réaction de l'opposition et ainsi de suite... Jusqu'en 2017 ?